•  (S')arrêter

     Au gris

     Le contraste entre la campagne et la ville, c'est la couleur des chants d'oiseaux, des champs, aussi ...
    L'énergie de la voix verte, la puissance, la fréquence des mélodies, les changements de style au fil des heures, on oublie toujours ça quand on est habitué aux trémolos gris et qu'on se contente d'un petit quatuor de mésanges ou autres "inconnus" (infoutue que je suis, peu ou prou, de reconnaître le moindre oiseau à sa chanson).
     En Charente, s'étonner, entre deux chemins, de cet oiseau tranquille qui ne bouge pas, stoïque, quand passent les voitures ou les tracteurs. Et s'apercevoir en riant, à son approche, que c'est un faux. Un leurre. De vérité ?
     Comme lui, ai-je pensé, que voit-on de nous, que croit-on de nous dans ce qu'on montre dans un éclat soudain ? Dans une pulsion-ressort, inattendue, presque surréaliste ? Que perçoit-on de nous dans les instants fugaces qui ne nous ressemblent pas ? Qu'on regrette ou qu'on ne comprend pas soi-même ; sur lequel on préfère ne pas revenir, par déni ou parce qu'il vaut mieux en rire, peut-être. Tout dépend. Trouble et étonnement. Saisissement. Je ne sais pas. Cet oiseau est paisible et réfléchi ; il s'est juste arrêté un instant ...
    Au gris

     L'apparence ! Je me souviens d'une petite fille sur une balançoire, juste de l'autre côté de ce chemin-oiseau au carrefour chargé  de végétation : robe rose sur fond de feuillages entrelacés. La paix en mouvement, un mouvement gracile et doux. Le soleil était là, et un silence aussi, comme si c'était l'heure bleue.
     Couleurs ... quoi qu'on vive, quoi qu'on dise, j'ai, en tête, en cœur, ce mot, bienveillance, ressenti alors, et la beauté, immense, infinie, étale, bruissante de souvenirs, de ces ciels rouges-là, comme un élixir :
    Au gris

                                                                                       ©orneille et ©oquelicots par l'oeil et le ©œur du Krop


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