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    Continûment

     

      C'est chaque fois le même étonnement. Il est tôt et, en l'occurrence, il fait noir encore, ou à peine moins. Dimanche. Huit heures du matin. Non, que dis-je ? Sept heures à peine, puisque nous sommes passés ce jour de l'heure d'été à l'heure d'hiver.


      Toutes les cinq à dix secondes, schhhhh, schhhhh, trait sonore gris ou blanc sans que ne défilent, à pouls régulier, schhhhh, schhhhh, sur le macadam mouillé, schhhhh, schhhhh, des automobiles dont, aux heures creuses, je me suis toujours demandé quels étaient leurs itinéraires à ces heures hors de la vie normale. Celle, par exemple, de la grasse mat de fin de semaine bien au chaud sous la couette. Oui, délicieusement au chaud pendant que, fenêtre entrouverte, y gouttent quelques larmichettes de pluie qui sans doute pleurent la fin provisoire d'une saison chaude, tandis que quelques cris d'oiseaux que jamais je ne reconnais strident courageusement, pour mon plaisir, dans une aube obscure encore.


      Nulle couleur sur les matins sombres des routes. Comme les habits, les voitures sont tonalité passe-partout. Les gens semblent aimer peu la couleur. Un besoin de discrétion, d'anonymat peut-être. De protection. Vous avez remarqué les véhicules et les vêtements ? Rare que surgisse, dans une assemblée, la manche jaune d'une veste ; ou que ne se distingue dans un parking une tache vive qui nous ferait reconnaître au loin ce qu'on a garé, inattentif de l'emplacement, et qu'on retrouve parfois difficilement.


      Chaque petit-déjeuner sur ma terrasse (allez, encore une fois, encore une fois avant les froids réels !) apporte sur mon plateau cette question récurrente : Quelle est la vie de ces gens qui passent en contrebas ? Les gens dans la rue : d'où qu'ils viennent ? Où qu'ils vont ? Qui qu'ils sont ? comme disait Perec.

     

    Continûment


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