• Attentes

               Samu

                                                                 

    L'attente

    (clic pour entrer dans le monde de cette photo, et celui des suivantes)

                                                                                                                                    

    Comme Samuel. Mais ce diminutif appelant au danger proche lui va bien, à condition de continuer à sourire, et de se dire que tant qu'on n'est pas en mort, on est en vie.
    Ce n'est pas le propos de Beckett (Samuel). Voire. Ça reste le mien. La vieillesse agissante qui se prononce en moi m'autorise à interpréter à mon gré des artistes, et des autres, ce que je vois, que je lis, que j'entends.

    Sans doute est-ce à dix-huit ans que j'ai côtoyé Beckett pour la première fois, après le bac. Le lycée m'évoque Camus et Sartre, beaucoup. Mais pas l'Irlandais taciturne. En attendant Godot est une pièce qui, dès lors, m'a suivie toujours (comme, longtemps, La cantatrice chauve, parce que la majeure partie de mes fondations, de mes marques viennent de l'école et de ses hommages collatéraux) : je l'ai vue plusieurs fois -certes la dernière remonte à loin à présent- dont une fois où l'absurde, disons, là, le doux-amer, du décalage était encore plus important que d'hab, compte tenu de la prononciation, avec un fort accent en français, d'une troupe marocaine.

     

    L'attente

     

    Je me demande toujours si certaines œuvres qui nous ont marqué(e)s l'ont fait parce qu'elles touchaient en nous quelque chose d'important, ou si la caution de l'école, collège, lycée, voire plus, parfois, enfonçait le clou. Il faut du temps pour la curiosité personnelle, un début de culture accumulée pour commencer à se poser des questions, pour refuser certains écrits, pour en défendre d'autres qui ne sont pas dans l'air du temps.

    Je me souviens, dans les années soixante-dix, de La dernière bande à la MJC (comme ce sigle paraît obsolète aujourd'hui !) de Reims (chaussée Bocquaine, l'adresse surgit à cet instant de ma mémoire alors que je ne lui demandais rien !), de la scène et des acteurs que dans mes images perso je revois en noir et blanc. Il y avait sûrement des paroles mais j'ai oublié leur présence. Je vois du mime. Quelqu'un prend une banane dans un tiroir, la dépiaute et la mange. Un temps. Il retourne alors au même tiroir, prend une autre banane. La dépiaute. La mange. Je dis à une amie de l'époque sur le siège d'à côté : "C'est exactement moi !". Elle me regarde, hallucinée, prend un sourire extatique et me dit alors : "Il a tout compris !" Dialogue, avec le recul, à la fois absurde et surréaliste.

     

    L'attente



    Cette même année-là, en lettres supérieures (je n'ai jamais été une élève brillante, il s'en faut de beaucoup, mais je vous parle d'un temps où dans certains cas, on autorisait certain-e-s élèves à entrer dans des classes préparatoires pour les pousser, et j'ai bénéficié de ce privilège-là ; mais j'ai eu beau m'accrocher, je suis restée abonnée à des notes -souvent largement- en dessous de la moyenne, sauf en philo et en français) j'ai adoré les cours, heures intenses au fil desquelles je découvris Ponge et Char, entendis parler à la fois de Diderot, de théâtre et de cinéma, vis des textes sous un angle qui m'était inhabituel. J'étais en ce temps d'une timidité maladive, de celle qui vous empêche de prendre la parole, même quand vous brûlez de la prendre. Je me souviens d'un cours sur Fin de partie, où je me sentais tellement impliquée, concernée, que je dévisageais le prof en priant espérant, si fort, qu'il m'interroge. Mon cœur battait la chamade, je crois que j'aurais pu me sentir mal. Mais rien ne s'est passé. D'autres ont parlé. J'ai ravalé mon absurde enfermement. (Cette histoire m'en évoque une autre, racontée ici ; quant à ma timidité à m'exprimer sur certains sujets, je devine chez certain-e-s d'entre vous, derrière vos écrans, et à travers votre perplexité sans borne, un sourire, si ce n'est un ricanement !).

     

    L'attente

     
    Beckett ! Petits souvenirs ponctuels relatifs à de grands textes, universels, quintessentiels, serrés alors qu'ils semblent si lâches, détendus comme des cordes à l'abandon. Cela fait longtemps que je n'ai pas lu du Beckett. Godot et lui se sont rappelés à moi il y a quelques jours lors d'une expo de peinture (le trio Giacometti, Balthus, Derain) ... je ne savais pas que le sculpteur avait imaginé l'arbre présent sur la scène, dans les années soixante. Tout un bouquet d'images silencieuses a alors émergé de ma mémoire.

     

    L'attente

     

    Photos autour de Be©kett : L'oeil du Krop ; les 1, 3 et 4 ont été prises lors de l'expo et des installations de Gao Bo ; les 2 et 5 à celles de l'expo Giacometti and Co (les représentations du spectacle datent de 1961).

    Et pour boucler la boucle...  :

     

      (version youtube ICI)
    F. Hardy, Tirez pas sur l'ambulance

     

     

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  • Commentaires

    1
    Samedi 15 Juillet à 08:27

    Un grand auteur. Un maître. Je gerde des souvenirs très précis de certaines mises en scène de "Godot", de "Fin de partei", de "La dernière bande"...

      • Samedi 15 Juillet à 09:30

        Si quelqu'un devait réagir à ce billet, c'était bien toi, le comédien ; merci pour ce com.

    2
    Samedi 15 Juillet à 10:20

     Voilà bien longtemps que je n'avais pas lu un "remue-souvenirs" comme ça ......dans un autre contexte ......autour d'autres auteurs et livres .....C'est Beau comme du ........Toi,tout simplement ..Arrêtons de comparer les un(e)s à d'autres,systématiquement ...Ce que Tu dis souvent de l'Age et de la Vieillesse m'effleure un peu:passage obligé et incontournable,mais dans Ton cas précis,avec une jeunesse de Plume et d'Esprit que d'autres devraient T'envier ..C'est Beau,tout ça,et ça va m'inciter à lire Beckett,que je ne connais pas ....Honte à moi au passage,Fou d'Irlande dans ma tete,et qui ne connait pas ses auteurs ? ..Le Bonjour,Nik' .......Bises ....

      • Samedi 15 Juillet à 11:55

        Merci♥ l'ami. Beaucoup. Pour ton passage ici. Et pour ce commentaire-là !

    3
    Samedi 15 Juillet à 13:34

    Il faut du temps pour la curiosité personnelle, un début de culture accumulée pour commencer à se poser des questions...

    Une magnifique description de ce qu'est, aussi, un certain désespoir des enseignants :) Ainsi, j'ai "décidé" voilà longtemps que je ne comprenais pas Beckett, et n'y suis jamais retournée. Pourtant, j'étais déjà en âge de..., la fac... mais non, je me suis sentie hermétique.

    Ce qui n'empêche en rien de me trouver tant d'échos dans tes mots :)

    PS : il est possible que j'utilise ta phrase dans mon mémoire en cours de rédaction, si tu le veux bien.

      • Samedi 15 Juillet à 16:33

        Il n'est obligatoire ni de comprendre ni d'aimer Beckett, Proust ou San-Antonio. D'ailleurs, il en est à mon avis de la littérature (plus spécialement la poésie d'ailleurs) comme de la peinture, on n'est pas obligé de comprendre pour aimer. À la lecture de l'Irlandais (comme d'autres -Quignard par exemple, dont je ne comprends pas la moitié de ce qu'il raconte, mais qui m'interpelle fortement-) je me sens concernée, troublée, dans un monde qui touche à quelque chose de profond, ce n'est pas pour autant que je saurais en faire une explication. J'ai toujours préféré l'ellipse, l'écume, à la vivisection -des textes s'entend- mais je m'égare... quoique...
        M'utiliser ? Tout ton saoul, c'est un honneur !
        Je suis ravie de te lire Lul. Crois-le ou non, comme c'est déjà arrivé en un hasard de synchronismes, j'ai beaucoup pensé à toi hier, me demandant où tu en étais. Mais remettant à plus tard le fait de t'écrire.
        Je t'embrasse.

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