• AVEC LE COEUR (31)

    D    comme    DOUZE  (ANS)

     

    AVEC LE COEUR 

     Douze ans que tu es partie en cendre de lune,

    redevenue poussière d'étoile. Un vingt-huit juin,

    il faisait doux, je crois bien.

    Quelques jours après, j'ai eu envie de mettre des

    mots sur les dernières images qui me restaient. 

    Aujourd'hui  que je ressors ces lignes, je les trouve

    un peu maniérées, peut-être, comme à l'écart des

    évènements, ou de mes propres sensations.

     

    J'avais appelé ça Les larmes de celle.

     

    De toi ce matin, soleil lourd et larmes froides, ne reste plus, corps tranquille, que cette si fine poignée de cendre âcre et salée, sang, chair, qui bat en rengaine sourde dans ma main gauche, poing serré, volcan éteint, vent nu envolé aux grappes de fleurs violettes dans l’arbre qui t’a choisie.

    Posée, canapé précieux sur la couche dernière figurante réfrigérée, enrubannée de fanfreluches de satin, tu semblais une photo de Pierre et Gilles, au mitan des roses et des mauves ponctués encore par ta bouche violette artificielle, abusée de couleur sourde après une vie entière aux lèvres nues.

    Rivetée la boîte est descendue, halée, où elle va ?  a demandé une voix. Nous t’avons, n’allais-je pas dire emboîté le pas, pour être vers toi, isolée loin de toute chaleur encore. Mais leur mort est policée, stérile, plus anonyme encore dans l’azote liquide que cernée par les vers. Un  grand sas vide nous a ordonné ton passage à notre absence, et tu es partie latérale, dérobée, elle reste seule a dit la même voix devenue grave tout à coup, grandie, transfuge d’enfance.

    De toi alors l’avant-dernière image, comme une icône définitive, gros plan renouvelé sans cesse, ton visage qui halète comme un poisson hors de l’eau, et ton œil gauche, fixe, bleu tellement, happé et atterré par cette force presque lascive, épaisse et ferme, suspendue, transfigurée, et qui t’entraîne.

    Je raconte ça sans tristesse, et même, avec légèreté aujourd'hui, une légèreté mélancolique peut-être, mais réelle ; je me dis que si elle pouvait me voir là, maintenant, elle serait contente pour moi, tellement elle sentirait ma ferveur à aimer la vie, si belle, tant qu'elle est là. 

     

     

    « SANS LES YEUX (26)AFFLAC (63) »

  • Commentaires

    1
    Vendredi 28 Juin 2013 à 17:34

    Souvenir très émouvant et bien raconté.

    Je te souhaite un bon weekend.

    2
    Vendredi 28 Juin 2013 à 21:15

    Merci.

    Je te souhaite aussi un bon week end.

    3
    Dimanche 30 Juin 2013 à 15:33

    Je ne sais si je saurai poser les mots, le jour où ...

    Texte à pulsations chaudes et froides, et les émouvants commentaires d'un enfant. Tant mieux si aujourd'hui t'est serein :)

    4
    Dimanche 30 Juin 2013 à 17:52

    Bah, les mots sont venus comme ça, je n'ai pas choisi.
    Oui, je suis sereine, parce que bien des choses s'adoucissent avec le coton du temps.
    Merci d'être passée.

    5
    Vendredi 12 Juillet 2013 à 01:52

    Tu me fais frissonner.

    6
    Vendredi 12 Juillet 2013 à 10:40

    Merci de me le dire, ça me touche.

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :