• Les couleurs de la vie

     

     

    Le bol jaune

     

     

    Les couleurs de la vie

      Fenêtre ouverte au matin de mon éveil, ce jour-là, aucun oiseau ne chantait. Nous étions bien en automne, si le peuple ailé du jardin avait élu domicile ailleurs, au chaud à l'abri ou vers d'autres contrées réchauffées à un soleil plus sûr. L'air sentait la pluie, qui gouttait sur les géraniums éteints, désertés de fleurs comme les oiseaux de chant. L'air respirait humide et ouvert. C'était bon et je respirai dans un grand élan, moi aussi, les bras presque ouverts à ce monde où j'essaie de prendre le meilleur. Tongs aux pieds, pull sur la chemise de nuit -mais il ne  faisait pas froid, en fait- je m'installai à mon café-tartines-médocs sur la terrasse entourée d'eau un peu, mais assez préservée pour que je puisse jouir de ces instants privilégiés d'avant l'activité et la fatigue récurrentes que me provoquent désormais, en ce moment, toute journée à vivre.
      L'idée était bonne et souriante, sans doute, puisque je me mis à sourire. Si les rois des balcons avaient perdu leur superbe, l'azalée affichait fièrement plusieurs robettes blanches, en même temps, et d'autres allaient éclore. Et mon cœur frétilla presque autant qu'il l'avait fait au premier bourgeon blanc en gestation. Une plante qui fleurit chez moi, c'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup, ça veut dire que si je n'ai peut-être pas encore la main verte, je n'ai plus la mano negra, celle qui assassine les végétaux. J'avais acheté cette plante-là au hasard -j'allais écrire d'une rencontre- d'une sortie, attirée par son aspect robuste. La fleuriste m'avait prévenue que normalement il y avait des fleurs à venir, mais qu'on ne savait jamais si elles allaient éclore, ni quand. Pour moi ça n'avait aucune importance, même restée feuillue, cette plante m'avait attirée ; peut-on tomber en amour pour une si petite production de la terre ?
      Et puis, peut-être trois mois plus tard, un cocon blanc qui naît au milieu du vert, et mézigue se mettant à parler au pot, n'importe quoi, pour un remerciement lancé au monde ! Où le mystique va-t-il se nicher parfois !       Évidemment, une fois de plus, je me suis retrouvée au pays de l'enfance, au pays de ma mère et de son monde végétal dont elle était une fée incantatoire. Je me suis rappelé un monde de feuilles, de pétales et de sépales : de délicatesses fleuries ; je me suis souvenue de paroles bienveillantes et de soins attentifs.
      J'ai installé mon plateau sur la table mouillée et sorti le bol jaune. Je ne suis pas fétichiste de la vaisselle, encore que ... mais ce bol aussi me rappelle l'enfance : un bol bleu un bol jaune, comme on avait eu, au marché, mon frère et moi, un panier bleu, un panier jaune ... J'avais vite pris le bleu entre mes bras en prétextant le manque de couleur de l'autre ... Comment ça ? avait demandé ma mère. J'avais répondu, sûre de moi et affolée : Le jaune se confond avec la couleur de l'air ! C'était bizarre, certes, mais c'est bien connu, la folie est en toi comme en chacun de nous ... Quant au bol bleu, je ne sais plus ce qu'il est devenu, il fut cassé, probablement, comme c'est le sort de maint objet, à l'instar de tout être, mais j'ai ce bol jaune qui me suit, et que j'utilise parfois, en ayant, chaque fois, une pensée fugitive pour le lointain pays passé.

     

     

    « InterludeHebdomadaire »

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 6 Octobre à 21:01

    une pluie de bonheur a ravivé ton balcon, riche en émotion, elle a réveillé l'enfance qui parfois se cache de nos vies si chargées, si rapides qu'on l'oublie ... alors on ressort ce bol jaune ... la fatigue s'endort, et la plante s'anime et fleure bon ! 

    amitié.

      • Jeudi 10 Octobre à 12:36

        Je n'étais -presque- que béton, pendant longtemps. Voilà que je me mets à aimer les plantes, sur le tard. Mon enfance, dans mon esprit, n'est jamais loin ; ancien espoir de porteuse de tous les possibles.
        Merci. Amitiés.

    2
    Dimanche 6 Octobre à 21:08
    Passtelle

    Mais bien sûr que c'est important une fleur qui s'ouvre ! Surtout la première. 

    Et puis aussi les bols jaunes. Ou bleus. Chez moi ils étaient à fleurs.  

    Pour quelqu'un qui n'a pas la main verte, il est bien joli ton balcon. Allez, on dit vert clair ?  ;)

      • Jeudi 10 Octobre à 12:37

        Je me suis sentie un peu midinette sur ce coup-là ! :-) Merci à toi.

    3
    Lundi 7 Octobre à 00:32

    Bravo pour le bol jaune ! Tu sais, j'ai chez moi des objets qui datent de mon enfance, avec ma famille, comme deux bancs ronds qu'il y avait dans notre salle à manger circa 1964. L'un est tout juste à mes côtés et je m'en sers pour déposer des choses lorsque je travaille à l'ordinateur. La tasse à café vide, par exemple, et, à cet instant même, une bouteille d'eau froide.


    Bon texte !

      • Jeudi 10 Octobre à 12:37

        Merci pour le partage du passé !

    4
    Lundi 7 Octobre à 09:21

    Un matin qui s'éveille au monde des souvenirs d'enfance. Un moment parfait qui renaît de l'oubli de petits détails oubliés, ou plutôt, enfouis sous le temps d'autrefois. Un moment d'éveil où la mémoire ressurgit comme neuve. Un moment d'émotion intérieure qui réchauffe le temps présent. Comme si nous n'étions que souvenirs endormis qui ne demandent qu'à se réveiller.

      • Jeudi 10 Octobre à 12:39

        Je suis souvenirs qui à peine somnolent et coexistent avec mon présent. C'est peut-être mon refuge.

    5
    Lundi 7 Octobre à 09:37

    Les objets portent en eux des choses qu'on leur accorde, qu'on leur prête, et qu'ils nous rendent parfois.

      • Jeudi 10 Octobre à 12:39

        C'est vrai.

    6
    Lundi 7 Octobre à 19:50

    Tu avais déjà la plume, maintenant, tu vas écrire en vert vers ... :-)

    Bonne semaine.

      • Jeudi 10 Octobre à 12:40

        C'est mignon ... Bonne journée.

    7
    Lundi 7 Octobre à 20:10

    Hello Nikole, désolée de déserter un la blogosphère mais construction de maison oblige...

    Du coup, ce soir, cela m'a fait un bien fou de venir par ici. Toujours des photos sensibles et des textes non moins. Quel plaisir. Merci... et à bientôt ! Véronique

      • Jeudi 10 Octobre à 12:42

        Je ne puis t'en vouloir, moi qui ne parviens plus guère à aller chez les gens virtuels. Il n'empêche que je suis heureuse de te re-lire, surtout quand tes mots sont ainsi doux : merci !

    8
    patrick
    Mercredi 9 Octobre à 06:55

    "la folie est en toi comme en chacun de nous ..."

    Ton attachement aux références d'un passé qu'on s'efforce Tous de croire "pas si lointain" , me touchent toujours beaucoup, et cette allusion à cette chanson me met en forme dès le matin, malgré les presque 35 ans qui nous séparent de la première fois où Jean Bernard Hébey nous la fit découvrir.

    Quant aux bols ; un jaune et un bleu ,  (couleurs des armoiries de ta ville natale ), elles t'ont permis d'échapper au bleu pour ton frère et donc, rose pour Toi : Quelle chance !

      • Jeudi 10 Octobre à 12:46

        Point je ne m'étonne que tu apprécies cette allusion Entremontienne :-)  C'est fou ce qu'on a pu être marqué par ces musiques, ces chansons, ces artistes qui sont logés en nous et qu'on (que je) cite de manière récurrente.
        Quant aux souvenirs colorés, parfois je me demande si je ne les déforme pas ... on revit notre vie en la passant à divers filtres perso inconscients ... mon panier était bleu ... peut-êtyre que le bol aussi ... faudra que je demande à mon ptit frère ce qu'il se rappelle : de ce souvenir-là. et d'autres :-)

    9
    Jeudi 10 Octobre à 12:47

    J'aime beaucoup quand tu libères tes mots, ainsi, comme s'ils suivaient directement le flux et le reflux de ta pensée, de prime abord ça a un air un peu décousu mais tout se tient, l'enfant que comme nous tous tu n'as  jamais cessé d'être, la jeune fille à ses côtés, et puis la femme et le temps qui roule et se déroule et marque et augmente, et tous ces toi qui cohabitent sur ton balcon, ce jour-là sans oiseau (mais ça existe, ça, un jour sans oiseau?) devant ta plante qui va fleurir, et la lumière qui en jaillit!

    Merci d'avoir partagé cet instant-là ♥

     

      • Jeudi 10 Octobre à 13:05

        Merci de m'en parler comme ça ! Je t'embrasse fort !

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