• Les travers d'un monde

     

    Les travers d'un monde

     

        Si on ne savait pas, on aurait pu penser que la vitre était sale. Le paysage, à travers elle, était flou, lointain et gris. Inquiétant à vrai dire. Irréel, virtuel presque.  Si on y réfléchissait un peu, il était à l’image du monde : incertain en ses contours, inconnu, difficile à toucher. Le toucher, la proximité étaient devenues des actes tabous ; tout juste si on pouvait prononcer les mots du bout des lèvres, en se retenant de les dire fort ; ils étaient susurrés, étouffés comme derrière un masque de protection. Les voitures continuaient  de rouler en contrebas, chacun sa bulle solitaire loin des miasmes des autres. La télé, allumée sans cesse, déversait des blablas répétitifs et inutiles. Des âmes grises, se pensant immortelles, refusaient cette idée de confinement, synonyme pour elles de prison, sans penser une seconde que la mort est un enfermement autrement présent ! Elle sourit en se disant qu’à l’inverse de cette peste-là, certaines protections sont autrement solides. Elle avait briqué l’extérieur de la vitre avec de l’acétone, mais rien n’y faisait, la couche plastique anti-chaleur-d’été-caniculaire restait accrochée à ses promesses. Le comble : il faudrait qu’elle loue un décolleur à vapeur brûlante, peut-être, pour que revienne la lumière d’un jour clair à travers ses fenêtres. Si la prudence et la responsabilité de chaque être étaient aussi valides et pugnaces que cette barrière de défense, on n’en serait peut-être pas là.

     

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  • Commentaires

    1
    Lundi 16 Mars à 23:00

    Quand le printemps reviendra, le soleil fera briller la vitre rayée de mille feux ...

    Bon courage pour la quinzaine à venir :-(

    Bises.

      • Lundi 16 Mars à 23:37

        Si tu le dis ... Mais le printemps reviendra-t-il ? :-)
        Merci.
        Bises.

    2
    Mardi 17 Mars à 07:33

    personne ne peut encore prédire la durée de cet "envoilement", nous aimions voyager, le virus aussi, il s'est habitué à nous, insidieux autant qu'invisible, il franchit toutes les frontières, passant de l'un à l'autre sans scrupule, il atteint le poumon de nos sociétés trop ouvertes et finit par nous étouffer ...

    il y aura "un après-virus" là il faudra en tenir compte !

    courage et amitié . 

      • Mardi 17 Mars à 07:58

        Il faudra obligatoirement en tenir compte. Et pour bien des choses ...
        Merci à toi.
        Amitié.

    3
    Mardi 17 Mars à 09:36

    T'aimer c'est ne pas te voir ni t'embrasser m'écrit mon fils. La solidarité est bien celle-là, ne pas sortir de chez soi. Bon, ici c'est interdit depuis dimanche dernier et personne ne semble resquiller pour le moment.

    Pour rire quand même, il est permis de sortir les chiens, une personne à la fois. Circulent des dessins, photos de chiens absolument épuisés par tous les locataires d'un grand immeuble où chacun l'a emmené en balade:-))

    Amicalement.

     

     

      • Mardi 17 Mars à 10:01

        Merci pour ce com en demi-teintes. Ma grande seulement par téléphone dans la même ville, bizarre, oui, mais essentiel ; ma petite grande dans le même appart mais qui refuse que je l'étreigne :-) ... Perso, je ne souffrirai pas de rester chez moi, j'aime ça ... les autres prendront leur mal en patience pour éviter un autre mal autrement grave !
        Amicalement.

    4
    Mardi 17 Mars à 11:55

    Le monde "incertain en ses contours, inconnu, difficile à toucher".

    Soudain, le texte et cette image me font penser à Cioran, "Fenêtre sur le rien". 

    Bonne journée,

    prenez soin de vous. 

      • Mardi 17 Mars à 12:09

        C'est marrant ce que vous dites parce que sans l'avoir lu, j'ai pensé à Cioran en me disant que pour le moral, ce n'était peut-être pas le moment de le lire ... :-) Mais tu m'intrigues ... et je me pencherai sur ce texte, un peu plus tard ; merci !
        Bonne journée.
        Des baisers.

    5
    Mardi 17 Mars à 18:19

    La métaphore est douloureusement juste, tout comme l'ensemble de ces mots.

    Je me prends à rêver que le confinement aura raison aussi d'une certaine connasserie... je suis une incorrigible rêveuse.

    Baiser doux et chaud.

      • Mardi 17 Mars à 19:20

        Je crois que ton pays est l'Utopie. Mais heureusement qu'il y en a encore, des rêveurs.
        Merci !
        Baisers flous.

    6
    patrick
    Mercredi 18 Mars à 08:04

    y aura t-il vraiment un "après Corona" qui tiennent vraiment compte de ces expériences douloureuses ?

    je le souhaite ardemment, mais je ne peux pas y croire. au delà du Système de Santé , qui montre ses limites, du moins DES limites, le système de pensée collective qui se manifeste par tant de comportements et actes irresponsables est plus près d'un effondrement que d'une apogée lumineuse. Tiendra-t-on compte du passé ( notre actuel présent ) ? pour éviter les écueils ? je ne le crois pas

    les analyses d’après coups seront , comme toujours l'occasion de joutes politiques agressives , car basées sur la santé de personnes ET l'argent de ces mêmes personnes : bien ou mal dépensé ?

    La politiques d'achat et de stockage des masques et vaccins, commandés par millions par R .Bachelot lors de Pandemie de H1N1 en 2009 a été violemment vilipendé.

    achat en nombre dont une part infime a servi, le reste , bloquant des lieux de stockage à l’Hôpital , dont le surplus a  du être jeté  a la benne ( vous avez bien lu) car ils étaient .......périmés: des masques qu'on aurait pu brader ou donner  pour les utiliser pour du bricolage. NON . Jetés , détruits.

    Un politique , donc sans doute  quelqu'un d'intelligent sarcastic, rappelant cet épisode récemment en , disant que au moins , les soignants n'ont pas manqué de masques lors de cette pandémie 2009/10 ( 1700 morts pour le monde / 323 en France)

    n'oublions jamais que quelles que soient les decisions prises , y compris les bonnes , elles serviront toujours d'arguments a l'encontre de ceux qui les ont prises

    L' Union Sacrée quand elle existe n'a qu' une Durée de Vie minime, et je parierai a regrets , certes , que les comportements issus de la Connasserie ( j'adore le terme ) ont encore de belles heures devant eux.

      • Mercredi 18 Mars à 09:32

        Je pense -malheureusement- comme toi : ça se passera comme ça !
        Tiens, tu l'aimes ce néologisme-là ... tu m'étonnes ! ...  ! sarcasticwink2

    7
    patrick
    Mercredi 18 Mars à 11:12

    oui, j'aime bien connasserie , car il y a dedans , tout l'humour et  toute la prise de distance que je ne trouve pas dans Féminicide..

    de plus , et avant tout, il sonne comme un truc de Pierre Dac, qui parle dans "du côté d'ailleurs " d'une femme excercant le plus vieux metier du monde , ayant été  formé a l'institut national de formation des péripatéticiennes appelé dans ce livre La Pétasserie d'Etat

    le tout dit , malgré tout, avec un grand respect  pour ces Dames

      • Mercredi 18 Mars à 11:29

        J'attendais ta réponse en souriant et te remercie pour sa pertinence (et ta culture) :-)...
        Ce qui est -entre autres plaisirs- bien avec la gent qui passe ici, c'est que j'apprends presque toujours quelque chose grâce à elle !
        Baisers.

    8
    Jeudi 19 Mars à 08:09

    Tout n'a qu'un temps : les choses et les individus. A notre grand dam souvent. Ta vitre est en effet "brouillée". Et il faudra de la patience pour qu'elle en revienne à plus de clarté naturelle. J'avais songé à en faire poser sur les vitres des fenêtres en plein sud : ton expérience me donne raison de ne l'avoir pas fait. Mais surtout, il me semble que ce "travers" de ton pare-soleil est à l'image de tes sensations : être enfermé derrière des carreaux et n'avoir de perspective qu'une sorte de brouillard n'est pas fait pour rasséréner. Nous vivons actuellement dans l'incertitude la plus absolue parce que nous ne savons pas ce qui nous attend vraiment. C'est un peu comme si notre vie s'était obscurcie sans prévenir. Et notre impuissance se révèle la plus forte. Il nous faut apprendre la patience et saisir le moindre rayon de soleil qui traversera les vitres. Confinés... un drôle de mot. Mais une réalité. Tout nous ramène à l'essentiel : ceux qu'on aime et qu'on ne peut voir. A cause d'un truc invisible mais qui engendre des drames. Il n'y a guère que les tout-petits qui ne garderont aucun souvenir de cette période où tout peut basculer. Cet épisode "malencontreux" laissera-t-il assez de traces pour que les mêmes erreurs ne se renouvellent pas ? Je crains que non : l'homme, lorsqu'il retrouve sa liberté, ne s'engage jamais, ou fort peu, sur le chemin du raisonnable.

      • Jeudi 19 Mars à 17:48

        Les mêmes erreurs se renouvelleront : il n'y a pas assez de gens bien pour que le monde change. Et j'en suis désespérée.
        (Euh ... oui, t'as bien fait ... ce qui me semblait être une idée intéressante sur des vitres plein sud se révèle ne pas être une sinécure pour s'en débarrasser une fois que c'est abîmé !)

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