• Madame rêve

     

      Souvent je suis habitée de songes. Légers ou lourds, dans la réalité, fugaces, ou le sommeil, profonds. Ici ou là, proches ou lointains, ils s'accrochent à moi comme une défroque perenne que j'ôte et remets sans cesse, en me racontant des histoires ou construisant des décors que les lendemains voient un peu différents, un peu ailleurs, un peu transposés ou un peu espérés, abandonnés, revécus, transformés.
      Souvent m'habitent les rencontres d'anciennes amours, d'anciennes vies, d'anciennes personnes revenues un temps me rencontrer à peine, comme un signe d'un passé ou d'un au-delà impossibles.
    Quand je rêve de gens de ce monde et qui, de quelque façon que ce soit, me furent proches, je leur écris, demande de leurs nouvelles, car pourquoi aurais-je rêvé d'eux si ce n'était parce qu'ils m'ont fait un impalpable signe ?

      La science des rêves, la réelle, la rêvée, me fascine depuis toujours. "Fascine" n'est d'ailleurs sans doute pas stricto sensu le terme idoine, puisqu'au contraire elle me meut et m'émeut, sans me pétrifier dans une attitude étonnée et stérile. Les rêves avancent, ils m'avancent. Songez donc à tout ce matériau qu'on a travaillé au cours de notre vie, à cette hotte emplie de souvenirs, de regards, d'étreintes, de désespoirs, d'admirations, de connaissances, de regrets, de sourires, de tensions, de réflexions, de mots lus, de paroles entendues, d'images traversées, de papiers déchirés, de cris, de révélations, de chagrins, de déclarations et de silences, de tant et tant de moments de vie dont peut-être on se déleste, ainsi, quelque temps, quelques secondes, pour que d'autres respirent ...

      Souvent je suis habillée de mes songes. Transparents ou épais, ils sont la mode, le mode de vie qui efface la proximité de la douleur et des espoirs qui peu à peu s'enterrent. Ils sont un autre monde les pieds ici et la tête ailleurs. Des étoiles dans les yeux et la démarche ailée. Réelle mais allégée. Présente mais protégée.

     

     Madame rêve

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

                                                                                                                                les ©himères du Krop

     

    L'illustration sonore qui s'impose est celle-ci, vous y auriez songé ...

     (Et le hasard de mes publications fait que des rêves, éveillés ou endormis, sont ce jour là-bas aussi)

    « Marée violetteInterlude »

    Tags Tags :
  • Commentaires

    1
    Mercredi 27 Novembre à 09:47

    Texte très délicat qui complète bien la chanson

      • Mercredi 27 Novembre à 17:22

        Merci beaucoup Thierry !

    2
    patrick
    Mercredi 27 Novembre à 17:35

    Encore un texte travaillé comme de la broderie fine . J'aime beaucoup. Et ces questions me tarabustent aussi , c'est vrai. J'avoue toutefois  envier les personnes qui ne se les posent pas , peu importe les raisons .

    Le rêve est la lave produite par l'éruption continue de notre inconscient; ça bout tellement dedans , que la soupape , fort heureusement se lève , et ça part comme ça peut, déguisé , camouflé , ou bien tel quel.

    Expression d'un désir refoulé, chaque rêve est l'expression travestie d'un désir.....

    On comprend mieux pourquoi  on ne se souvient que d'une très infime partie de ces rêves.

    Qu'il est loin le temps de Pimprenelle et Nicolas , Nounours et le Marchand de Sable ....

    Pom popo pom popo  pom , pom pom.........

      • Mercredi 27 Novembre à 18:29

        Comme ce doit être reposant de ne jamais se poser de questions ! Quant au rêve, aux rêves, ils me sont très importants, et tant pis si je ne comprends pas leur teneur (j'aimerais mais de toute façon, les interprétations hein !) ... mes rêves -les nocturnes- je les aime comme j'aime le cinéma ... j'aime ses images fortes, colorées, les lieux récurrents, les morts qu'on fait revivre, les "abandonnants" qu'on fait revenir : pourquoi cette nuit là, et comme ça ... Rigolo ce travestissement que tu évoques, car précisément, je r^vais d'une ancienne connaissance travestie dans mon rêve ... Rigolote itou la référence à "Bonne nuit les petits" que j'ai eu fortement en tête ce matin, je ne sais malheureusement plus à propos de quoi. Et pour transposer ce sable en métaphore, les images des rêves ne sont-elles pas les pepites d'or qu'on accumule ... allez, grandiloquente je vais être à propos de cette soupape ... car tu me fais tout à coup penser (même si j'ai déjà l'impression d'avoir écrit ça récemment quelque part, peut-être ici, et qu'il est vrai que je radote) ... Ô vous soyez témoins que j'ai fait mon  devoir/Comme un parfait chimiste et comme une âme sainte/Car j'ai de toute chose extrait la quintessence/Tu m'as donné ta boue et j'en ai fait de l'or ...  :-)
        Merci à toi pour tes mots offerts !

      • Mercredi 27 Novembre à 18:31

        ... "je rêvai" ... c'est mieux.
        Et j'ai oublié de préciser que le bout sur la boue est de Baudelaire.

    3
    Mercredi 27 Novembre à 17:49

    mes rêves ne se font qu'éveillée, les autres s'il en est restent obscurs à ma conscience, mais ceux là que je fais vivre se rapprochent des tiens, cherchant dans mon passé des présences absentes ... qui me manquent ...

    amitié .

      • Mercredi 27 Novembre à 18:12

        Souvent, mes rêves nocturnes sont très présents au matin, ancrés, quelques minutes, certes, mais d'un poids réel, d'une facture profonde. Quant à ceux qui se rapprochent des tiens, taisons-nous et fermons les yeux ... partage. Merci à toi. Amitié.

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :