• Noises

     

     

    Noises

     

     

        L'art. La mort. La re-vivance. Les questions. L'attirance. La curiosité. Les regrets. La peinture. Le cinéma. La connaissance. Les souvenirs. Vous mélangez tout ça et vous piochez au hasard un des petits papiers. Comme une guirlande découpée de bonshommes tout viendra à la suite. Pour moi. Pour moi je crois bien que c'est comme ça que ça marche. Et , la mort est au centre de tout. Mais pas morbide. Seulement servant de déclic, de levier vers d'autres choses, qui elles sont synonymes de vie, de perennité. Il y a peu je parlais de ça ici, l'intemporalité de l'art. Michel Piccoli mort depuis peu, la télé -arte, merci- a ressorti plusieurs films où il jouait. Outre certains connus, mais toujours appréciés -Sautet- La Belle noiseuse (de Rivette) est visible (jusqu'au 13 octobre) sur arte.tv. Bon, ce n'est pas le replay, mais passé le petit problème technique (merci JL !!!) sur certaines box (j'ai free) la récup des œuvres est simple (puisque j'y parviens) et si vous aimez l'art, enfin la peinture spécifiquement, installez-vous sur votre canapé et regardez ces quatre heures sur la création, l'élaboration d'une œuvre, le rapport psychologique de l'artiste et du modèle, du modèle et de l'artiste, et certaines interactions avec la vie réelle, à côté, domestique, amoureuse. Et parlons-en après, si vous voulez. J'avais vu le film au cinéma à sa sortie, et j'en gardais une impression vague mais forte -je me souvenais surtout de la maison- et je revoyais certaines images -fausses ou incomplètes, du reste, détournées-, ce qui m'a donné envie de m'y re-confronter. Ce que je fis et je n'en dirai pas plus sur le déroulement du film, persuadée que je suis qu'il ne faut pas gâcher le plaisir de ces découvertes, jamais. J'en souffre assez quand on me l'impose pour ne pas distiller aux autres ce poison.
    Cela posé, je puis quand même dire d'autres choses, de celles qui ne déflorent rien, et n'ont rien à voir avec ce que vous percevr(i)ez. Par exemple évoquer le peintre réel qui prête sa main au comédien Piccoli : Bernard Dufour. Ce n'est pas la première fois que je me fais avoir par l'ignorance liée au hasard des dates et des morts. Le peintre dont les œuvres servent (au/le) film, j'ai eu la curiosité de m'y intéresser ... las ! il est mort (lui aussi), et depuis relativement peu ... dommage, il fait partie des gens à qui j'aurais aimé écrire, que j'aurais aimé connaître en vrai (d'ailleurs, étrange similitude avec certain(s) aspect(s) de sa vie dans le film !) ... pas n'importe qui, qui dans l'histoire de l'art a côtoyé des grands (par exemple Alechinsky, dont j'aime le style), des importants, même sujets à caution (Duchamp par exemple) ... bref pour moi quelqu'un d'intéressant, très ... déterminant en sous-main ... Lors de ma découverte du film, je ne pensais même pas à cet aspect-là.
        Ah, ces morts qu'on ... j'allais écrire : invente ! ... c'est récurrent que je découvre un auteur, un artiste, pour le talent duquel je m'enflamme, et dont je m'aperçois qu'il est mort, et le pire, c'est que c'est le plus souvent assez récent ; je me souviens, ainsi, de mon enthousiasme à la lecture du Navire Argo, de Richard Jorif, et de ma remarque, ensuite : "Merde, il est mort, le pauvre, je ne pourrai pas lui dire comme j'ai aimé, en parler avec lui!" ... Je crois que les personnes disparues, les choses disparues m'en sont d'autant plus précieuses, oui, je crois que je fonctionne ainsi. Je ne dis peut-être pas assez aux êtres que j'aime combien ils comptent, comme si le fait de les savoir bien quelque part suffisait à me tranquilliser sur ma vie, et sur la leur.
        Il y a quelques jours, j'ai appris par texto la mort d'une vieille dame pour qui je m'étais prise d'une amitié lointaine mais réelle, lors d'une rencontre à Oléron ... certes elle avait un cancer, certes je savais qu'elle allait mourir, mais j'ai dans ces cas-là comme une sorte de déni élastique qui me dit que nous avons encore du temps. Non ! Elle est morte, et même si je lui téléphonais parfois, j'ai un peu ce sentiment diffus de l'avoir abandonnée, et ce sentiment incroyablement, comment dire, malhonnête ?, détenteur d'un quelconque pouvoir ?, que tant que je ne dirais pas adieu, la mort attendrait. Pathologique, non, ce refus, ou cette sensation, cette ... maladie de l'esprit ? de l'orgueil ? un refus basique et bête, animal, de la mort ?

     

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 29 Juillet à 07:53

    j'aurais beaucoup à dire sur le film "La Noiseuse" que j'ai adoré dont j'ai la copie sur bande mais plus l'appareil pour le lire mais qu'importe aujourd'hui on peut tout retrouver, tout capter sur le net !même parfois la vie de ces chers disparus célèbres auxquels on s'accroche post-mortem ...

    et puis il y a tous ces autres qui ont compté au moins à un moment précis de nos vies, de qui on garde au coeur la chaleur de la présence et qui finissent par mourir loin de notre présent ...

    dit-on suffisamment qu'on aime aux personnes chères ?

    amitié . 

      • Mercredi 29 Juillet à 21:19

        Merci beaucoup à toi pour ce commentaire relatif à un film atypique, s'il en est, et qui, je pense, peut capter l'attention ou ennuyer et être détesté ... je n'en dirai pas plus ... j'ai déjà dit vouloir garder le mystère des films.
        J'aime bien ta triste phrase : "de qui on garde au coeur la chaleur de la présence et qui finissent par mourir loin de notre présent ..."
        Amitié.

    2
    Jeudi 30 Juillet à 10:14
    daniel

    En vieillissant je pense de plus en plus à la mort ce qui change forcément mon rapport à la vie. Le temps qui passe prend de l'importance et je me surprends à aller de plus en plus à l'essentiel, à savoir: la présence de l'instant.

      • Jeudi 30 Juillet à 11:00

        Comme je te comprends ! Je ressens les choses exactement de la même façon : ce qui compte, c'est L'INSTANT.
        Grand merci à toi Daniel.

    3
    Samedi 1er Août à 16:35

    Je ne suis pas assez cinéphile pour savoir apprécier tel ou tel. Ce qui me touche, c'est ce que tu dis, ou plutôt le lien que tu n avec la mort de gens connus et disparus. Un de plus, un de moins. C'est comme une tristesse à retardement, tous ces inconnus qui traversent, via les écrans ou leurs oeuvres, qui laissent en nous comme une insatisfaction parce qu'on n'a pas pu partager avec eux ce que l'on ressentait via leur art. Ils sont nombreux ceux que nous rencontrons au détour d'un livre (ou d'une peinture) pour lesquels nous avons ressenti quelque chose et au nous aurions aimé partager avec eux De l'émotion pure, inédite, qui nous retient face à ces "spectacles" qu'ils nous offrent de leur talent. C'est un peu comme une famille (au sens de familier alors que nous ne les rencontrons jamais) qui se crée et qui nous désespère quand elle disparaît.

      • Samedi 1er Août à 17:55

        Tu en parles bien et c'est ce que je ressens aussi. Merci beaucoup pour ce partage de sensations.

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