•  Et puis quoi ?

     

    Interrogations

     

     À un tout petit paquet d'années de la retraite, mon activité va changer. Mon labo explose et on va me trouver, si je ne le trouve moi-même, un autre placard où on ne me demandera probablement pas grand-chose d'utile à faire, quand bien même on me demanderait réellement quelque chose. Mais ce n'est pas sur ce sujet que je veux entamer de vastes discussions stériles sur la recherche en France. Non, ce préambule pour parler de l'extraordinairement positif-négatif (je m'en expliquerai) de certains aspects de l'éducation. Ce boulot m'a permis, -m'aura permis- des hommages collatéraux dont jamais je n'aurais imaginé qu'ils pussent (disons qu'ils puissent... à c't'heure, j'en aurai peut-être encore un peu) avoir lieu !
    Il y a très très longtemps, je fus maîtresse auxiliaire. J'avais postulé dans le privé aussi, sachant que le public offrait -à l'époque- peu de places, et cela, de mauvais gré, étant a priori pour l'école laïque, républicaine, et séparée de l'Église. Je me souviens comme si c'était hier du papier reçu un vendredi pour commencer le lundi suivant à Bar-le-duc. J'avais seulement l'adresse. Parachutage en règle sans la moindre consigne, le moindre détail de rien. J'y restais plusieurs années, et les débuts me furent extrêmement difficiles : on peut savoir des choses et avoir des idées, la pédagogie, l'organisation ne sont pas des sciences infuses. Pendant ces années, j'étais devenue le bouche-trou : absences longues (voire, parfois, ponctuelles si j'étais libre), postes non assurés cette année-là, que sais-je encore : je remplaçai le français en sixième et le latin débutant en quatrième d'un dépressif ; j'assurai (toute une année scolaire) non le français, la (vraie seule) matière que je maîtrisais un tant soit peu, mais les matières d'éveil : histoire-géo, activités manuelles (oui, moi !) et tutti quanti (j'ai même oublié quelles autres) ; je m'occupais même, toute une autre année durant, d'une classe de tout-petits, ceux qui arrivent les premiers jours en hurlant parfois ou en foutant le bordel en salle de sieste : cette année-là est, du reste, mon meilleur souvenir, aussi difficile fut-elle physiquement, car je suis (j'étais, en tout cas) de nature maternelle et câline, patiente et empathique, avec les enfants, et le fait de leur avoir porté beaucoup d'attention, ce qui me fut bon, je fis tout pour que ça le soit aussi pour eux ; c'était si important ! J'en ai de tendres souvenirs (et des photos, aussi, quelque part).
    Mais revenons à aujourd'hui. Je ne suis pas prof. Moi, mon truc, c'est l'amour des mots, de la langue française, l'intérêt pour leur histoire, leur sens en fonction de leur origine, vous voyez le topo. En fait je suis -même si c'est dans le secteur littéraire- ingénieure d'étude (troufion quoi, dans l'échelle des grades). Hé bien figurez-vous qu'un(e) ingénieur(e) d'étude, ça peut donner des cours à des étudiants dans une fac, oui m'sieurs dames. Loin de moi l'idée de cracher dans la soupe, j'explique seulement, mais je trouve ça aussi ahurissant que mon premier parachutage. On m'a demandé d'assurer des cours (parce qu'en plus, vu que ce sont des vacations, que c'est relativement peu en heures et en argent, ce n'est autorisé qu'aux personnes qui ont déjà un emploi, même si, quand même, le cumul autorisé reste chétif, ce que je trouve normal) de français cette fois, faut pas déconner quand même, et cela, sans aucune autre directive que le programme suivant : cours magistral sur les pièges et difficultés de la langue française ; travaux dirigés sur l'expression française, et roulez jeunesse ! Succinct, euh, non, vaste, plutôt ! Notez, depuis le début je suis emballée, c'est pas la question, mais je trouve quand même les structures de ce pays un tantinet légères... Et je n'évoque là que mon cas, avec, même si je suis un peu foutraque, foisonnante, une expérience de la langue, une attitude un peu rodée à l'espèce humaine, une volonté à transmettre, qui font que je m'investis, que je suis enthousiaste et tente de me rendre utile et efficace, mais quand même ! Les étudiants et la langue ? Vous apprendrai-je beaucoup en vous signalant leurs lacunes en orthographe et en structure de la langue, leur manque de vocabulaire et de repères chronologiques ? Je ne dis pas qu'ils ne savent rien, je ne prétends pas qu'ils ne sont pas intelligents, loin de là, et puis généraliser, il ne faut jamais le faire, mais je suis quand même affligée et j'ai parfois l'impression de ramer si fort que je vais attaquer la falaise. Comment certains ont-ils pu arriver là avec un bac en poche !!! Alors ma tâche, ma quête, c'est essayer de leur faire prendre conscience de la langue, de ses rouages pour mieux la comprendre, et les faire bosser, bosser, bosser (nan, la connaissance n'est pas infuse). Cours magistral (qui n'en a que le nom, je ne peux m'empêcher de les faire réagir et de les questionner) sur les barbarismes, les familles de mots, la façon de découvrir leur sens, voire leur orthographe, en connaissant tout un tas d'éléments formants, de mots-étymons qu'on retrouve, faire gaffe aux mots qui se ressemblent, ce genre de chose ; tenter de donner des éléments de réflexion et d'instruction quoi (je caresse depuis longtemps l'idée d'un -troisième- blog dédié à la lexicologie mais... hmmm on verra plus tard, hein, ou jamais...). D'une année sur l'autre, mes cours ne sont jamais similaires, mais cette année, ç'aura été, en gros, vocabulaire-conjugaison...
    Probablement ma dernière de ces trois années ... changement de lieu, et sûrement plus (plu) de cours possible en plus, en marge, de ces marges où tout ce qui est inscrit est plus important que sur la page.

     

     
    Richard Anthony, Je suis fou de l'école (sinon ICI)

     

     


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