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    Huit maiCe fut un jour de victoire mais comme ce mot (m')a un goût amer aujourd'hui. Toutes les guerres étaient les dernières ; qui peut imaginer une seconde aujourd'hui qu'il n'y aura plus de guerre un jour, alors que, sous des formes plus sournoises, vécues plus proches et de façon plus sauvage, elles ne cessent de se répandre comme des feux qui partent de mille foyers. Même pas forcément militaires, les guerres, mais dans les coeurs, les cerveaux ; dans les manifs, les mouvements, les rages inter-classes, inter-cultures, inter-pays, inter-continents, inter-haines et inter-désespoirs. La guerre est rampante. Ce post est triste une fois de plus et correspond mal aux rires qu'on m'entend lancer. Rire ne désamorce pas les bombes, mais il crache à la figure des peurs. J'entends souvent maintenant des gens dont la seule envie est de se retirer, loin de la foule. Ne plus rien savoir de ce qui se passe, ne plus vouloir entendre, avoir un corps que le malheur ambiant ne secoue pas aussi souvent. Devenir égoïste ? Même pas. Mais ne plus entendre sans cesse la douleur, parce que la douleur est poreuse, et le malheur parfois contagieux. Manque de sérotonine généralisé ... allez, tous sous anti-dépresseurs. Et dormir. Et faire des cauchemars. Et se réveiller juste avant de tomber dans le vide ! Déjà ça de gagné ! La vie au petit matin. La fenêtre est restée fermée alors comment entendre les oiseaux ? Se tâter et ne plus sentir les douleurs des jours passés : encore un point positif. Penser aux anciens, aux corps brisés, aux gueules cassées d'hier, aux éborgnés, fouettés, lapidés, décapités d'aujourd'hui et de demain. Ben oui, je mets tout dans le même sac, toutes les souffrances que j'appelle guerrières, fomentées par le shoot au pouvoir, à l'argent, aux folies religieuses et sectaires ... Le mai le joli mai ... seulement dans les poèmes ça. Seulement vos bras, vous que j'aime, vos regards, vos sourires, vos partages ; seulement la protection infi(r)me d'une planète choyée tant qu'elle est encore  bleue, de ciel, d'océan, couleurs d'espérances ténues dans les rayons naissant au matin blême.

     

    (Illustration ©L'oeil du Krop : affiche lacérée métro Paris).

    (Sur le huit mai, aussi, là-bas).

     

     


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