• En exergue du livre, l'auteure avait placé une citation de Valéry qui disait :
    Viens plus bas, parle bas...
    Le noir n'est pas si noir...

    Mouais, ça commençait mal ... intello, trop ...

    lire écrire (suite)

     

    La lectrice se radoucit en découvrant les premières lignes du roman : Pour le moment, la seule chose réellement difficile était de détourner les yeux de cette large déchirure de ciel, profonde et envenimée, qui allumait une sorte de brasero au-dessus de Paris. Les plus violents paysages terrestres, les plus étonnants animaux y étaient en réplique, sculptée dans la pourpre des anges mourants dont on ne voyait plus briller par réfraction que l'or des trompettes. Sous cette dernière lumière vivante, les êtres, les oiseaux, les voitures étaient pris de folie. L'invasion de l'ombre et l'agitation du monde donnaient seulement une illusion de vent, qui ne changeait rien à la chaleur du temps. Les enfants tombaient à plat ventre et décidaient de pleurer. Les chiens se retournaient sur eux-mêmes et levaient la gueule pour regarder les hommes aux yeux. La journée devait être longue...

    Lisait-on dans chaque texte ce qu'on voulait y lire, ou ce début-là était-il une allégorie du cataclysme chaotique qui s'abattait sur le monde sous la forme d'un virus minuscule mais mortifère ?

    Qu'y avait-il dans ce bouquin ? Olympe, en quatre soirs de suite, le lut, et se tourna vers un public imaginaire, le prévenant que s'il voulait lui aussi lire le roman en question, il valait mieux ne pas l'écouter ... sans dire la fin, elle risquait quand même de divulgâcher -qu'elle aimait ce mot !- certains éléments : cela la mettait assez en colère quand on lui faisait le coup pour qu'elle n'inflige pas ça elle-même aux éventuels clients du truc.

    Les gardiens de suspense partis, elle expliqua que le livre était une histoire d'amour. Euh, non, de passion plutôt, puisque les deux protagonistes étaient complètement chtarbés, ce qui en soit n'augure pas forcément une mauvaise littérature. Sauf que, un, lesdits protagonistes lui étaient antipathiques, et deux, le style pour les faire vivre ne l'était pas moins : certes, elle aimait les ellipses -elle-même bien souvent les avait dans le sang- mais elle trouva l'écriture trop pointue d'arrogance, trop bling-bling -l'adjectif s'était drôlement imposé dans la langue- d'orgueil !

    Elle douta d'elle ! Ce machin avait quand même reçu le prix Renaudot, c'était censé ne pas être de la gnognotte ! Bon, elle l'avait lu en entier, mais c'était plus par besoin d'apprendre comment ça se terminait qu'autre chose ... Et les scènes successives qui hachaient la narration l'avaient plus d'une fois mise en colère ! Bah, après tout, peu importait ! Une œuvre écrite, pas plus qu'une œuvre graphique, n'était obligée d'obtenir tous les suffrages ni le consensus. On répétait aussi à l'envi que chacun avait droit d'avoir ses goûts propres. D'ailleurs, prix ou pas, on était quand même vachement loin d'un de ses livres préférés qui avait obtenu le même prix vingt ans plus tôt : Les choses. Oui, avec Perec, pour elle, foutreciel, y'avait pas photo !

     


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