• Sourires et chagrins

     

     Les plus et les moins

     
     

    Sourires et chagrins

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    La rame n'était pas bondée mais il n'y avait plus de banquettes libres. Il portait des lunettes noires qui cachaient son regard. Il a hésité, s'est levé et m'a fait timidement signe de m'asseoir à sa place. Dans ces moments-là, je ne sais pas si c'est à la personne vieillissante, à la femme, ou aux deux, qu'on montre cette attention, prise, d'ailleurs, bien ou mal. Je l'ai bien pris, parce que les marques de civilité, de politesse, qu'on considère quand on est jeune, parfois, seulement pour de l'hypocrisie, je les crois indispensables au "vivre ensemble", comme on dit. Alors j'ai profité de ce geste, contente quand un peu plus tard une autre place s'est libérée pour lui. En sortant, j'ai cherché son regard, lui ai souri et, de loin, mimé avec les lèvres, distinctement, "bonne journée". Il a souri aussi. Il était jeune. Et noir.
    Pépite d'instant un matin ordinaire.

     

     Cette chanson-ci dans ma tête...

     

     

    Sourires et chagrins

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Partout, et plutôt mal fagotés en général, les mendiants. Lui, ressemblait à un personnage dramatique de film, vous savez, de ces scénarios où les hommes n'osent pas dire chez eux qu'ils n'ont plus de travail, partant le matin costume-cravate et attendant le soir pour rentrer. Oui, j'ai pensé à ça. Il ne regardait pas les gens. Debout mais effacé, affaissé, il penchait la tête vers le sol, avec cette pancarte serrée contre lui : Pour vivre. Le sentiment de honte -le sien, le mien- était si palpable que j'ai marché plus vite. J'avais presque envie de courir, de fuir. Et puis je me suis arrêtée net et suis revenue sur mes pas. Me suis campée en face de lui, j'étais mal : j'ai mis de l'argent dans ses mains sans les lâcher et je l'ai regardé. Il a levé vers moi un regard clair d'une tristesse si infinie que cette idée, la mort, était tout près, de l'autre côté d'un mur aussi épais qu'une feuille de papier à cigarette. J'ai débité des conneries du style accrochez-vous et tant qu'il y a de la vie et blablabla, ridicule, décalée, statique, ne sachant pas quoi faire de plus, tandis qu'il me fixait d'un œil si bleu, si lointain... en répétant oui madame d'une voix éteinte.
    Larmes à peine rentrées un soir ordinaire.

     

    Cette chanson-là, aussi...

     

     

    « Pneumatiques"Free hugs" »

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  • Commentaires

    1
    Samedi 9 Septembre à 21:09
    Aux bons moments succèdent parfois des zones d'ombre ... tu nous en rapportes deux qui se glissent dans nos vies pour éveiller en nous le sens de l'universalité qui se meurt ... triste pour ce monsieur !
    Amitié .
      • Dimanche 10 Septembre à 00:16

        Merci à toi. Amitiés.

    2
    Dimanche 10 Septembre à 08:12

    C'est un texte émouvant...

      • Dimanche 10 Septembre à 10:19

        "Un détail" de l'avis de certains, peut-être, au milieu de toutes les monstruosités du monde, mais je fus remuée... Un regard de tristesse échangé est universel. Merci.

    3
    Dimanche 10 Septembre à 10:26

    Oh, j'ai la gorge serrée de te lire, les yeux humides, j'aurais voulu être avec toi, et avec lui...

      • Dimanche 10 Septembre à 10:41

    4
    Dimanche 10 Septembre à 10:59

    Il est plus décapité que moins encollé le monsieur.

      • Dimanche 10 Septembre à 12:20

        Je ne comprends pas "moins encollé"... mais ce que je comprends, c'est que la vie l'a décapité, oui.

      • Lundi 11 Septembre à 09:33

        Encollé, décalé, décalqué des fois je dis un mot pour un autre car il sonne bien à l'instant mais c'ets souvent au détriment du sens et au profit du non sens. Décapité ça me va bien.

      • Lundi 11 Septembre à 12:22

        D'accord ... j'ai compris cette fois  :-)

    5
    Dimanche 10 Septembre à 18:07

    Des hauts et des bas, ainsi va la vie. On fait ce qu'on peut ... Flo.

      • Dimanche 10 Septembre à 18:24

        C'est ça... merci.

    6
    Mercredi 13 Septembre à 18:14

    Chapeau bas,encore,à la Chroniqueuse .......Stylée....Stylée !!!! Bises,Nik' ....

      • Mercredi 13 Septembre à 20:05

        T'es gentil !♥ Merci pour ton passage, l'ami.

    7
    Vendredi 15 Septembre à 11:19

    Quelques larmes sur ce pauvre gars devant lequel j'aurais agi comme toi... Merci Nikole de ne pas rester indifférente face à la détresse humaine. Un moment d'empathie, du fric, un sandwich ou un café, c'est pas grand chose mais tellement pour ceux qui vivent "Une époque formidable"... 

    Mon conjoint intervient auprès des M.I.E (Mineurs Étrangers Isolés), je bosse dans un établissement qui me confronte chaque jour à la misère sociale. On ne naît pas tous égaux devant le bonheur, parfois certaines situations nous font mal au bide... A quand des priorités humaines bordel? 

    Merci aussi de m'avoir remise en tête cette chanson que je connaissais surtout version Stephan Eicher... :)

      • Samedi 16 Septembre à 09:55

        Je n'ai pas fait grand-chose, je ne fais pas grand-chose, et de toute façon trop peu sans doute.
        Quant à cette chanson, dont j'aimais beaucoup la version initiale d'Eicher (j'ai même le cd 2 titres, ce genre d'objet doit être collector...) j'ai adoré cette variante quand je l'ai découverte, complètement différente mais pour moi tout aussi belle.

    8
    Samedi 16 Septembre à 18:44

    Savoir s'arrêter, c'est beaucoup pour celui qui tend la main. Quelques mots, un sourire apportent davantage que le simple geste de glisser quelques pièces.

      • Dimanche 17 Septembre à 09:19

        Tant mieux si c'est vrai...

    9
    Caroline
    Dimanche 17 Septembre à 11:03

    Holà ma bougresse de Nicole, je viens de te lire et tu dis et fais de belles choses mais cela je le savais. Je suis très égocentrée dans la Drôme qui m'a chopé au moment de la retraite avec mon Jean Pierre ! Tu peux me dire ce que représente la photo de la baie de Somme j'ai pas tout compris dans la photo ?

    je t'aime toujours !

    Ta pote Caroline

      • Dimanche 17 Septembre à 16:13

        Ah Caro, quel pied de te lire, et quelle surprise ! Je m'en veux de ne pas te faire signe, et pourtant je pense régulièrement à toi descendue là-bas dans le Midi ... (Qu'est-ce qu'elles ont les filles que j'aime à être presque toutes en bas !?)
        Je t'aime toujours aussi, et rien qu'à t'écrire ça, mon petit coeur de midinette se serre !
        Pour la baie de Somme, tu resteras dans l'ignorance, car la photo est assez ancienne et je suis infoutue de me rappeler les détails de cette image. Un caillou et une herbe mouillée, sans doute ... il pourrait s'agir aussi d'un animal mort, dont j'aurais voulu magnifier la dépouille (comme la charogne de Baudelaire) mais je n'ai pas le souvenir de cette sensation-là !
        Baisers Caro !

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