• D'autres printemps

     

    D'autres printemps

     

       Le métro est sans doute vide, ou presque, je ne sais pas. De ma fenêtre, je vois passer des rames dont émerge à peine une tête, de temps en temps. Un geste esquissé. Là où je vis, les gens semblent raisonnables ; et les rues silencieuses. Seul l'autoroute en contrebas n'a pas cessé, ne cesse pas de faire défiler des voitures, moins que d'habitude, certes, mais quand même. La vie ne s'est pas arrêtée, et si je peux me permettre de rester cloîtrée, d'autres sont obligé(e)s d'être là pour nous. Quels étranges moments vit la ville, le pays, le monde en ces temps de fléau invisible tant qu'on n'écoute pas les infos ; qu'on ne s'approche pas des hôpitaux.

     

    D'autres printemps

     

        C'est officiellement le printemps. La renaissance normalement programmée. Celui des couleurs attendues, de la lumière qui se relève, des premières douceurs sur une peau qu'on imagine bientôt nue. Mais ce printemps est plutôt gris dans nos tripes, même si le soleil honore de temps à autre son contrat de présence. Même si les oiseaux chantent au petit matin. Même si l'air peut paraître léger quand on se laisse aller à oublier une heure ou une seconde le danger qui s'est installé au-dessus de notre tête comme une tempête sourde.

     

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  • Commentaires

    1
    Samedi 21 Mars à 07:14

    "la tempête sourde" c'est tout-à-fait ça ... elle gronde mais on ne l'entend pas, seuls ses effets se voient quand ils ne se font sentir ... c'est un bien triste printemps qui voit la mort envahir nos âges, perturber gravement nos modes de vie, à tout cela il faudra réfléchir ...

    courage et amitié .

      • Samedi 21 Mars à 14:21

        Il faudra réfléchir oui. Et ce retrait de la vie, au sens figuré, nous force déjà à réfléchir, chacun enfoncé dans notre repli. Réfléchir au sens de la vie et réfléchir à notre peur de la mort. Tellement présente. Et encore démesurément plus que d'hab., pour nous qui pourtant y pensons régulièrement au vu de notre âge dont le pods penche ... Je plains les gens isolés et/ou dépressifs face à ces réflexions que peut-être ils ruminent encore plus mal et avec plus d'acuité ... et je ne parle même pas de ceux qui sont directement liés à cette saloperie autour d'eux ou sur eux. Oui, il faudra bien tirer leçon (de vie) de tout ça car "nous" en sortirons différents.
        Courage et amitié en retour.

      • Samedi 21 Mars à 14:22

        "poids", pas "pods"  :-)

      • Samedi 21 Mars à 16:21

        je viens de terminer une série de masques tissus pour ma belle-fille qui travaille socialement auprès de personnes âgées restées à domicile, elles ont du mal à comprendre mais sont dociles ... même en temps de guerre, c'était plus "facile" disent elles ... Le pire c'est tous ceux qui travaillent pour nous protéger et qui ont famille à ne pas exposer ... Il faudra remettre de l'ordre ça c'est sûr ! en attendant, prenons soin des nôtres  

        amitié .

      • Samedi 21 Mars à 16:31

        J'ai une immense admiration et un grand respect pour les "soldates" et les "soldats" de notre quotidien, qui s'occupent de nous, de "nous", en général. L' "ordre", nous en manquons en France : il en faut pour qu'une organisation vitale soit efficace.
        Amitié.

    2
    patrick
    Samedi 21 Mars à 13:38

    le grondement qui s'accentue , d'un truc énorme qui approche , et va faire tomber certains comme des mouches.

    au fond , au bout du bout des réflexions : que faire ? attendre le résultat de ce Loto géant ou la vie sauve sera le million ? la famille entiere et les amis indemnes , le super Bonus ?

    j'essaie d'en rire

    mais j'ai peur.

      • Samedi 21 Mars à 14:31

        Moi aussi j'ai peur. Il n'y a que les fous, les inconscients ou les grands sages pour ne pas avoir peur. De l'autre côté, je répondais ça à Steed : "Cette peste invisible, cette tempête sourde me mettent par instants dans une inquiétude démesurée. Démesurée, voire ... Paraît que je suis trop pessimiste ... peut être ne suis-je que trop lucide ... quand je pense à tous ces gens dans leur solitude d'hôpital inhospitalier, je m'imagine leur sentiment d'enfermement et de désespoir, et ça m'ébranle."
        Je continue d'être en rage contre ceux qui ne font rien pour ralentir le processus, pour s'en protéger et protéger les autres ... hier soir le voisin du dessous recevait des amis, ajoutant à ce manque de civilité-là le tapage nocturne ... je n'en croyais pas mes oreilles : c'est quoi ce monde de décérébrés irresponsables ?
        Bon, je crois que je deviens quand même un peu parano : pardon de plomber encore plus tes idées déjà pas très folichonnes ... Pensons les uns aux autres, nous tous qui nous aimons, et pensons à celles et ceux qui sont confrontés charnellement à cette apocalypse. Faisons comme si l'amour, l'amitié et l'empathie étaient des forces vives et guérissantes. Si ça se trouve, c'est vrai ! ...
        Courage l'ami. Je t'embrasse.

    3
    Samedi 21 Mars à 20:05

    On se sent comme dupés par quelque chose d'invisible et dont on ignore s’il viendra s'inviter chez nous. Mais pas de panique à bord : les jours coulent, enfermés, mais avec l'ouverture sur le monde extérieur puisqu'il nous faut garder contact avec ceux qu'on connaît et aime. Téléphoner alors qu'on préfèrerait rencontrer, écrire pour que l'éloignement ne soit pas trop pesant à ceux qui, à l'instar de toute la population, vit retiré en ses appartements. Suivre les conseils donnés par les autorités et ne pas s'amuser à braver la rue inutilement. Avoir à la pensée ceux qui sont en première ligne du front et de tout ce qu'ils vivent de douloureux, et ce danger d'être à leur tour, malgré les précautions, contaminés. En peu de mots, garder son calme, ne serait-ce que pour ceux qui partagent notre vie au quotidien. Il est en effet inutile de montrer qu'on a peur ni se recroqueviller sur soi. C'est l'occasion de se rapprocher des autres et de partager, même si c'est de loin. 

    Certains ont pris la clé des champs pour se prémunir sans réfléchir que, peut-être, ils seraient susceptibles d'amplifier le problème. Une sorte de sauve-qui-peut égoïste, pour se croire en sécurité. Alors qu'aujourd'hui, quel que soit le lieu où l'on se trouve, le risque est présent et qu'il faut faire avec l'infinitésimal insidieux qui entend clairsemer les rangs. Garder son sang-froid et se dire, qu'après tout, on en a connu d'autres, d'un genre bien différent, mais qu'on est parvenu à surmonter. Tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir.

      • Dimanche 22 Mars à 23:50

        C'est une période où les esprits tournent, où les corps ressentent la vie et le monde très différemment. Il me semble. Entre peur et espoir. Merci à toi.

    4
    Dimanche 22 Mars à 16:05
    daniel

    Drôle d'époque. L'invisible menaçant est à notre porte, incontrôlable pour l'instant et la communication virtuelle se développe. Vive whatsapp et Skype,bien utiles par les temps qui courent. Uns situation dramatique qui stoppe en plein élan notre société de consommation. Coup de semonce pour changer nos comportements ?

      • Dimanche 22 Mars à 23:52

        Il est très difficile et étrange de lutter contre l'invisible, voire, pour certains, de croire à une réelle existence. Si seulement cela pouvait changer véritablement nos comportements vis-à-vis de l'être, en face du paraître et de l'avoir ! Merci beaucoup d'être passé.

    5
    Dimanche 22 Mars à 19:10

    Un printemps pour rien, l'important c'est d'arriver jusqu'à l'été !

    On reste chez soi et on tient bien :-))
    Courage

      • Dimanche 22 Mars à 23:53

        Comme il sera beau l'été, quand nous y serons arrivés ...
        Merci♥

    6
    Dimanche 22 Mars à 22:04

    Anecote voisine de ton métro. Comme je n'ai pas de voiture, j'utilise le transport en commun. Jeudi, l'autobus approche de mon arrêt, mais la porte était fermée. Le chauffeur me fait signe qu'il faut passer par l'arrière. J'obéis. puis avance vers le conducteur, sans pouvoir l'approcher, car des cordes m'empêchaient de le faire. Il refuse de prendre ma monnaie pour payer le passage. Un peu plus loin, des usagers montent et marchent vers l'homme pour montrer leur carte mensuelle, ce qu'il a accepté. Bref, mes pièces devaient être empoisonnées. Même scénario pour le retour. Je n'ai pas déboursé un sou. Économique ! J'ai alors fredonné la chanson de John Cale : Fear is a man's best friend.

      • Dimanche 22 Mars à 23:54

        Merci pour cette anecdote Mario. Et tant mieux si ça ne t'a rien coûté ! :-)

    7
    Lundi 23 Mars à 11:58

    Tout ce que l'on rate, tout ce que l'on redécouvre. Une période dense. Très belles images !

      • Lundi 23 Mars à 12:15

        C'est exactement ça ... Et merci !

    8
    Lundi 23 Mars à 12:55

    C'est très curieux ce confinement auquel nous sommes contraints alors que d'autres s'activent pour nous. C'est difficile d'y trouver son compte si on a quelque peu le sens de l'autre.

    Sans compter les fragiles, qui tremblent avec raison. Les indépendants, libéraux, auto-entrepreneurs qui se rongent les sangs pour leur activité et leurs salariés.

    Les vieux en Ehpad, voués à un isolement qui va les abîmer plus vite.

    Les hospitalisés, pour toutes les autres pathologies graves, qui n'ont plus de visites. Leurs proches, qui s'angoissent pour eux.

    Alors on s'arrête, on réfléchit, on lit, on se tient au courant, on regarde des chaînes d'entraide se mettre en place pour les isolés (c'est le cas dans ma frégate), on est immobile, et en même temps on se tient prêt pour l'action collective.

    C'est ce qu'il faudra repenser, pour l'après, les autres saisons, les prochains printemps, la foi en l'homme, le sens moral, le sens du partage, la solidarité.

    J'y crois.

     

    (((et je reviendrai lire attentivement tous ces commentaires qui m'ont l'air aussi riches que passionnants, tout à l'heure. Bisous doux)))

      • Lundi 23 Mars à 13:14

        "on est immobile, et en même temps on se tient prêt pour l'action collective", dis-tu : c'est beau ; mais je suis une balance folle qui penche (je ne parle pas que pour moi, mais pour tous) entre vague espoir et grande vague noire. Tout en m'en voulant de cette fragilité qui n'est en fait que de la faiblesse. Je ne me reconnais pas dans cette bi-polarité de fille assommée par une angoisse profonde et récurrente alternant -trop peu- avec de vrais sourires raisonnables ou raisonnés. En fait comme beaucoup je me sens dans un monde parallèle et suis dérangée comme par une incompréhension massive, aux semelles de plomb ; quand on a tous besoin de semelles de vent !
        Merci pour ton discours à toi au regard du mien.
        Baisers gris.

      • Lundi 23 Mars à 16:16

        C'est que nous sommes confrontés à quelque chose de très particulier, dont nous n'avons guère plus l'habitude, surtout en occident. Nous sommes confrontés à un organisme invisible très vivant et très migrant qui ne nous en veut pas personnellement, mais qui cherche sa place. Il nous faut le laisser passer, et pour ça il nous faut nous résoudre à la pause. Certains ne sauront pas faire.  Ceux pour qui l'invisible n'est pas crédible. Ceux qui s'improvisent experts en tout et ne savent rien, du moins pas plus que les autres. Ceux qui suivront le premier pseudo scientifique venu, au mépris de toute raison. C'est inévitable.

        Tu sauras faire. Tu n'es ni inconsciente ni crédule. Tu es sensible. Pas égoïste, pas égocentrique. Prudente. Il faut l'être. Il nous faut endurer ensemble, quelle que soit notre place.

         

        Et puis surtout, nous avons pris rendez-vous, toi et moi yes

      • Lundi 23 Mars à 16:50

        Merci pour ce second commentaire.
        Merci♥ Balade ...

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