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    Partage de midi

     

    Récurrences

     

    Pour une fois, le salon de coiffure ne baignait pas dans les sonorités ambiantes d'une quelconque radio.
    Je n'aime pas, en principe, la musique imposée des salons de coiffure et des restaurants. Non que je n'apprécie pas la musique, mais la mienne, et quand je veux. Pas ces sons imposés qui polluent mon environnement, ici les oiseaux en terrasse, là les bruits naturels, entendez, attendus, d'un salon diminue-tifs.
    Comme les conversations. Non de la coiffeuse, en l'occurrence, qui opinait plutôt mollement du chef aux dires de la cliente, mais plutôt de ladite cliente, dont l'accent titi parisien me fit sourire, parce la dame était toute vieille, ce qui apportait un certain décalage à la chose. Comme d'hab, ça parlait de l'argent, des différences entre les gens, de la fraude aux allocs, de la pauvreté, des régions écrasées par la misère, en un mot de la vie des petits, cette appellation n'étant dans ma bouche, ou plutôt sous ma plume, pas le moins du monde péjorative.
    Il fut aussi parlé du temps qu'il fit, qu'il fait et qu'il fera. Les gens aiment parler de cela et ça m'étonne toujours, moi qui y fais rarement attention avant de tomber dedans : porteuse de nu-pieds les jours de pluie, de fins ticheurtes les soirs froids et de manches longues en plein soleil -parce qu'en jetant un œil par la fenêtre, j'ai eu l'impression qu'il faisait plus froid- je ferais mieux de m'y intéresser de plus près avant de sortir ... encore qu'ils racontent régulièrement des conneries sur le sujet. Et me voilà à évoquer itou la pluie et le soleil.
    Avec cette chaleur, les journées chez moi c'est insupportable. Mon appartement donne en plein soleil, et je suis obligée de vivre dans le noir. Je ferme les volets pour moins sentir qu'il tape, et même comme ça hein ! Je souris (j'avais d'abord écrit je souriai : arghh, honte sur moi !) alors et me dis que cette dame tuait le soleil, ce qui en toute logique analogique me mit en tête une vieille chanson dont je mis un certain temps à me défaire...

     

    (en vidéo c'est ICI)

     

    Ce que j'aime bien dans les salons de coiffure, c'est qu'en général on a un peu de temps devant soi. Pour peu qu'on ait pensé à prendre un livre, on sait qu'on s'offre royalement la liberté de quelques pages de lecture. Je fis connaissance alors pendant quelques instants d'une page -c'est le cas de le dire- de vie de Fabienne Verdier, découverte il y a un moment déjà lors d'un somptueux cadeau, ouvrage sur son œuvre (et dont vous n'aurez pas ce jour une idée autre que celle de la Grande Toile car ma bibliothèque -mon appartement- est un capharnaüm dont je rétablis -un peu- l'équilibre livresque les mois d'août et il ne vous aura j'espère pas échappé que nous sommes encore en juillet) et qui me fit griffonner une fois de plus (je ne sais pas lire autrement que crayon en main, pour souligner ou prendre des notes en marge) ... la lecture, ça envole, ça évoque, ça fait bondir à gauche et à droite, en sauts de lapin !

    Je termine ce billet par une phrase de Kandinsky qu'elle cite, et qui me parla fort : L'artiste doit être aveugle vis-à-vis de la forme "reconnue" ou "non-reconnue", sourd aux enseignements et aux désirs de son temps. Son œil doit être dirigé vers sa vie intérieure et son oreille tendue vers la voix de la nécessité intérieure. J'eus alors une pensée pour tous les peintres refusés, surtout Van Gogh, que j'aimais tant dans ma jeunesse. Pour tous ces absolus de l'art qui moururent dans la misère. Pour tous les artistes d'aujourd'hui en général, aussi, inconnus, aussi, les purs, les solitaires. Ceux dont on ne parlera peut-être jamais. Mais qui, quelque part, existent si fort.

     

    Récurrences
     Les ©répuscules du Krop

     

     


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