Un matin
Vers six heures, vous vous éveillez et allez ouvrir la fenêtre à la fraîcheur. Le matin est blanc, quelques-uns de vos chers oiseaux trouent mélodieusement le demi-silence. Les ouvriers d'à côté ne sont pas encore là, ils vous réveilleront probablement par leurs invectives et des bruits métalliques quand vous serez replongée dans le rabe de sommeil offert jusqu'au réveil.
Vous passez vos nuits à l'envers de toutes les recommandations : vous ne fermez jamais les volets mais ça ne vous a jamais empêchée de bien dormir, au contraire, les lumières faibles mais présentes de la ville, la nuit, sont vos veilleuses ; les lueurs blafardes du matin dessinent l'assurance indélébile de la présence de la vie, et cela ne vous réveille pas avant que votre corps soit rassasié de repos bienfaiteur et plein de rêves.
Vous n'aimez pas le noir, symbole d'enfermement, de manque de repères. Vous aimez les lumières ascendantes et déclinantes de l'aube rose et du crépuscule orange ; la lumière crue du zénith sur l'océan, yeux fermés, écrasante ou ponctuée d'une légère brise. La chaleur de l'été sur le sable. Et le picotement du sable du marchand du même nom, quand il se promène à l'infini de la lisière de votre lit.
