L'empreinte des images
C'était probablement à l'école primaire, ou dans la collection encyclopédique pour enfants Tout l'univers, voire les deux mais dans mon esprit le souvenir est scolaire. Bernard Palissy, pour son art, brûle les meubles de son logis car il a besoin de feu pour créer. Dire que l'image me choqua tant elle me paraissait violente et l'homme déterminé, c'est peu dire ce que je ressentis, car j'ai encore, certes vaguement mais quand même, ce dessin (ce dessein aussi, du coup) en tête.
Autant dire que quand au collège, en cours de dessin/travaux manuels, on nous demanda de créer une céramique, c'est immédiatement au sus-dénommé que je songeai, et je m'attelai immédiatement à la création d'une cruche avec feuilles et serpents, ce qui me semblait être, en l'occurrence, la seule œuvre possible. Celle qui restait dans mon souvenir, en tout cas.
J'y mis tout mon cœur, un peu plus que mes mains (qui suivent rarement mes idées) et je passai beaucoup de temps, fière comme tout, à la délicieuse mocheté dont vous pouvez apercevoir un extrait sur ma photo.
Car oui, je l'ai toujours, cette chose, et en plus je m'en sers : j'y range des ustensiles de cuisine courants utiles à portée de main, couverts à salades et autres spatules.
Je me souviens que, du temps de la maison des parents, dans la minuscule cuisine (où pourtant lors de notre enfance nous mangeâmes quotidiennement à quatre en délaissant la salle à manger) l'objet avait été relégué au sommet des éléments de la cuisine, touchant presque le plafond, et se nappant sans aucun doute au fil des ans d'une épaisse couche de poussière. Je ne l'oubliais pas, et je me disais que le jour où je partirais, elle ferait partie des bagages. Je ne sais plus si je l'ai fait à ce moment-là, je ne crois pas, mais aujourd'hui je l'ai toujours devant les yeux, comme un témoin de ce que je fis, donc de ce que je fus.
Avec certains objets, j'ai un lien pathologique, je m'en rends parfaitement compte. C'est sans doute lié au fait que j'ai aussi un lien démesuré et comme ... inconvenant avec le passé, avec certains passés. Probablement surtout ceux de l'enfance scolaire. C'est comme ça, il m'habitent et je ne changerai plus. Ce n'est pas une maladie qui m'empêche de vivre avec force le présent.
Ce n'est pas si grave que ça : quand ils meurent, je ne pleure pas, ça fait partie du truc, et c'est précisément qu'ils ont beaucoup servi ... Cela dit, j'aimerais beaucoup, comme avec les tristesses et les chagrins, les réparer et les rendre encore plus forts avec cette méthode qui me fascine et qu'on nomme kintsugi, et qui consiste à colmater les fêlures avec de l'or !