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KroniKole semaine 26

Publié le par Nikole

   Puissent les dieux te donner un mari, un foyer et la grâce de la paix, car il n'y a rien de plus grand et de meilleur que cela. (Homère)

 

KroniKole semaine 26

 

Lundi 26 juin 2023

     Hier soir, je me suis encore laissée [sic] aller à regarder "Sur la route de Madison". Et chaque fois, je suis étonnée que ce ne soit pas en noir et blanc, comme dans mon faux souvenir. En outre, je m'aperçois que d'autres faux souvenirs m'habitaient pour telle ou telle scène. Par ailleurs, à force, on remarque des ptits trucs, des erreurs (à cause de la traduction ?)

    Dernier cours de pilates de l'année, ça sent l'été ... nous sommes en été ! On était peu, ce fut studieux.

    Encore des répètes ... nous sommes studieux, on montre bientôt notre travail ... vivement l'été ... nous sommes en été ...

 

 

Mardi 27 juin

 

KroniKole semaine 26

 

    ELLE me téléphone. On se parle longtemps. Et soudainement, elle raccroche après m'avoir dit qu'elle me rappelle  une minute plus tard. Je perçois quelque chose, en tout cas une rapidité à faire. Après un quart d'heure, elle me textote devoir faire une course et dit qu'elle me rappellera : je suppose que c'est urgent. Pour qu'elle ne soit pas gênée par mon éventuelle inquiétude, je réponds "pas de problème" ... mais il y en a un : que se passe-t-il donc et pourquoi cette soudaineté et ce silence sur sa cause ? C'en est fait : ce mystère aura instillé le venin perfide du doute dans mon corps. Boulauventre. L'angoisse des mères est insondable. La mienne rejoint celle de ma mère quand je la laissais dans le silence. Et je m'en veux de lui avoir fait vivre ça.

 *

    J'ai reçu une drôle de réponse d'arte : Nous vous remercions de l'intérêt que vous portez à notre chaîne. Vous nous signalez que le replay du film "Mare" ne fonctionne pas correctement. Pour des raisons de droits de diffusion, celui-ci n'est plus disponible en replay depuis aujourd'hui. Nous transmettons cependant à notre service technique pour que cela ne se reproduise pas à l'avenir. En même temps irritée et au bord de la rigolade (jaune) je me suis demandé [sic] si le droit de diffusion -jusqu'au jour où j'ai regardé ce film dont je ne connaitrai jamais la fin- était valide jusqu'à la cinquante-deuxième minute, et pas pour la suite !


*

    Je LUI ai envoyé, plus tard, un texto : "Tout va bien ?" Elle a appelé dans la seconde. Sans comprendre. Car je m'étais méprise. Malentendus. Je n'avais pas saisi, ou entendu, ou les deux, quelque chose de clair -pour elle- dans notre conversation. Est-ce que vraiment je ne vois dans un tableau des situations, que les courbes noires dangereuses, impalpables et potentiellement présentes, de certains dess(e)ins ?

*

    De moins en moins de gens réagissent à mes chroniques : sont-elles si mauvaises ? plus qu'avant ? est-ce que ce que je raconte ne rencontre plus que peu d'écho dans ce qu'ils lisent ? Cela voudrait dire que c'est un échec pour moi. Frustrant. Décevant. Je vais continuer, mais sera-ce encore longtemps, c'est une autre histoire.
    La vraie chose à faire serait probablement d'abandonner tout ça et de m'atteler, mais définitivement, à ce qui reste pour moi une des peu nombreuses quêtes ultimes de la création, en tout cas la plus importante à mes yeux : écrire un livre, LE livre, en m'enfermant dans une tour d'ivoire (un tour d'y voir) ; pourquoi est-ce que je ne parviens pas à le faire, en m'en voulant, jour après jour ? La paresse ? Pas seulement, j'en suis persuadée, alors quoi d'autre ?

 

Mercredi 28 juin

KroniKole semaine 26

 

    Aujourd'hui maman est morte ... il y a vingt-deux ans ... mais lors de ce triste anniversaire-là je pense chaque fois à cette phrase qui commence le roman célèbre de Camus. J'ai ouvert la télé du petit-déjeuner et suis tombée sur une famille japonaise évoquant la présence constante des ancêtres auprès d'eux à travers un autel domestique qui leur est dédié. Ce genre de hasard, à présent, m'étonne à peine, avec le temps, tant les nombreux signes émaillant le quotidien (mon quotidien ?) me laissent présager que tout cela doit avoir un sens, même s'il est bien caché.

*

    Ce jour, j'ai été étonnée de constater les reliefs de quelque chose qui apparemment avait brûlé au coin de ma rue : dans les croûtes sculptées noires accrochées au trottoir, je n'ai pas su reconnaître en légiste amateur s'il s'agissait d'une poubelle ou d'autre chose. Je me suis demandé [re-sic] si les sortes de déflagrations que j'ai entendues cette nuit, prises pour de violents bruits de moto pétaradante, avaient un rapport avec ça.

 

Jeudi 29 juin

   La journée fut dense pour moi, en positif, elle le fut pour la France en négatif. Et je m'abstiendrai du moindre commentaire ce jour, je serais trop violente -cela dit moi, seulement en paroles- et c'est inutile. Avant de présenter notre travail théâtral à l'autre groupe, nous avons répété tout l'après-midi à Montreuil, au lieu Croix de Chavaux. J'exècre cet endroit : la place du marché et les alentours sont pleins de troquets sonores et la musique, forte, était très présente. Plein de gens partout. Je plains sincèrement les habitants du quartier.

   En rentrant chez moi le soir, j'ai été étonnée de découvrir, stationnées à deux pas de mon immeuble, des voitures de police. J'ai pensé que c'était de la prévention. Oui, sans doute, à cela près que regardant après minuit par la fenêtre si elles étaient parties, je suis tombée sur quelque chose d'inattendu dans mon quartier : des policiers compactés s'avançaient vers quelque chose que je ne pouvais pas voir. Et puis, un bruit de déflagrations dont j'ai reconnu la teneur similaire à celles de la nuit précédente.

 

KroniKole semaine 26

 

Vendredi 30 juin

   Hier soir j'ai déposé vite fait mes affaires de théâtre près de la porte de la cuisine. Deux fois que je sursaute ce matin en ayant l'impression qu'un animal noir est tapi dans l'entrée ... j'ai soudainement vu notre malheureux Punky parti au royaume des chats et ça m'a fait bizarre.

KroniKole semaine 26


*

   Pas de trace d'hier ce matin en bas de chez moi, au coin de la rue, à quelque trente mètres : tant mieux, j'espère que la présence policière a empêché du vandalisme, c'est déjà ça.
Et ce sera tout, pour aujourd'hui, sur ce sujet insupportable, bordel !

 

JUILLET

Quel triste, abject commencement !

    La tête est une bien étrange chose : je sais que ce n'est pas cet abjectif et voilà que ça recommence ! ... cet adjectif, "abject", que je voulais écrire, et d'ailleurs je ne sais plus lequel c'était, mais c'est celui-là qui est passé directement de mes sens, mon ressenti, à mes doigts !

Samedi 1er

  Hier soir, il y avait encore des voitures de policiers qui surveillaient, en bas, et tout était calme, jusque tard. Je me suis couchée en espérant sans y croire dans l'immédiat que toute cette chienlit allait cesser un jour. Fenêtre ouverte, la nuit était fraîche et la chambre silencieuse mais j'ai eu un mal fou à m'endormir. Pour me faire réveiller en fanfare par des déflagrations à deux heures du matin ; ce devait être proche, je voyais des lueurs rapides derrière les bâtiments en face de ma chambre. Je suis allée vérifier de ma terrasse, il n'y avait plus de voitures de police. La nuit a été hachée : ça a repris à trois heures, puis quatre. Et enfin, le silence jusqu'au réveil.
  Ce premier jour de juillet, il a plu et même cette légère respiration de l'air n'empêche pas l'oppression qui m'étreint. Je n'ai plus de mots pour qualifier cette guerre civile. Sortez les chars et écrasez les ennemis. La mort du mort, bavure policière (à déterminer ; de la vidéo, on ne voit qu'un angle, et on n'entend rien, mais soit !) versus bavure délinquante (qui s'enfuit avec une arme braquée sur soi sauf à être sûr, depuis le temps il sait, qu'on le laissera s'enfuir ?) n'a rien, ou plus rien à voir, dans cette conquête du pouvoir par le mal. Piller des magasins de chaussures de marque est le fait des pauvres qui ont faim, c'est évident, défiler en tenue cachée-féministe-de-l'islam ... (je mens, on voit les yeux derrière les lunettes), , et seulement , est considéré comme légitime, lors de la marche des démons où une mère rigole sur son char comme une star (je mettrai un bémol à ma remarque, acceptant de douter une seconde, même si, on me tuerait mon enfant je resterais prostrée un temps infini : peut-être est-ce de voir les gens qui la soutiennent et peut-être la colère -et des anti-dépresseurs ou plus ?- donne-t-elle une certaine force, je l'ignore ; et pourquoi a-t-elle attendu pour dire qu'elle n'en voulait pas à la police, mais à UN policier ? ce qui est logique et sage, du coup ; et pourquoi cette phrase-là n'est-elle pas relayée sans cesse dans les médias ?) Le chagrin d'une mère n'a pas de fond, mais cette mère a forcément une part dans ce qui est arrivé : c'est quand même elle qui n'a pas éduqué son délinquant de récidiviste à obéir un tant soit peu aux lois et à leur autorité. Je comprends son terrible chagrin, mais je suis désolée pour elle que son fils se soit cru invincible, sinon pourquoi aurait-il agi ainsi ? L'ignorance et la bêtise qu'elle engendre sont deux terrifiantes forces maléfiques. Dans d'autres pays, ce gamin ou serait mort depuis longtemps, ou serait encore vivant car il aurait compris dès le premier contrôle qu'on ne transige pas avec la loi. C'est terrible d'en arriver à mourir pour des conneries pareilles. Ceux qui détruisent la France en ce moment après ce qui n'est qu'un prétexte à exprimer leur sauvagerie s'en prennent aux symboles de ce qu'elle est. Paysages de guerre. Sortez les chars et écrasez les ennemis : ils sont irrécupérables.
    Et haro sur les baudets, ces politiques de merde qui ont mis le feu eux depuis bien longtemps en réduisant tout ce qui pouvait améliorer les situations, sécuro-socio-éduco-psychologiquement parlant, dans les quartiers où les problèmes se multipliaient à vitesse grand v. Quand il n'y a plus de cadre, tout part souvent à vau-l'eau en diarrhée de violence et de sang. Les supermarchés de la drogue ont remplacé les échoppes citoyennes. La drogue : quand on pense, ça me poursuit cette idée, que s'il n'y avait pas d'acheteurs etc. etc. Oui, je le sais que mes analyses sont faites à la (grosse) machette mais est-il encore bienvenu, le temps de la nuance ? Ne soyez pas au mauvais moment au mauvais endroit, bonnes gens ! Les crèches, les écoles et les hôpitaux sont des lieux qui ne sont plus là pour l'éducation ou le soin, mais aussi dangereux potentiellement, au hasard, pour être blessé ou mourir, que la rue en flammes. Quant à vos maisons, on s'en fout, z'avez qu'à pas en avoir, vos logements, z'avez qu'a pas habiter quelque part, vos voitures, z'avez qu'a pas travailler épi si vous vous démerdiez bien vous pourriez en avoir d'autres bien plus chères, savez pas truander bande de nazes ; quant aux mairies, aux casernes de pompiers, aux commissariats, tout le monde sait que ça ne sert à rien. Il y a une maladie qui se développe en ce pays : le qi à un chiffre ... foutreciel, pourvu que ce ne soit pas contagieux ! Hélas, ça l'est, dans certains foyers. D'infections.

 

KroniKole semaine 26


   Je sais : c'est déjà lourd ce que je dis et peut-être allez vous penser que j'exagère et que je suis partiale. Bien sûr, sans doute que je le suis, qui ne l'est pas ? Je dis ce que pensent mes tripes en même temps que mon cerveau. Et moi je parle, mais je ne fais de mal à personne. Je ne supporte pas qu'on fasse du mal aux gens qui vivent en paix et ne font pas chier les autres. Deux anecdotes
positives pour moi qui, bien que détails, m'ont parlé, images fugitives et sombres, au sens propre (je les évite plutôt, les images, en ce moment, mais l'horreur est parfois sidérante, un temps au moins, quand on tombe dessus, tellement tout ça paraît irréel) : la vue d'une torchonnée venue récupérer son gamin dans la rue -ah, quand même !-, et une autre récup d'ado par un père (j'ai repensé à l'instit en cm2 soulevant Nono Parmentier par une oreille !) qui l'emmène jusqu'à sa voiture et ... le met dans le coffre ! Interloquée par la détermination calme du type, je n'ai pas pu m'empêcher de rire (même jaune !) Si le ptit con n'est pas marqué par la chose, c'est à désespérer ! 
   Catastrophiste, moi ? Par accès, oui, mais j'essaie quand même de cultiver un arbre de douceur dans ce verger brûlé. Je m'y promène sans cesse, et les jours d'infinie tristesse, c'est de mes larmes que je l'arrose. Parfois, j'y entends le bruit d'un vent léger et désaltérant. Et puis je recommence à vivre. Encore et encore. Telle une salamandre. Ou un phénix.

 *

Dans Le Cercle rouge, revu à la télé, l'inspecteur général des polices dit ceci à Bourvil-commissaire-Mattei :

Il y a pas d'innocents. Les Hommes sont tous coupables. Ils viennent au monde innocents, mais ça ne dure pas.

Plus tard, il reviendra à la charge, avec ces  phrases :

- Et n'oubliez jamais : tous coupables.
Commissaire Mattei : Même les policiers ?
L'inspecteur général des services : TOUS les hommes, M. Mattei.

 

Tout humain coupable ? Je ne suis pas sûre ... d'accord alors, mais  de quoi ? ... vanitas vanitatis !

 

 Avec Bourvil encore, ces minutes de candeur et d'angélisme (?), et cette mélancolique nostalgie d'un passé sans doute imaginé :

 

 

    Ce soir, j'irai dîner avec Toinette en ne parlant pas -essayons !- de la violence et de la connerie humaines, ça nous fera du bien à toutes les deux de manger sur sa terrasse en picolant un peu. Parce que la vie, c'est ce qu'il y de plus important. Vite, garder dans nos mains les grains de sable d'une plage imaginaire et humer sur eux la brise marine qu'on s'y invente. Et puis le rire. Qui balaie et déblaye. Et l'amour, l'amitié, l'imagination, celle qui porte et préserve. Ces soleils-là, j'ai envie de les voir briller en pépites : c'est ça, l'or véritable.

 

Dimanche 2 juillet

  LE MONDE EST BLEU COMME UN ORAGE !

 

 KroniKole semaine 26

 

     Je ne sais plus où regarder pour que s'apaisent mes colères et mes doutes grandissants sur l'avenir humain. Les vitres des désirs et des espoirs vaincus sont embuées de larmes et de brouillards morbides. Il faudrait croire encore ? Mais en quoi ? Corps mou face à la dureté assassine. L'espérance renaît par bribes, ici et là, quand brillent des instants d'amour face à toute cette haine mécanique généralisée ou qui peut le devenir. Paix, PAIX aux êtres de bonne volonté. 

 

    Dans l'ensemble, ils sont si souvent grossiers, malpolis, mal élevés. La brutalité m'énerve, la grossièreté me blesse. Elle m'humilie. Je souffre du manque de finesse, de douceur, d'amabilité. (Tchekhov, 1901)

 

(Texte de moi hormis citations et photos de mézigue, sauf celle où je suis mère depuis peu, avec Léonie bébé)

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