(Se) détacher
Si je m'en frotte les mains, le savon écume, jubile...
Plus il rend complaisantes, souples,
liantes, ductiles, plus il bave, plus
sa rage devient volumineuse et nacrée...
Pierre magique !
Plus il forme avec l'air et l'eau
des grappes de raisins
parfumés...
L'eau, l'air et le savon
se chevauchent, jouent
à saute-mouton, forment des
combinaisons moins chimiques que
physiques, gymnastiques, acrobatiques...
Rhétoriques ?
(Francis Ponge, Le savon)
(...à une lettre près, son nom était raccord avec la chose :-) ...)
(clic pour voir de plus près)
Le premier titre que j'avais en tête était Éloge du savon, mais cela va plus loin sur le plan symbolique, ce geste de se savonner les mains, parce qu'on détache de soi, ainsi, tous les miasmes dangereux pour la santé ; mais aussi parce qu'on se détache, tel P. Pilate, de toute responsabilité vis-à-vis de quelque chose. Ainsi, ce geste de se faire mousser, peut signifier deux actes dont les résultats sont opposés : la responsabilité, l'irresponsabilité.
(et ici aussi)
©hez le Krop, en©ore
(Variante trash de cette photo là-bas)
Il y a une certaine sensualité à caresser sa peau avec du savon et de l'eau ; sensualité n'est d'ailleurs pas exactement le mot pour qualifier l'action, mais plutôt son résultat. Se savonner, les mains, c'est-à-dire un espace j'allais écrire confiné ! mais c'est à réduit que je pensais, circonscrit, lentement, avec concentration, a quelque chose à voir avec la sensation de contrôler son corps, de se (ré)concilier avec lui, sans violence, et partant, alors, oui, peut-être, à en ressentir une certaine sensualité. Au moins spirituelle. Comme un vin de vigueur.
Le savon, au moins pour ceux de ma génération -les enfants nés dans les années cinquante- évoque l'enfance, avec des gros cubes qui servaient à tout, le lavage des corps devant l'évier (ou, petits, dans des bassines où l'on ajoutait à l'eau froide l'eau bouillie sur la cuisinière) et le lavage du linge dans la buanderie, mains rougies de ma mère frottant et frottant encore nos vêtements en mousse purifiante sur la cuve de béton, avant la machine.
Plus tard, j'ai craqué devant les cargaisons de gels destinés aux douches, succombant aux fragrances et designs tous plus publi-cités, tous plus chimiques les uns que les autres. Et puis, avec le temps, d'autres modes (au féminin et au masculin, les modes) je suis revenue au(x) savon(s), et classiques et nouveaux, en toutes sortes de fragrances, encore. En privilégiant le bio. Autres modes, disais-je. J'aime le savon. Son odeur. Sa symbolique. L'onctuosité qu'il offre aux sensations. Son glissement doux au calme. Aux pensées. Au sourire. Aux souvenirs.
Attachants.

