Sans masque
(pris du musée du Jeu de Paume)
Difficile de me faire changer d'avis ! Surtout sur les gens. Le père était comme ça ... à partir d'une parole ou d'un acte de quelqu'un qui le dérangeait, sûrement profondément, il ne supportait plus la personne, vouée aux gémonies ad sæcula sæculorum ... Las, j'ai le même défaut désagréable ... et je suis rancunière ... tout ça pour dire que, comme certains écrivains ou photographes dont il ne faut plus me parler parce qu'ils m'ont snobée quand je leur écrivais, j'avais jusqu'à aujourd'hui un ressentiment contre Martin Parr, pour qui le droit à l'image semblait n'être que billevesées, alors que le vulgum pecus dont bibi n'ont droit à rien. Je trouvais -trouve- ça injuste ... bon, en plus, pour avoir vu déjà quelques-unes de ses photos, je n'étais pas en adoration ... bref, je traînais des pieds pour aller voir, à la suite de sa mort, l'expo photo qui lui est consacrée place de la Concorde ! Comme souvent, IL a bien fait de me pousser, même si la mauvaise humeur était au rendez-vous, au vu de la file d'attente -rarissime en ce musée- qui nous fit poireauter dans le froid. Mais il faut bien que je le reconnaisse, c'était une bonne expo, même si les sujets hauts en couleur (au sens propre) me mettent mal à l'aise : saleté des lieux, surconsommation, addictions s'étalaient sous mes yeux sans vergogne ... Honteuse de mes pensées, j'avais cette phrase en tête : Ciel, que les humains sont donc laids ! Reportage à charge des contemporains dans leurs attitudes déplaisantes.
Entre autres, une petite série sur les tétines virtuelles des temps modernes, les téléphones portables ... mais ça, on en est tous les témoins journaliers ... d'ailleurs quelques instants auparavant, j'avais pris cette photo dans une rue de Paris :
(le monde de la communication ... avec soi ... onanisme mental ...)
Tout prend du temps à Paris et le musée a fermé avant que nous puissions jouir longtemps de la seconde exposition : de nombreux noir et blanc superbes d'une photographe inconnue de moi ... nous reviendrons.
Nous sommes rentrés à la même heure que de nombreux travailleurs, dans une rame surpeuplée. J'ai vu monter un type dont je me rappelais bien le visage. La bousculade aidant, je me suis retrouvée tout près de lui :
- Bonjour ... vous êtes comédien, n'est-ce pas ?
Il sourit.
- Oui.
- J'aime votre jeu d'acteur.
- Merci.
- Désolée, j'ai oublié votre nom.
- C'est pas grave.
- Excusez-moi, j'arrête de vous embêter.
Il se replonge alors dans un cahier où il écrit sans s'arrêter, en remplissant la page, sans marge, d'une écriture régulière.
Quelques stations plus tard, avant de descendre, il se tourne vers moi, sourit et me salue.
Le reste du trajet, je chercherai son nom (ach, ce comédien aux cernes mimi qui jouait dans "Petit paysan" !) ... et c'est son prénom qui soudainement me sautera à la mémoire : Swann !