Petits plaisirs
(Claire : ostéo, pilates, une des personnes importantes de ma santé)
En enquillant l'avenue côté ombre vers Claire-ostéopathe, je ramasse au passage des piécettes tombant de la table du troquet sur mon chemin : ce sont celles de Clémentine-voisine qui boit un petit café en terrasse -ah, c'est toi !- ... je la salue et impoliment mais inconsciemment ne salue pas le barbu-lunetté-noir (le nombre de conjonctivés qu'on peut rencontrer c'est dingue !!) ... je sens quand même qu'il me regarde ... de toute façon je ne l'aime pas, puisque d'après Toinette ils s'engueulent beaucoup vu qu'il est musulman et lui fait pas mal de remarques macho-surveillance dont je ne tolèrerais pas la première syllabe ; elle a de la répartie mais ça peut finir mal, bon, ce sont ses oignons ! chacun chacune est -plus ou moins- libre de ses fesses et gestes !
Mon rendez-vous n'est que le contrôle technique des soixante-douze-mille, je n'ai mal nulle part mais une séance d'ostéo empêche précisément bien des maux ... je le constate depuis les nombreuses années que je m'y soumets avec plaisir. Y'a tellement rien à dire ce jour (si ce n'est mon secteur dorsal-omoplate-droite éternellement tendu - quelque chose qui me pèserait ?-) qu'on ne parle pas beaucoup de corps, mais qu'on piapiate (on se connaît depuis si longtemps maintenant !) de tout et de rien, de choses sérieuses comme légères, en rigolant pas mal. Le temps de régler ... la douloureuse, et on se souhaite bonnes vacances.
J'en profite pour faire quelques courses avant que le soleil ne devienne écrasant. Melon (mon fruit préféré, l'été je ne sais pas combien de kilos j'en mange !), salade, tomates, un peu de ceci et de cela pour le repas fraîcheur que je concocterai à Toinette ce soir, quand nous dînerons sur sa terrasse côté nord ...
Je passe à la boulangerie ... le mont-blanc me lance une œillade sucrée ... -allez, ça fait longtemps, laisse-toi tenter !- je détourne bravement la tête et me concentre sur la fille devant moi, qui commande un sandwich jambon-crudités, une eau gazeuse et, elle hésite une demi-seconde ... un flan nature. Au moment de payer, elle ajoute précipitamment : je prendrai aussi un pain au chocolat ! Je ne craque pas pour le gâteau mais je me fais quand même le plaisir d'un pain-viking ...
Midi, roi des étés, épandu sur la plaine,
Tombe en nappes d'argent des hauteurs du ciel bleu.
Tout se tait. L'air flamboie et brûle sans haleine ;
La terre est assoupie en sa robe de feu.
... vous vous souvenez peut-être de cette récitation de Leconte de Lisle ? Elle me prend la tête sur le chemin du retour, alors que la chaleur commence à s'appesantir sur ma nuque. Il va re-faire caniculaire, vite, aux abris ... le temps de claquer la bise à Marius au passage (comment fait-il pour être toujours souriant avec tout le monde, un serveur de mon café, çuilà ? Je préfère être comme ça, c'est plus facile à vivre ! Un philosophe, ce p'tit jeune ! Je l'envie, moi ça me demande un effort, pour lui c'est naturel !) et je trace jusqu'à mon immeuble, en plein zénith !
Argh ! J'avais oublié que l'ascenseur était en panne ! Je commence à escalader avec une vigueur relative. Entendant quelqu'un derrière moi je mets un point d'honneur à ne pas me faire doubler, il y va de mon orgueil de septantenaire ... je serre les dents, et tiens bon (merci l'ostéo, merci mes genoux, merci PRP, j'ai l'impression d'égrener un chapelet !) et arrive prems au cinquième ... le jeune homme du sixième me regarde, sourit et me lance un félicitations qui me ferait presque rosir de plaisir !