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Noises

Publié le par Nikole

 

 

Noises

 

 

    L'art. La mort. La re-vivance. Les questions. L'attirance. La curiosité. Les regrets. La peinture. Le cinéma. La connaissance. Les souvenirs. Vous mélangez tout ça et vous piochez au hasard un des petits papiers. Comme une guirlande découpée de bonshommes tout viendra à la suite. Pour moi. Pour moi je crois bien que c'est comme ça que ça marche. Et , la mort est au centre de tout. Mais pas morbide. Seulement servant de déclic, de levier vers d'autres choses, qui elles sont synonymes de vie, de perennité. Il y a peu je parlais de ça ici, l'intemporalité de l'art. Michel Piccoli mort depuis peu, la télé -arte, merci- a ressorti plusieurs films où il jouait. Outre certains connus, mais toujours appréciés -Sautet- La Belle noiseuse (de Rivette) est visible (jusqu'au 13 octobre) sur arte.tv. Bon, ce n'est pas le replay, mais passé le petit problème technique (merci JL !!!) sur certaines box (j'ai free) la récup des œuvres est simple (puisque j'y parviens) et si vous aimez l'art, enfin la peinture spécifiquement, installez-vous sur votre canapé et regardez ces quatre heures sur la création, l'élaboration d'une œuvre, le rapport psychologique de l'artiste et du modèle, du modèle et de l'artiste, et certaines interactions avec la vie réelle, à côté, domestique, amoureuse. Et parlons-en après, si vous voulez. J'avais vu le film au cinéma à sa sortie, et j'en gardais une impression vague mais forte -je me souvenais surtout de la maison- et je revoyais certaines images -fausses ou incomplètes, du reste, détournées-, ce qui m'a donné envie de m'y re-confronter. Ce que je fis et je n'en dirai pas plus sur le déroulement du film, persuadée que je suis qu'il ne faut pas gâcher le plaisir de ces découvertes, jamais. J'en souffre assez quand on me l'impose pour ne pas distiller aux autres ce poison.
Cela posé, je puis quand même dire d'autres choses, de celles qui ne déflorent rien, et n'ont rien à voir avec ce que vous percevr(i)ez. Par exemple évoquer le peintre réel qui prête sa main au comédien Piccoli : Bernard Dufour. Ce n'est pas la première fois que je me fais avoir par l'ignorance liée au hasard des dates et des morts. Le peintre dont les œuvres servent (au/le) film, j'ai eu la curiosité de m'y intéresser ... las ! il est mort (lui aussi), et depuis relativement peu ... dommage, il fait partie des gens à qui j'aurais aimé écrire, que j'aurais aimé connaître en vrai (d'ailleurs, étrange similitude avec certain(s) aspect(s) de sa vie dans le film !) ... pas n'importe qui, qui dans l'histoire de l'art a côtoyé des grands (par exemple Alechinsky, dont j'aime le style), des importants, même sujets à caution (Duchamp par exemple) ... bref pour moi quelqu'un d'intéressant, très ... déterminant en sous-main ... Lors de ma découverte du film, je ne pensais même pas à cet aspect-là.
    Ah, ces morts qu'on ... j'allais écrire : invente ! ... c'est récurrent que je découvre un auteur, un artiste, pour le talent duquel je m'enflamme, et dont je m'aperçois qu'il est mort, et le pire, c'est que c'est le plus souvent assez récent ; je me souviens, ainsi, de mon enthousiasme à la lecture du Navire Argo, de Richard Jorif, et de ma remarque, ensuite : "Merde, il est mort, le pauvre, je ne pourrai pas lui dire comme j'ai aimé, en parler avec lui!" ... Je crois que les personnes disparues, les choses disparues m'en sont d'autant plus précieuses, oui, je crois que je fonctionne ainsi. Je ne dis peut-être pas assez aux êtres que j'aime combien ils comptent, comme si le fait de les savoir bien quelque part suffisait à me tranquilliser sur ma vie, et sur la leur.
    Il y a quelques jours, j'ai appris par texto la mort d'une vieille dame pour qui je m'étais prise d'une amitié lointaine mais réelle, lors d'une rencontre à Oléron ... certes elle avait un cancer, certes je savais qu'elle allait mourir, mais j'ai dans ces cas-là comme une sorte de déni élastique qui me dit que nous avons encore du temps. Non ! Elle est morte, et même si je lui téléphonais parfois, j'ai un peu ce sentiment diffus de l'avoir abandonnée, et ce sentiment incroyablement, comment dire, malhonnête ?, détenteur d'un quelconque pouvoir ?, que tant que je ne dirais pas adieu, la mort attendrait. Pathologique, non, ce refus, ou cette sensation, cette ... maladie de l'esprit ? de l'orgueil ? un refus basique et bête, animal, de la mort ?

 

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