L'eau
J'aime l'eau. J'ai peur de l'eau. Ces deux phrases juxtaposées suffisent sans doute à expliquer les rapports curieux que j'ai avec elle. Nous sommes eau mais pas poissons. Je suis eau mais n'en bois pas assez si je ne me mets pas des aide-mémoire. Je n'ai jamais soif ou presque. Je ne me souviens pas, à part de rares souvenirs douloureux (dans ma jeunesse, à l'entracte de "La guerre du feu", au cinéma Le Casino, à Châlons, je me suis ruée sur l'achat d'un seul minuscule jus d'orange qui m'étancha à peine !) car la vraie soif est une douleur. L'eau nous baigne dedans comme elle nous baigne dehors, et les deux me sont indispensables, peut-être même vitales. Et pourtant je sais nager, bien grand mot, je sais me mouvoir dans une piscine si ce n'est pas très profond et que le bord est proche. Il est bien loin le temps où à Nancy, à la piscine Gentilly qui n'existe plus, je faisais presque fastoche mon kilomètre dans le grand bain sans réfléchir, avec un bébé dans le ventre. Rarement, petite baleine maillot rose dans l'eau bleue, je me suis sentie aussi légère. Une bulle. J'ai bien changé, et plus je vieillis, plus j'ai la trouille, les piscines, passe encore, mais l'océan, je ne vais jamais loin, je le vénère mais il me terrifie si je m'y avance trop. Mes premiers souvenirs aqua-peureux remontent à la sixième, où une prof de gym hommasse et rigide ne faisait pas dans le sentiment. Elle nous a fait faire des trucs qui rétrospectivement me font froid dans le dos, et pourtant je m'y pliais, la docilité enfantine a toujours été un défaut majeur chez moi. Elle nous attachait des flotteurs aux mains ou aux pieds, et on devait flotter, tête dans l'eau. C'est sans doute aussi avec la réminiscence de ce trauma-là, le lendemain du jour où je vis "L'effrontée" (une scène se passe à la piscine) que j'écrivis un texte, édité déjà dans ce blog : c'était là.
L'actrice, Charlotte Gainsbourg, était toute jeune alors et je me souviens de la souffrance qu'elle vivait dans ce film. D'une autre souffrance, celle de la mort de son père, elle a fait un bel hommage sous forme de photos sublimes en noir et blanc. Nous en avons vu l'expo aux Rencontres photographiques d'Arles cette année et même si je n'ai jamais vraiment apprécié monsieur Gainsbarre, les images présentées étaient celles d'une véritable artiste, car l'émotion, certes palpable, ne suffit pas à faire une belle photo.
Page un tantinet mélancolique peut-être encore que celle-là. L'envie d'écrire m'a prise, là, tout de suite, alors que je venais de voir un film (arte replay), justement, à la fois foutraque et poétique, c'est en tout cas comme ça que je l'ai reçu, et qui titre L'effet aquatique : ça ne s'invente pas.
(Note : La première photo a été prise à La Grande Motte)