Clotilde
Sans
Le ©rayon lyonnais (de chez Clotilde) par le Krop
Longtemps, j'ai travaillé avec son mari, à l'époque où j'habitais Nancy. Mais Clotilde, je ne la connaissais pas. Et puis, sur le tard, ils sont partis s'installer à Lyon. Et c'est à ce moment-là que j'ai pu vraiment la rencontrer. Je suis coutumière du fait, j'ai souvent fait connaissance dans ma vie de gens quand ils partaient, ou même quand ils étaient partis. Et j'aime les retrouver, ces gens que définitivement j'adopte. Clotilde et Charles nous ont accueillis plusieurs fois chez eux. Je me souviens parfaitement de froides balades dans la ville. Le froid n'était que dehors. Clotilde était chaleureuse, aimable, courtoise et enjouée : accorte. Taquine aussi, riante.
Plusieurs fois, j'ai eu envie de la revoir, de les revoir, de partager des choses. Il y a quelques jours, j'ai envoyé un mail à Charles pour lui souhaiter son anniversaire, je l'avais joyeusement oublié l'année d'avant, et j'espérais bien avoir des nouvelles. J'en eus très vite : en une phrase qui me pétrifia, j'appris que Clotilde venait de mourir d'un AVC massif. Ce mot, massif, était tout ce que je parvenais à lire à travers l'émotion massive, précisément, qui me saisit alors.
Curieusement, aussitôt, un flot d'images m'assaillait : Clotide discutant avec moi, une cigarette à la main, sur la grande terrasse intérieure protégée, Clotilde découpant de la citronnelle dans une salade inventée, Clotilde se moquant de moi, Clotilde regardant son mari avec tendresse, Clotilde curieuse, (se) posant des questions, Clotilde et son drôle de bonnet rouge, Clotilde en mille brillances comme une boule à facettes qui se met à tourner et ne s'arrête plus.
Je la connaissais peu, somme toute, et nous n'étions pas si liées que ça ... alors comment se fait-il que sa mort m'ait autant bouleversée ? On n'imagine pas, on imagine peu l'empreinte que les gens gravent en nous. J'ai toujours été attachée aux bons moments passés, aux instants de vie bellement partagés. Qu'une personne des partages nous quitte, et je suis très affectée. Je pense à Charles, et aux enfants, je pense à vous dans votre chagrin.
Des souvenirs de Lyon, déjà, m'étaient importants ; Clotilde, marchant dans ses rues, m'en est un de plus.
Elle était créative, Clotilde. Et une des rarissimes personnes à m'envoyer des cartes rigolotes en réponse aux miennes, quand changeaient les années. Elle faisait des choses, participait à des ateliers artistiques. J'aime beaucoup cette œuvre, qu'elle fit en papier, et dont Charles m'a envoyé la photo ; elle me semble, comme elle, brillante, légère et profonde.

