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Moisson

Publié le par Nikole


    La boîte à livres sise près de l'École vétérinaire proche de chez moi est la plupart du temps dépourvue d'intérêt, en tout cas pour moi ... mais , j'ai vite arboré un large sourire à ce qui s'offrait à mon regard, et me suis emparée (il n'y a pas d'autre mot) de ces quatre livres.
    J'avais failli acheter celui d'A. Grinberg, puis m'étais donné le temps de la réflexion. Presque vingt balles pour un livre qui se lirait vite, j'avais hésité. Cette fois-là. Rien déjà que la beauté de la couverture m'attirait (je découvrirais plus tard que la photo est de Sarah Moon, une des premières photographes que j'aie beaucoup admirées, donc logique, la patte me parlait sans doute ...) Et puis la comédienne, écrivaine, dessinatrice, graveuse, brodeuse (ses tableaux-couture extraordinaires !) a toujours attiré mon attention ! Même si je pense que comme avec bien des gens que j'admire, j'aurais du mal à échanger dans la réalité. Le genre que j'appelle absolu, mégalithe, silex, je ne sais pas, et en même temps le type écorché vif ! Bref ! ... là, je pouvais entrer un peu plus dans son intimité ... c'est le cas de le dire, car (et je le supposais, mais pas à ce point) le livre traite de son viol, de tous ses viols (le corps comme l'esprit) , de sa souffrance, de sa survie. Même quand elle parle de moments comment dire re-positivés, de sa vie après, maintenant, changée, différente, je me suis sentie mal à l'aise, et je suis bien en peine de dire ce que je pense de cette (bonne) littérature. Sans douter un seul instant de la véracité des faits, et des déchirures de ses ressentis, je me suis posé la question de la mise en mots des maux, de l'influence du style (et de ses images) sur la façon dont on peut recevoir un témoignage ! Quand on écrit, quelle est la distance entre le réel et la fiction (même si le mot en soi peut prêter à confusion ?) Ou plutôt son apparence peut-être ... est-ce que ça signifie quelque chose : l'apparence de la fiction ? Je ne sais pas. J'ai fini le livre très vite et ne peut cesser d'éprouver à son encontre un sentiment bizarre que je ne parviens pas à analyser.

    J'ignorais que Michel Serrault avait écrit sa biographie : admirant le bonhomme, je me suis montrée curieuse de sa vie. J'ai à peine commencé le bouquin et je sais déjà que je ne le lirai qu'en diagonale : ce n'est pas de la grande littérature, loin de là (j'avoue avoir déjà sauté des passages qui m'ennuyaient), mais j'espère quand même découvrir des choses qui m'amuseront ou m'émouvront  ... on verra ! 

    Le Gorafi, je pensais que ce n'était qu'informatique ... étonnement donc à la vue de cette encyclopédie de papier, dont je n'attends rien a priori ... on verra !

    Qu'avais-je besoin de rapporter chez moi un livre écrit à la langue de mes origines pas lointaines, mais dont je ne connais que quelques mots par-ci par-là : sentimentalisme pur ? Bain de mélancolie ? Je me suis inventé des raisons : peut-être, au pire, que pour un montage-collage-images-photos-mots ... on verra !

    Il pleuvouillait et j'ai protégé les ouvrages contre mon cœur. Sortant rapidement de la bibliothèque-cahute, ma volte-face me fit heurter une jeune fille qui attendait à quelques centimètres et que je n'avais pas remarquée. Malgré mes excuses, elle me regarda d'une façon étrange que j'attribuais peut-être à tort à sa déception de n'avoir pas été là avant moi ! 

 

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