Eklablog Tous les blogs
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Narcisse, Sisyphe, Pandore et tous les autres

Publié le par Nikole

    Les personnages mythologiques portent en eux toutes les manifestations humaines, étonnements, revirements, colères, répétitions, fulgurances. Les maladies aussi. Du corps, du cœur. De l'âme. La photographie est une pathologie, apparentée à un trouble obsessionnel plus ou moins compulsif, et dont chaque personne porte, en même temps que son appareil, des symptômes différents.

   Loin de moi l'idée d'écrire ici ma philosophie de la photographie, même si ça me démange souvent. Des officiels s'y risquent et je les trouve souvent verbeux. Je n'ai pas encore utilisé le mot plaisir et c'est fâcheux : car photographier m'est un plaisir, de l'ordre du grattage en cas de démangeaison, de l'ordre du bouquet en cas de floraison. De l'ordre de la drogue apparentée au besoin incoercible de nicotine. Parfois je fais comme les alcooliques, je parviens à me priver, à me passer de la boîte à images, et puis si je commence à appuyer (là où ça fait du bien) c'est un engrenage : je le fais jusqu'à l'ivresse oculaire ... Pendant cette quinzaine de vacances, j'ai mitraillé quelque mille cinq cent fois. Sans me forcer. Il y a manifestement un problème quelque part. Bon, évidemment que je vais élaguer, jeter, transformer, mais imparablement, la main qui appuie est lé révélateur de l'œil qui s'imagine que cette photo-là correspondra peut-être à ce qu'on veut partager, prouver, revendiquer peut-être, à travers de nombreuses images qui seront jolies, ou belles, ou moches, ou ridicules, mais pour lesquelles toutes auront eu un déclic, c'est le cas de le dire, à une quelconque volonté, un quelconque désir de quelque chose.

    Il n'y a pas de mauvais sujet en photo. Tout dépend de ce qu'on veut en faire. Mais quoi ? Je me pose souvent la question en voyant les gens photographier, me demandant parfois si les photos prises de telle maison rouge ne feront pas partie dans une soirée d'un long visionnage-photo auprès de la famille ou des copains comme avaient lieu jadis les séances-diapo. M'empêchant d'aller voir les gens en leur demandant de satisfaire ma curiosité : où pourrais-je voir vos photos s'il vous plaît ? parlez-moi de photo ... c'est quoi, pour  vous ?

    Lors des expos-photo se multipliant durant nos pérégrinations arlésiennes, j'ai le cerveau en totale ébullition. La raison voudrait que chaque fois que je clique en ayant l'idée que cette image pourrait m'aider un jour dans un article sur ceci, une autre sur cela, je m'arrête et note ... bêtement, je me dis que ce qui est important surnagera, que l'écume de ces jours vivra sur la p(l)age de mes cahiers, mais ça ne fonctionne pas comme ça, et si l'on n'attrape pas l'idée qui passe, elle s'envolera à tout jamais. Je suis trop paresseuse et fatiguée pour m'investir davantage que je ne le fais. Tant pis pour moi.
 

   Ce qui est sûr, c'est que plonger dans la vie des autres gens et des autres mondes, c'est plonger en soi : c'est peut-être ça qui me rend à la fois si lasse et si opiniâtre.

Partager cet article
Repost0