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Havre (pas forcément toujours de paix)

Publié le par Nikole

 

 
   IL est féru d'astronomie. L'éclipse partielle -mais importante à certains endroits de France- (aller en Espagne pour ça, c'était loin), il tenait à la voir.
    IL est allé sur la terrasse et a réfléchi : où pourrait-on s'installer dans le coin pour la voir le mieux et le plus longtemps possible ? Pas terrible aux alentours. Passant quelque temps sur Gogol et avec des étoiles filantes dans les yeux, la solution était celle-ci : nous irions quelque part sur une falaise en Normandie, avec pour seul horizon la mer et le ciel dégagé, si la météo le permettait ! Du coup, c'était l'occasion de se promener un peu alentour, peut-être de se baigner, en passant par Le Havre ! Va pour la mini-villégiature !

    Toujours sur la terrasse, l'astronome amateur a installé tout son matos pour en vérifier l'état ; je l'entendais maugréer en essayant des trucs face au soleil normal. L'ours-astronome grogne pas mal, suffit de lui laisser le temps d'arranger ses bidons et ça s'arrange. Pas forcément satisfait au top, il fait au mieux et finit par s'apaiser. Le moins, c'était cette outre-chaleur constante qui, épuisante, met souvent de mauvaise humeur. Je me suis armée de mon grand parapluie nuages -ça ne s'invente pas- pour poser un quart de fraîcheur au-dessus de sa tête brûlante.

    Du matos, il en fallait pour cette soirée programmée : pas seulement pour la lune grignotant le soleil, mais pour que notre attente soit confortable : plaid, tabourets rabattables, parapluie, parasol, glacière avec eau et sandwichs (et pour moi, incontournable sudoku-attente), une véritable expédition.

    Et nous voilà partis, tout guillerets de la belle aventure à venir. Il y en a pour environ deux heures et demie, pas la mer à boire ... Nous arriverons et aurons le temps de nous balader un peu avant de nous trouver un petit restau : c'est les vacances en somme.

    Sur la route, le témoin-essence s'allume, nous sommes sur la réserve :
- La réserve, c'est combien de kilomètres encore possibles ?
- Une centaine. J'en remettrai à la prochaine station qu'on rencontre.
Justement, un panneau en annonce une, qui prévient qu'il n'y a plus de carburant ! Soit ! La prochaine, même panneau. Ah, là, rien n'est indiqué, ah si, quand on rentre : pas de carburant. Le temps devient long pendant que le niveau devient court, le conducteur commence à s'inquiéter. Nous longeons des kilomètres et des kilomètres de raffineries, et pas une goutte de ce foutu carburant dans le coin, c'est quoi ce bordel ? On se croirait dans un pays sous-developpé, c'est n'importe quoi ! Je vous rassure, on finira par trouver dans une zone commerciale pourrie une petite station en travaux munie d'une borne avec de l'essence ... à prix d'or. Situation incompréhensible : ça commençait mal.
    Mais alléluyah, y'a du coco dans le réservoir et on traverse le Havre en paix, je trouve intéressante les architectures des logements mais hideux leur Volcan qui ressemble à une grosse motte de béton, avec une sculpture tout aussi moche (le même auteur que de celle que j'appelle l'intestin ?) sur le plan d'eau qui le jouxte.
    Au  loin, on voit la mer. LA MER ! Vue magique ! On y va ... enfin, on voudrait, parce qu'il y a une chose qu'on a complètement oubliée, habitués que nous sommes à nous déplacer hors périodes de vacances, c'est que précisément c'est la pleine saison, et que le coin déborde de voitures et de touristes. Ce doit être à touche-touche sur la plage, non, merci bien ! On tourne et on tourne encore, en se garant plus loin, un peu stressés et déjà envahis de chaleur étouffante, sans payer le stationnement ! (l'astronome, trop honnête, s'évertue un bon quart d'heure sur un horodateur qui n'arrête pas de buguer et qui au dernier moment, une fois qu'on a bien perdu notre temps, rejette la transaction ... saleté va ! ... mais au moins, c'est gratos (mais comme c'est en plein soleil, nos nuques dégoulinent !)

    Un temps d'apaisement dans une brasserie. Se restaurer, c'est toujours un bon moment. L'instant est agréable, n'était le vieux con de pas trop loin qui dialogue via son téléphone avec haut-parleur, ignorant superbement les deux femmes qui l'accompagnent ! Pfff, je ne me fais pas à ces irrespects. 

 

    Pour assurer, on va déposer nos bagages à l'hôtel prévu pour la nuit à venir. Montivilliers. Accueil charmant. Pas de clim ni de ventilo ... bon ! IL propose d'aller repérer l'endroit où nous nous installerons pour l'éclipse. Au moins y'aura moins de monde, et le paysage alentour est à voir.
 

   
    Saint-Andrieux. Falaises. La mer en contrebas et ses couleurs si belles. Quelques voitures mais pour l'éclipse, la tranquillité ou la plage ? Va savoir ...

    
    L'astronome repère l'endroit où il souhaiterait s'installer plus tard. En contrebas, quelques personnes sur la plage. Il y a sûrement un chemin pour descendre à pied mais où est-il ? En allant ici et là, je découvre un escalier. Bêtement, je m'y engage, comme ça, pour voir ... sans l'idée d'aller loin ... sauf que de marche en marche, on y va, loin, et avec de plus en plus de mal. Fourbus des guibolles et le palpitant à calmer de temps en temps, on se coltine (je ne le saurai que plus tard) 500 marches ! (je me dis purée, après faudra remonter tout ça, j'essaie de ne pas trop y penser et je me refuse à rebrousser chemin, même si de temps en temps on a les jambes qui tremblent un peu) et 100m de dénivelé, avec, certes, des lunettes de soleil et un couvre-chef, mais sans eau. SANS EAU ! Nous sommes fous ! JE suis folle, c'est moi qui ai commencé ! Et on ne s'est pas rendu compte.

   
    Je me hâte d'aller tremper mes pieds dans la mer, après avoir dépassé une connasse en burkini. Moi je suis habillée parce que je n'ai bien sûr pas anticipé -non plus- à prendre mon maillot de bain. Tant pis, je m'assois sur le sable, le jean trempé, en contemplant quelques instants la mer, bercée par sa respiration bruyante mais calme. L'astronome fait plein de photos mais moi à peine, pas le courage, fait trop chaud !

   
    Il faut remonter. Heureusement, il y a aussi un chemin ... l'escalade s'avère rude, longue ... il ne faut pas faire de pauses trop longues sans quoi c'est encore plus difficile de reprendre. La route dure et dure et dure, cela n'en finit pas. Nous arrivons en haut épuisés, déshydratés, les muscles tétanisés (une expression tourne en boucle dans ma tête : acide lactique, un vieux reste de souvenir ...)

   Mais, MAIS nous y sommes. Entre-temps, le parking s'est rempli, la place convoitée est occupée et faut vite se trouver un endroit qui LUI plaira.
   ON S'INSTALLE ! Ouf ! Fin des galères. Préparation pour l'évènement céleste !


   On a encore beaucoup de temps à attendre mais les gens affluent très vite. On est très nombreux. Brochette de vieux à parapluies à droite, je les contourne pour éviter la voilée vue en bas, installation pique-nique à gauche avec une famille nombreuse : enfants braillards, chiens qui courent, plaisanteries grasses (pendant tout le temps de l'éclipse, certaines personnes n'auront même pas regardé et ne seront là que pour boire du rosé et regarder leur téléphone, que foutent-ils là ?) ; mais grâces soient rendues à tous les autres, les silencieux, les contemplatifs, les immobiles, les adeptes de la tranquillité !

    IL est dans son élément, attentif, accroché au ciel. Il installe tout bien, est prêt, attend. Et à la seconde fatidique, lance à la cantonade un ça commence ! qui annonce le début du film grandiose.
    Parce que ça l'est, grandiose, l'image d'une lune qui grignote le soleil. Régulièrement, je L'entendrai fixer l'évolution de la lente course de l'astre recouvrant l'autre progressivement, de la première seconde à la dernière, il aura TOUT, intéressé au plus haut point (et aux autres !)
Info : dans quelque temps, si les images de cette éclipse vous intéressent, vous en verrez, mais je ne sais pas encore quand, CHEZ LUI (jetez un œil de temps en temps la semaine prochaine, vous verrez, ce sera chouette !). Et d'ailleurs il y en a déjà une aujourd'hui
    Moi, je serai pratiquement statique du début à la fin, ne détournant le regard que pour le photographier, LUI. L'astronomie ne m'intéresse pas a priori, mais j'avoue avoir été sonnée par cette puissance du monde, avoir été tellement touchée qu'une forte émotion m'a saisie et que j'ai senti une larme couler !
    Cela dura longtemps, longtemps, cette auto-retraite derrière des lunettes de protection avec pour seul but regarder ce croissant au  loin, blanc sur noir. L'infini infiniment. 
    Nous ne sommes RIEN face à ça, il serait temps que TOUT LE MONDE s'en aperçoive ...

   
    La lune a disparu. Le soleil allait se coucher. Sauf que ... sauf qu'il ne se couchait pas : ça tardait, ça tardait, il s'étalait sans s'engloutir ... un moment, j'ai (encore) pensé à la fin du monde ; ça m'avait déjà fait ça quand j'avais vu à la télé le Melancholia de Lars von Trier, qui passait d'ailleurs à la télé ce même soir (j'en ai parlé jadis ici, pardon pour l'interface qui a changé, abîmée).

 

    Le soleil a fini par disparaître (sans rayon vert, je guettais, je guette chaque fois ... depuis le film de Rohmer) et tout est redevenu calme. Les gens restaient, on en a vu partout, même dans les champs en rentrant, peut-être guettaient-ils les étoiles filantes potentielles cette nuit-là ... tous ces gens dehors avec la nuit tombante, ça faisait une drôle d'atmosphère, on restait dans le film bizarre.

    Le lendemain, IL m'a demandé ce que je voulais voir mais je n'avais envie de rien : trop de gens, trop de chaleur ... pourquoi ne pas rentrer, en partie par le chemin des écoliers, la verte campagne, les petits chemins avant l'autoroute, en s'arrêtant manger quelque part. Oui, on allait faire ça, même si pour une fois depuis des lustres le seul endroit dégotté pour se restaurer fut un macdo ... un endroit qui pour le coup relève de la science-fiction, puisque c'est numériquement, sur de grands tableaux, que se font les commandes. Fou-rire rentré en constatant la tête de la fille à qui je demandais ce qu'était le chevalet dont on nous demandait le numéro ... Passons, le moment fut exotique, la salle climatisée, et les gens calmes : incroyable !

    Il n'y en avait plus pour longtemps. On était sur l'autoroute. Un témoin s'allume sur le tableau de bord : un pneu est sous-gonflé. IL ne s'inquiète pas trop : ça lui a déjà fait le coup et ensuite c'est resté ok pendant trois mois. On s'arrête à une station et il regonfle. Mais ça ne valide pas le truc. IL regarde de plus près et se rend compte qu'il y a un petit trou dans le pneu. Merde ! En un instant, je le vois défaillir. 
Tu vas faire quoi ?
- Je vais voir ce qu'ils ont, il faut une mèche ! (Je ne relève pas ... si tu l'dis ...)
    Ils en ont ! Je le crois sauvé mais nous ne sommes pas au bout de nos peines, ce n'est que le début d'un (nouveau) chemin de croix ... c'est le cas de le dire.
    Alors, j'vous esplique, faut limer à l'endroit du trou, pour ajuster un truc en caoutchouc qui doit s'insérer ... sauf que, ben i lime, i tente d'insérer, nada, pas possible, i lime, i tente d'insérer, nada. On est en plein cagnard, je sors le parasol et j'essaie de lui faire gagner un nano-degré d'ombre. IL est arc-bouté contre le pneu (plus tard, on remarquera, jumeaux sur ses deux bras, d'énormes érosions qui deviendront des bleus géants). J'ai tellement chaud que j'ai l'impression que je vais tomber dans les pommes mais c'est un travail d'équipe et je ne quitterais mon poste pour rien au monde. Je suis angoissée et mon cœur cogne. J'imagine que le sien aussi. Un temps. IL abandonne. N'y arrive pas.
    Je commence à parler dépannage, solutions alternatives, le train, que sais-je ... (J'ai évoqué roue de secours mais y'avait un prob, le flou des souvenirs ne me dit même plus lequel).
    IL y retourne, s'acharne. Rien à faire. IL fait une pause, pantelant, exténué. IL y retourne, je le sens animé de l'énergie du désespoir, le corps tendu.
    IL se relève : ça y est,  comme ça, sans esclandre, d'un ton même pas triomphal. Mon homme est un génie. 

    On est vannés mais on rentre ENFIN ! et sans problème. On n'en a même pas pour longtemps et la route est simple. Comme la veille, on remarque en région parisienne un bâtiment-pyramide au moins aussi haut que ce qu'on vient de vivre, toutes émotions confondues.


    Une fois arrivés dans le havre réconfortant de notre logis, je ne me souviendrai plus que de ce moment magique où l'astronomie dominait ...

  

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