Eklablog Tous les blogs
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Rouge mécanique

Publié le par Nikole


    Les chants parallèles d'un oiseau proche et d'une automobile lointaine l'éveillèrent à demi, et les yeux demeurés fermés, on entend mieux dans le noir, il écouta les sons de la ville, en forçant son attention, en cercles de plus en plus étendus, étalant, repoussant sa pensée en même temps que son ouïe.
    Il y eut surtout cet oiseau, le même que quelques minutes plus tôt, qui ponctuait, comme les respirations-virgules des phrases, chaque son venu de plus loin, comme si, au milieu des décibels qui ne manqueraient pas d'accroître, au fur et à mesure qu'avancerait le jour, il voulait poser la supériorité de l'animal sur le métal, ou le pouvoir, indicible, de la voix qui bat, sur l'inanité bétonnée des villes du matin.
    Les tours citadines étaient ceintes de brouillard et des langues de bruits de moteurs grandissant, enserrés dans les relents poisseux et métalliques presque continus de véhicules qui se suivaient insanes et sonores dans les artères de la grande ville.

    Le soleil montait doucement, il le sentait à la chaleur croissant, à travers la verrière, sur ses paupières toujours closes. Les sons s'étaient affadis, comme dispersés en des endroits fermés ou protégés. Ils le bercèrent et sans doute s'endormit-il à nouveau quelques instants, avant, soudain, le heurt rude, rêve ou réalité, d'un choc sourd aigu à la fois, mélange de dur et de mou, de pointu et de rond, que la rue jeta brusquement sur lui.

    Hébété un peu, il alla vers la fenêtre, qu'il ouvrit, pencha la tête, premier étage, et ce qui le glaça d'abord, ce fut ce silence, absolu, arrêt sur image, devant la grande fleur déchiquetée des deux voitures d'où émergeait, en corolle, fragile comme le chant d'un oiseau à son origine, la jupe rouge d'une fille aux yeux clos.

   

Partager cet article
Repost0

…