N'attends pas
Il est très vieux mais vivant. Il est actif, curieux. Il fait encore son jardin. Et justement en cette fin d'après-midi, il va y aller un peu, devant la maison, à l'écart de la route. Mais il tombe, et la douleur est immédiate, déchirante. Ses côtes lui font un mal de chien. Il ne peut plus bouger. Il crie, il appelle à l'aide. Même ça, lui fait mal. Il n'y a personne à la maison, personne nulle part pour l'entendre. Combien de temps reste-t-il ainsi ? Trop longtemps. Il a peur. Et le miracle, enfin !, fait qu'une dame qui passe sur la route l'entende crier. Elle se précipite, appelle les secours. Tout va alors très vite et un hélicoptère arrive et l'emmène.
Titi, mon oncle, vient de mourir d'une hémorragie interne. Je préfère ne pas trop penser à son attente, à ses derniers instants : que c'est bête de mourir ainsi, par accident de la vie, parce qu'on s'est pris les pieds dans un outil ou un tuyau ! Je n'ai pas le détail, mon cousin ne me les a pas donnés et je préfère ne pas savoir.
En fait je ne l'avais pas vu depuis l'enfance et ne lui étais pas spécialement attachée mais cette mort-là me touche par son absurdité, alors qu'il avait survécu à la maladie ! De l'enfance, précisément j'ai de bons souvenirs de famille dont il fait partie ... à l'époque on se fréquentait pas mal entre cousins cousines : il était alors marié à une des sœurs de ma mère. Et on n'habitait pas tous loin les uns des autres, comme aujourd'hui ; c'est la vie.
Ce coup de téléphone a ouvert la malle aux souvenirs et peut-être, dans mon immense boîte à photos de papier, retrouverai-je des images de cette époque-là, des dimanches, des Noëls.
Songeuse, et pour chasser les papillons noirs, j'ai fait du tapis volant ; comme un signe, le Net m'avait proposé en premier pour accompagner mes pas une vidéo des années soixante, justement, qui vous parlera sans aucun doute : celle-ci ! (quel décalage avec aujourd'hui ! On a l'impression que mille ans sont passés depuis !)
Lors de l'émission, une chanson a retenu mon attention, et ses mots m'ont parlé :
La photo de cette page, la lumière et l'obscurité, la vie et la mort, a été prise au gouffre de Padirac.
La mort est un gouffre, un vide sans fond.
Adieu Titi.