Kronik (48)
Lundi 31 octobre
clic !
Cliquetis mélodique du matin ouvert. "Mon" oiseau. Bonjour la vie. Aujourd'hui. Et bonjour le monde !
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En Inde, ils se sont assemblés en nombre sur un pont mouvant au-dessus du vide et les câbles ont cédé. Cet instant terrifiant -le cœur qui lâche, la tête qui s'affole, la vie qui défile- où on plonge dans le néant et où l'on sait qu'on va mourir ! Ils fêtaient une manifestation religieuse : quand les hommes comprendront-ils que les dieux n'existent pas, et que quand on les invente, ils se retournent contre nous ?
Les caméras de surveillance ont filmé la tragédie. La mort en direct. Tous les jours.
Quelques instants plus tard, en cherchant une autre photo, je tombe sur celle-ci de Lucien Hervé, photographe dont nous avions vu une belle expo au château de Tours. De ces hasards !
clic !
NOVEMBRE
Mardi 1er
Fête des saints, et demain fête des morts, mais dans l'inconscient collectif tout se brouille, je crois, et c'est surtout aujourd'hui qu'on pense à nos mortes et à nos morts. Lumière noire. Soleil noir. Et pourtant, cette lueur si constante en nous, comme si une protection, impalpable, et quelquefois palpable. Quelque part.
"La vie écrit au crayon. La mort passe la gomme". (Bobin) : curieuse cette citation ; je pense moi que seule l'"habit" est gommé, et qu'existe une encre dite "sympathique" : qui affirmerait que rien ne se révèle ailleurs, caché derrière la glace sans tain des apparences ?
"Les morts sont des invisibles, mais non des absents" (Hugo) ... certes !
"Le néant après la mort ? N'est-ce pas l'état auquel nous étions habitués avant la vie ? (Schopenhauer) Je me suis dit ça parfois : avant de naître, je ne souffrais pas, pourquoi ne serait-ce pas la même chose en sens inverse ?
J'ai balayé des pages de citations sur la mort, et puis je me suis lassée, trouvant vain, stupide, truisme, tout ce qu'on peut en dire. Des pages consultées, pas grand-chose qui quelque chose m'ait apporté ...
Et je pense à cette expression : "Tu me manques" qui met l'autre au centre de l'espace comme si c'était lui qui ressentait ; alors que quand on dit "I miss you", c'est en nous que s'opère ce grand creuset où s'est installée l'absence !
" How can I see the living's all around " ... (Misses)
Mercredi 2 novembre
À nouveau sous cortisone, garez-vous les gens, je vais être infernale pendant presque trois semaines, mais i faut ça puisque mon nerf facial est toujours enflammé et me cause des désagréments récurrents. L'épreuve : me passer de sel ...
clic !
(saline, Oléron)
clic !
(salin Giraud)
Jeudi 3 novembre
clic !
Toinette me téléphone pour me demander si j'ai des radios. "Des" ? Je ne comprends pas tout de suite ... non, je n'ai pas la radio. Ah, elle parle des radios de radiologie ! Elle est enfermée dehors, et espère ouvrir ainsi la porte. Je doute mais j'apporte au deuxième. Elle n'est pas là. Je téléphone. Elle est devant chez moi ... Ça commence bien. Je tente mollement avec radio, puis carte Picard -nonnnn, pas la carte bleue !-, d'ouvrir, tout en affirmant que, un, ça ne marche que dans les (vieux) films, deux, jamais avec une porte blindée ... Bref ! Toinette ne s'affole pas, elle téléphone et quémande conseils à gauche et à droite. "Ma fille a un double !" "Alors, qu'est-ce que tu attends ?" (une heure aller-retour en métro, au bas mot, mais bon !). Tout à coup, me glaçant la moelle, elle lance tranquillement : " Ce serait que la porte c'est rien, y'a un double chez la voisine et je peux le récupérer ce soir quand elle reviendra du travail, mais je ne suis pas sûre d'avoir coupé le feu sous la cocotte !" "Tu déconnes ?" Elle me demande ce que je ferais ... euh, à part les pompiers quand l'alarme se mettra en route je me fais directive : " Toinette, tu FONCES dans un taxi et tu la rapportes, cette p..... de clé !!!" Dont acte ! De temps en temps, avant qu'elle ne revienne, je descends renifler sa porte, mais ça ne sent que la peinture de merde évoquée il y a peu ! Le temps passant, je me calme, et finis par rester chez moi, pas d'alarme qui retentisse dans l'immeuble ... Coup de fil : Toinette a récupéré la clé, est chez elle, et le feu avait été coupé ! Le pire dans tout ça, c'est que je crois bien m'être inquiétée et avoir tachycardé beaucoup plus qu'elle ! Et puis ... cette semaine, j'ai rêvé deux fois de départ de feu.
Dehors, il pleut.
Vendredi 4 novembre
Vous vous souvenez de ça (Salut, c'est pour un sondage !) ... hé bien, ça faisait des dizaines d'années, mais un homme a frappé à ma porte en de demandant de répondre à dix minutes de questions sur le nucléaire. J'ai toujours trouvé inutiles, voire dangereux, parce que frelatés pour non-représentation, les sondages, mais allez savoir si c'est un résidu de curiosité ou l'attitude affable, simple, "normale" du monsieur, mais je l'ai fait entrer. Le sondage en soi était complètement inutile, comme prévu, mais la petite discussion lexicale qui s'ensuivit autour d'un café, agréable. Et le monsieur étant d'origine berrichonne, j'ai appris un régionalisme : "tazon", quelqu'un qui prend son temps ... ça m'a plu, c'était de circonstance ... il a ajouté "c'est assez péjoratif, pour autant que je m'en souvienne". Pour ma part j'ai trouvé cet extra mélioratif en point d'orgue des questions nucléaires.
Le noyau de nos vies, de la mienne en tout cas, c'est quand même bien le langage.
clic !
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Dans la rue, porté par un homme qui marchait penché comme s'il soutenait le monde sur ses épaules, un t-shirt arborant la phrase suivante : "Cherche sosie pour aller travailler à ma place". Dur, dur de ne pas être retraité !
Dans la rue, à hauteur du fleuriste, une fille parlait à une autre, et je ne voyais dans le soleil, que son regard bordé d'épais faux-cils : un buisson, ai-je pensé !
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Je n'ai pas résisté au plaisir de prendre en photo mon tableau du jour. Bordel invraisemblable, avec en plus des erreurs de date : c'est nimp ! Vaut mieux en rire mais quand même, grave je suis moâ !
clic !
Samedi 5 novembre
- Pss ! Pss !
- Quoi ? Hé toi là, c'est trop tôt.
Ce matin, il m'a réveillée alors qu'il faisait encore noir. Dorment pas, la nuit, les oiseaux du jour ? Rossignol ou alouette, ferme ton bec !
Je me suis rendormie, il m'a laissée en paix une heure encore.
clic !
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Une éternité que je ne suis pas allée au marché. Je fais l'effort, et j'ai raison : la dernière heure, on fait des affaires par lot (ce marché étant cher, c'est le seul moyen de s'y retrouver -un peu-) : je trouve, enfin !, des poires sucrées et fondantes de dessous le comptoir, des avocats, une scarole de taille monstrueuse, du persil plat à un euro, et un chou-fleur (mais là j'aurais dû m'abstenir, j'en trouverai un à moitié prix plus tard à la supérette -du coup, double chou-fleur au menu !-) Le tout pour moins de quinze euros.
clic !
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En rentrant, rue de l'Abreuvoir, je constate que les volets de la vieille claudicante Claudine sont toujours fermés. On se parle dans la rue, on fait quelques pas ensemble, et quand elle est à sa fenêtre elle me tient une conversation dont, du trottoir, je n'entends pas la moitié. Je sais qu'elle est hospitalisée mais pas moyen d'en savoir plus par la gardienne qui m'avait promis de "creuser" ... tu parles ! Et ... là, je vois un type qui entre dans son immeuble. Je lui demande s'il sait, il me répond avoir peut-être le numéro de son fils quelque part, il commence à s'inquiéter lui aussi de cette longue absence. Il note mes coordonnées sur son repas Zensushi (on a le même fournisseur de soyarolls on dirait !) car il n'a pas de portable ! dit-il en croyant m'impressionner. Je sors mon vieux nokia, on rigole. Je le prie de m'excuser de l'avoir dérangé, ajoutant quand même que si je ne le "connais" pas, je le croise depuis bien longtemps. "Du temps où vous aviez une queue de cheval". Il s'esclaffe : "Mais ça fait douze ans que je me suis fait couper les cheveux !" Ben oui mais les gens du quartier, je les vois, et je remarque d'autant plus les hommes à cheveux longs, depuis toujours, chacun son truc.
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La journée finit inquiète : l'après-midi, je me refais une "langue qui pique bruyamment" et une tachycardie subséquente (tu angoisses, tu potentialises toujours les symptômes, trouillarde !) ... doucement, genre vingt minutes, les choses reviennent à la normale, phhh !
Mais plus inquiétant, IL, absent, m'angoisse en m'apprenant par Skype, le soir, qu'après une migraine ophtalmique il y a une paire d'heures, il voit flou de l'œil droit, avec impression de toile d'araignée. Il le dit presque laconique tandis que je lui demande pourquoi il n'est pas déjà aux urgences. Il louvoie, dit qu'il n'a pas le temps, qu'il verra demain si, etc. Je le trouve inconséquent avec son corps et sa santé, j'en ai régulièrement des exemples. Je l'engueule presque, lui fais promettre que. Mais tête de cochon c'est tête de cochon, il reste dans le vague.
Avant de me coucher, je lui enverrai un mail en enfonçant le clou.
clic !
Dimanche 6 novembre
clic !
Concert oiselier mélodieux à sept heures quinze. Les volatiles du secteur se font un petit dèj collectif. J'écoute un peu et je me lève. J'ai faim et je n'ai mal nulle part. La vie est belle. Je pense à LUI. Je sens des auspices favorables.
Pas de nouvelles, mon enthousiasme retombe un peu. Et puis, en fin de matin, un mail me disant qu'il ira voir c't'ap le médecin ophtalmo officiant à l'hosto-urgences à partir de quinze heures. Je suis rassurée, il s'est décidé.
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Pas de nouvelles du voisin de Claudine.
J'attends des nouvelles de Gentil-n-a-qu-un-œil-valide.
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Enfin des nouvelles ... après des heures d'attente d'un médecin : décollement du vitré, un truc de "vieux". Moins grave que je ne craignais : paraît que ça se remet tout seul, en patientant, puisque pas de déchirure, et pas de décollement de la rétine ; je suis rassurée, "nous" sommes rassurés. Une contrainte qui n'en est pas une : pas de sport (LUI : c'est quoi ça -ah ! ah !- ?) ... et aussi boire beaucoup (d'eau, entendons-nous bien !) bah ! ça devrait être possible, même si nous sommes, de ce point de vue, deux chameaux !
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Rassurée, je retrouve l'appétit, et du coup, ai cuisiné le premier chou-fleur en expérimentant la recette "à la polonaise" (depuis des années je me dis que je vais tenter le truc) : terminer donc sur une note ... salée ; instant insta :
clic !
Un peu sec mais nourrissant ; gagne à se prendre un trait de citron ou de vinaigre doux (du melfor ! je n'utilise que ça en fait), et, luxe, une cuillère de mayo ...
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La vie est belle !
©iel et©. par le Krop












