Kronik (44)
Dimanche 16 octobre
La belle vie consiste-t-elle à être paresseuse et égoïste quand on n'a, selon la formule consacrée, plus rien à prouver. "La belle vie", c'est le titre d'un film dont je ne me rappelais plus l'issue, que je regardai pour la deuxième fois, sur le culot d'une secrétaire dans les hautes sphères du pouvoir financier.
Et souvent je fais ça, regarder quelque chose post petit-déjeunatoire, histoire de me délayer dans les délices de Capoue du libre-arbitre farniente.
Mais cela n'a qu'un temps : cette paresse, ce laisser-aller passager porte mal son nom, et plutôt que de ne "rien faire", je me prépare à l'action.
Et puis les films, ça fait réfléchir, soulève les idées, fait travailler nos agacements, nos colères, nos questions, nos admirations, nos points d'ancrage au rêve et à la réalité.
Ce matin, malgré l'indication d'un film "sombre et glaçant", je m'attelai à l'histoire, "Exit plan" racontée dans un film suédois (ah, les ténébreux films de Bergman dans ma jeunesse !), que j'abandonnai au bout de quelques secondes, le protagoniste en gros plan ressemblant, par sa moustache, à l'antipathique syndicaliste portant une épaisse brosse petit coin coin canard wawas sous le nez. Je ne peux pas, ça m'insupporte. Rideau !
La jolie fille du film "Aleksi" était, elle, attirante, mais pas longtemps. J'admirai quelque temps son physique et sa jeune beauté, bien que très vite agacée par le caractère infantile, capricieux, insupportable de icelle. Je coupai court lors de la séance de cocaïne collective avec d'autres personnages inconsistants et bobos. Rideau !
À croire que je tolère de moins en moins l'inconsistance des gens. Sur un écran comme dans la vie. Et les histoires de drogue me sortent par les trous d'nez, c'est, en l'occurrence, le cas de le dire. Quand on pense, comme dirait l'autre, qu'il suffirait qu'il n'y ait pas d'acheteurs, pour qu'il n'y ait plus de vendeurs !
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Pauvre de moi ! Dans ma confusion constante des dates et mon boycott récurrent des infos, j'ai omis de rendre hommage à Samuel Paty. Et pourtant j'y pense souvent, à cet humain-là, à sa souffrance, à sa solitude ; à la lâcheté de ceux qui l'ont laissé se faire assassiner. JE LES HAIS et leur souhaite la même chose. Ni oubli ni pardon. JAMAIS.
Dehors, hors du monde des êtres de bonne volonté, les islamistes. Les pleutres. Les lâches. Les collabos. Les faux-culs. Les prosélytes. Les violents. Les assassins. Les étrangleurs. Les vitrioleurs. Les lapideurs. Les décapiteurs. Les égorgeurs. Les hypocrites. Les voleurs. Les dealeurs. Les arnaqueurs. Les violeurs. Les empêcheurs. Les malhonnêtes. Les suiveurs. Dehors ! DEHORS !
Lundi 17 octobre
Le sens des mots (bordel !) ! Sans oblitérer l'horreur démultipliée des engins de mort, ne disons pas n'importe quoi ! "Drone kamikaze" ... Un kamikaze c'est une mission-suicide faite par un humain, et, par analogie de sens, cet humain. En quoi à une machine, aussi sophistiquée soit-elle, s'octroie-t-on la possibilité de se suicider ? Drone-de-mort-de-merde, soit ! Kamikaze, sûrement pas !
Quand je pense à tous ces outils qui pourraient ne servir qu'au bien et qui sont, pour un si grand nombre d'entre eux, détournés en engins qui abîment, blessent, tuent et déciment, j'ai un objet de plus de dégoût ! L'homme de pouvoir est décidément un monstre.
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Les médias, tous, tournent en boucle sur les mêmes sujets. Si je comprends qu'on puisse évoquer certains faits du monde, la façon de les aborder et d'en parler m'énerve. "Faits divers" ... quel drôle d'appellation pour ce qui est, bien trop souvent, de la folie folle, absurde, inimaginable chez des êtres sains. J'ai habité le XIXe, pas loin de cette rue Manin où a eu lieu l'horreur récente arrivée à cette pauvre gamine ... je visualise les lieux et c'est encore plus concret. On dit trop de choses, alors qu'on ne sait rien. On imagine la folie. Si les crimes horribles sont faits par des fous, que foutent-ils dehors ? S'ils sont dangereux, enfermons-les ; s'ils ne sont pas fous ... suicidons-les dans leur cellule, ce qui serait le mieux pour eux, car si on était juste, on leur ferait la même chose que celle qu'ils ont infligée délibérément à la personne qu'ils ont torturée et achevée. Je suis hors de moi. Pour ce fait-là, et pour tous ceux qui lui sont analogues. Oui, je suis pour qu'on prenne la vie à ceux qui l'ont arrachée arbitrairement à d'autres qui étaient innocents de toute violence. Ou qu'on les enferme longtemps et sans aucun privilège s'apparentant au plaisir. Je suis facho ? et eux, ils sont quoi alors ? Rouvrons des bagnes !
La vie des autres continue sans toi, Lola, on a brisé la tienne, mais nous ne t'oublierons pas ; je ne t'oublierai pas.
Mardi 18 octobre
Dans mon immeuble en ce moment il y a des travaux de réfection. Il faut laisser notre porte ouverte pendant que sa peinture sèche. On voit du coup un peu, parfois, l'intérieur des appartements. Ci-dessous un mur d'entrée au rez-de-chaussée versus mon mur d'entrée au cinquième :
... deux mondes disparates, aussi différents que l'eau et le vin, le lait et le sang, le blanc et le noir ...
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En attendant la confection de mon repas à emporter au restau japonais (si un jour on atterrit vraiment à la cambrousse, c'est ce "confort" à assouvir facilement un caprice gourmand ponctuel de gyozas, soyarolls thon-avocat et salade de chou blanc qui me manquera sans doute, avec seulement quelques dizaines de pas à faire en bas de chez moi pour me satisfaire ...) je m'arrêtai sur ces lignes découvertes dans la lecture d'appoint que j'avais apportée : "Je porte dans mes doigts le fard dont je couvre ma vie. Tissu d'évènements sans importance, je le colore grâce à la magie de mon point de vue [...] Comment oserais-je me regarder si je ne portais pas soit un masque, soit des lunettes déformantes ?" (Leiris). Je relevai la tête, et si le mot "magie" me paraissait immodeste -mais après tout chaque personne n'a-t-elle pas sa propre magie ou sortilège, comme filtre des évènements, pour les accepter ?- ces mots m'interpellaient et je les prenais immédiatement à mon compte ...
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"L'enfer est vide. Tous les démons sont ici". (Shakespeare)





