Arles en vrac (2)
Retour dans le septembre des Rencontres photographiques. Cet article était terminé, une bonne heure de bricolage et lahhhh ! fausse manip et j'efface tout ... admirez le courage, je m'y recolle, quelle cruche je fais parfois, mais bon je ne peux m'en prendre qu'à moi-même. Le contenu sera forcément différent dans le texte, la mémoire, vous savez, bon, c'est comme ça.
Pas d'ordre ni de thème pour ces images, et peut-être d'autres vracs encore, tirés des centaines et des centaines de photos prises pendant cette période-là.
(Cliquez sur les images, sans quoi on ne voit pas grand-chose savez-vous ...)
Couples se croisant ...
... ou chacun au bout du banc ...
Bien sûr, les affiches déchirées, les traces sur les murs, toujours me happent au coin des rues.
J'ai toujours un regard tendre et admiratif pour le calme, la réflexion, la méditation des amateurs de photos, de peinture, d'art, seuls parfois, silencieux, habitant des mondes parallèles qui les nourrissent.
Ce peut être déstabilisant, l'énorme quantité d'art qu'on peut rencontrer (et parfois, à Arles, la tête peut saturer presque autant que des pieds fatigués ou un estomac après un festin un peu trop roboratif) mais quel privilège de pouvoir s'habiller de tout ça.
Cela me fait penser à autre chose : "Un jour, j'ai assis la Beauté sur mes genoux. Et je l'ai trouvée amère. Et je l'ai injuriée." Une phrase de Rimbaud qui m'avait marquée. Et puis, Mallarmé aussi : "La chair est triste hélas, et j'ai lu tous les livres !" C'est vrai que, peut-être, "à nos âges", perturbés par la multitudes des choses et la difficulté du libre-arbitre : que lire ? regarder ? écouter ? comment découvrir ce qui nous serait le plus en accord intime et porteur ? Mais j'ai du mal à l'entendre de la part de L. qui me dit qu'elle "s'ennuie" ! "Comment ça, tu t'ennuies ? Quelqu'un qui comme toi aime les livres, les films, la musique, qui est très cultivée !" "Justement, j'ai lu trop de trucs, vu trop de trucs, écouté trop de trucs, j'en ai marre ..." Je suis abasourdie, je ne parviens pas à comprendre !
Plan large, chose pas si fréquente chez moi. Je ne voyais que cette loupiote dans une cuisine en plein jour, comme un œil de Big Brother qui m'observerait, prêt à me happer avec des tentacules cachées. Cyclope, démon, que me voulait ce monstre-là ? (Et moi, cette idée me relie curieusement non pas au texte, mais à la chanson de Bowie (au temps 3.25 ...) avec ses longues notes caudales lancinantes, post chanson proprement dite, façon crécelle malade valide !
L'objet, indispensable, vital ou presque, quand les salles ne sont pas climatisées, et elles le sont rarement ! Le souffle qui répand nos sueurs ensoleillées et nos étouffements poussifs, nos marches lentes. On se dispute leur proximité. On vient près d'eux, on s'en éloigne pour y revenir sans cesse.
"Les ventilateurs par leur soyeux va-et-vient
Tissent à l'espoir un destin " (Malcolm Lowry)
Et pas loin, à mi-chemin du silence et de la lumière, reposer, rêveuse, son corps un instant de la longue promenade.
Une porte ... un charme secret ... j'aurais voulu savoir ce qu'aurait révélé, si j'avais pu entrer, ce lieu d'ombre et de lumière, comme j'aurais voulu déchiffrer l'énigme de l'image. Sur le mur.

L'œil ne sait où se poser, multidirectionnel, géométrie, quadrilatères, regards croisés, paroles ou non échangées ; tourbillon urbain des gestes, des choses, des machines et des gens. Comme une scène de cinéma figée dans son élan.
Les œuvres in, ce n'est pas le plus important, ce n'est "que" de la doc pour qui les photographie, et de la reproduction à montrer ... mais Frida Khalo, quand même, et des couleurs, un ensemble qui me plaît, dans cette image.
IL me dit : Il y a une expo qui va forcément te plaire ... faite pour toi ... je ris, il me connaît si bien, il ne peut pas se tromper. Ladite expo est ramassée en un petit espace ; en découvrant le "concept", je jubile et m'esclaffe ... je l'aime déjà, cette femme !
Texte galerie : "Après un onzième déménagement, Barbara Iweins, photographe bruxelloise, s'est lancée dans un travail d'introspection atypique : photographier un par un les 12795 objets de sa maison, les indexer et les classer par couleur, matériau, fréquence d'utilisation ... De cette thérapie nécessaire, elle a imaginé un livre -miroir fascinant de notre société de consommation- où se dévoile un autoportrait intime, porté par 50 histoires courtes aussi drôles qu'émouvantes."
Cette fille est folle je crois. Mais la folie douce, revendiquée, narrative, n'est pas dangereuse pour la santé des autres ... l'est-elle pour soi, d'ailleurs, et en quoi ne serait-elle pas créative et innocente ?
"Les amoureux et les fous ont la cervelle si effervescente, la fantaisie si inventive qu'ils conçoivent beaucoup plus de choses que la froide raison n'en peut comprendre". (Shakespeare)
L'appareil photo est un objet sur-représenté et parfois exhibé. Tous photographes. J'aimerais voir ce que donnent, à l'arrivée, les prises de telle ou telle personne portant ostensiblement qui un Leica, qui un énorme zoom ressemblant à un télé-scope. (Un jour j'ai demandé comme ça à quelqu'un si on pouvait voir ses photos, s'il avait un blog, et il m'a regardé avec une telle incompréhension que j'ai eu du mal à retenir un fou-rire). Que peuvent-ils imaginer que je puisse faire avec mon appareil gaulé comme un paquet de clopes, et le plus souvent invisible d'ailleurs, incurvé en ma main, l'objectif protégé contre moi.
Comme une lyre, je caresse l'élastique de ma dragonne lestée, une main contre mon cœur ...
(... dans "Ma bohème", en vrai, A. R. écrit : "Comme des lyres, je tirais les élastiques de mes souliers blessés, un pied près de mon cœur")
Une vue de la ville, remarquée par le parallèle de jaune à gauche et à droite
Nous jouions à cache-cache avec la vieille dame derrière son volet, qui, l'œil en coin, et outre mézigue, regardait les passants en contrebas ... Toutes deux fîmes preuve de patience et de tactique : c'est elle qui a gagné !
Chanson photographique : nos images, nos mirages, nos partages ...













