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L'une mange, l'autre pas

Publié le par Nikole


   La prise photographique offre souvent des surprises. Sans savoir si j'allais faire quelque chose de cette image, j'ai capturé la femme au chapeau de façon pas très bienveillante, pour fixer ma gêne de voir ce soutif dépassant de sa robe : j'ai trouvé ça pas joli, même si elle avait eu le bon goût d'accorder les couleurs. Et puis, le temps que j'ajuste, que je double, un autre corps est passé dans le champ en s'éloignant vite. 
    Le vêtement n'était plus ma cible, j'avais sous les yeux deux façons de vivre radicalement différentes : une femme normale ou qui me semble telle, qui me sembla libre, et cette autre, qui se diminuait jour après jour, s'effaçant progressivement. L'anorexie est-elle une liberté ? Difficile pour moi de comprendre ce qui se passe dans la tête malade de ces femmes, a fortiori parce que je serais plus encline du contraire si j'avais de graves problèmes psychologiques. Ce dysfonctionnement profond n'est sans doute même pas vécu comme tel par les personnes concernées, si l'on en revient au vêtement : ici comme à chaque fois que j'en rencontre, les vêtements sont près du corps, voire le dévoilent, et je ne pense pas que ce soit un appel au secours. C'est idiot à dire mais si j'ai mal pour elles, j'ai honte aussi. Curieux regard ? Je leur en veux, aussi, oui, de ne pas se faire aider, de ne pas se rendre compte de ce qu'elles sont, oui, j'ai écrit ce, et pas celle, car je vis (moi), probablement à tort, leur ressenti comme une lutte constante avec un corps-objet en le gommant un peu plus chaque jour. Une page blanche est une page pure. C'est à ça qu'elles aspirent ? Il faut beaucoup souffrir pour ne plus pouvoir avaler de nourriture, par choc émotionnel -transitoire-, ou par désespoir existentiel, en se sentant différent, autre, supérieur (?) : on refuse tout ce qui est organique, donc (bassement ?) humain. Le corps devient un caillou. On l'attaque encore et encore de la même manière que la mer mange les galets. Il y a sans doute bien de mauvaises raisons pour tenter d'expliquer cet aveuglement devant son corps qu'on refuse de voir laid, qu'on trouve toujours trop gros même en étant devenu squelettique. Comme la vie doit être vide alors ! 
    Même en guérissant, parviennent-elles, ces filles, à trouver, sans paniquer, le juste équilibre entre le plus et le moins ... in medio stat virtus ... et sans recourir aux extrêmes (se vider complètement, se remplir complètement)
    Sur cette photo, comme symboliquement, la femme de droite porte quelque chose à sa bouche, la femme de gauche met sa main devant la bouche, comme pour l'empêcher d'exister dans sa fonction. Plaisir versus déplaisir.
    (La nourriture est pour moi un des plaisirs essentiels qui nous soient offerts. J'aime beaucoup les moments dédiés aux repas, quels qu'ils soient, avec une préférence affective pour le premier, celui du matin, qui annonce un renouveau, un retour à la vie du corps. Et je rappelle régulièrement aux obsédées de la minceur que la nourriture ne sert pas qu'à grossir, mais aussi à vivre !) 

    Le titre de cette page m'est venu d'un coup, influencée que je suis par ce que j'entends, lis et vois, en l'occurrence un film d'Agnès Varda (elle me manque, elle !) : L'une chante, l'autre pas. Et ce n'est pas si illogique que ça, après tout, puisqu'il parle du corps des femmes, à travers Valérie Mairesse, figure du plus, et Thérèse Liotard, figure du moins, amies, dans l'évolution de leur vie sur de nombreuses années. 

   

... Au cas où ça ne fonctionnerait pas, LIEN.
(Désolée pour, sous la vidéo, la saloperie de bandeau qui transpose n'importe quoi de l'oral à l'écrit !!!! Pauvre, pauvre langue française malmenée, abandonnée, torturée).

 

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