(Se) détacher

Publié le par Nikole

 

Si je m'en frotte les mains, le savon écume, jubile...
Plus il rend complaisantes, souples,
liantes, ductiles, plus il bave, plus
sa rage devient volumineuse et nacrée...
Pierre magique !
Plus il forme avec l'air et l'eau
des grappes de raisins
parfumés...
L'eau, l'air et le savon
se chevauchent, jouent
à saute-mouton, forment des
combinaisons moins chimiques que
physiques, gymnastiques, acrobatiques...
Rhétoriques ?
(Francis Ponge, Le savon)

(...à une lettre près, son nom était raccord avec la chose :-) ...)

                                  

                               (clic pour voir de plus près)

(Se) détacher
                                                                            ©hez le Krop

 

  Le premier titre que j'avais en tête était Éloge du savon, mais cela va plus loin sur le plan symbolique, ce geste de se savonner les mains, parce qu'on détache de soi, ainsi, tous les miasmes dangereux pour la santé ; mais aussi parce qu'on se détache, tel P. Pilate, de toute responsabilité vis-à-vis de quelque chose. Ainsi, ce geste de se faire mousser, peut signifier deux actes dont les résultats sont opposés : la responsabilité, l'irresponsabilité.

 

                                                                         (et ici aussi)

(Se) détacher

                                                                         ©hez le Krop, en©ore

                                              (Variante trash de cette photo là-bas) 

 

  Il y a une certaine sensualité à caresser sa peau avec du savon et de l'eau ; sensualité n'est d'ailleurs pas exactement le mot pour qualifier l'action, mais plutôt son résultat. Se savonner, les mains, c'est-à-dire un espace j'allais écrire confiné ! mais c'est à réduit que je pensais, circonscrit, lentement, avec concentration, a quelque chose à voir avec la sensation de contrôler son corps, de se (ré)concilier avec lui, sans violence, et partant, alors, oui, peut-être, à en ressentir une certaine sensualité. Au moins spirituelle. Comme un vin de vigueur.

 Le savon, au moins pour ceux de ma génération -les enfants nés dans les années cinquante- évoque l'enfance, avec des gros cubes qui servaient à tout, le lavage des corps devant l'évier (ou, petits, dans des bassines où l'on ajoutait à l'eau froide l'eau bouillie sur la cuisinière) et le lavage du linge dans la buanderie, mains rougies de ma mère frottant et frottant encore nos vêtements en mousse purifiante sur la cuve de béton, avant la machine.

 Plus tard, j'ai craqué devant les cargaisons de gels destinés aux douches, succombant aux fragrances et designs tous plus publi-cités, tous plus chimiques les uns que les autres. Et puis, avec le temps, d'autres modes (au féminin et au masculin, les modes) je suis revenue au(x) savon(s), et classiques et nouveaux, en toutes sortes de fragrances, encore. En privilégiant le bio. Autres modes, disais-je. J'aime le savon. Son odeur. Sa symbolique. L'onctuosité qu'il offre aux sensations. Son glissement doux au calme. Aux pensées. Au sourire. Aux souvenirs.
Attachants.

                   

 

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C
Que j'aime ton billet! le poème et puis ces vertus savonneuses, le savon en cubes ou rectangles durs qui, à force d'eau et de tripotages, deviennent plus ronds et doux dans les mains. Puis s'en échappent, glissent.<br /> Merci et bonne soirée.
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E
Moi aussi j'adore les boîtes métalliques... les boîtes à trésors...<br /> Quant au savon et au lavage des mains... c'est stupéfiant qu'autant de gens en avaient oublié l'usage avant le covid... (Ce doit être comme "bonjour, au-revoir et merci"...)<br /> Bon week-end Nikole
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X
Bel éloge du savon ! Il y a longtemps que j'ai abandonné la mousse à raser toute prête, en bombe, au profit d'un savon d'Alep. J'adore le pouvoir de glisse du rasoir, qui est supérieur. J'adore la douceur de la peau après. Se servir du blaireau me fait penser à mon père, qui lui, utilisait un "coupe chou". Mais ce que j'apprécie le plus, avec le savon, c'est de ne plus "s'arracher la gueule", en se rasant. Fini les "saletés" qu'il peut y avoir dans la mousse toute prête. Et en plus, pour un Auvergnat comme moi, c'est super économique...
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L
C'est joliment exprimé. Très. <br /> Je suis resté au gel, pour le corps comme pour les mains, tout ce qu'il y a de naturellement bio, mais la peau de mes mains, ces semaines-ci, ne dit merci qu'à la crème dont je la nourris copieusement  après chaque lavage. J'ai des mains de crocodile en souffrance <br /> J'espère que tu vas bien. Que les tiens vont bien. Prends soin de toi. Mille baisers.<br />  <br />  
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B
On ne parle jamais de son frère Robert, dit Bob ... Je te ferais pas ma blague que tu n'avais pas trouvé terrible ... Honte à moi ...<br /> Je préfère la version Noir et Blanc du savon La Poigne (que je me demande où tu as bien pu trouver cette belle plaque métallique ... :-))<br /> On y revient tous au savon, mais attention à bien le prendre bio, sinon y a plein de saloperie (dont de l'huile de palme ... pauvre nature)<br /> Bonne journée à la maison .
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A
Et j'aime l'odeur que le savon laisse sur la peau ...<br /> Tu as trouvé un texte bien parlant. Je ne te passerai donc pas un savon, loin de là.
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L
Une ode au savon. Plutôt inhabituel, même si tu cites Francis "éPonge". Tes mots viennent charger la masse de ces souvenirs enfouis quand la salle de bains était réservée aux gens de "biens", quand ces baquets en ferraille grise trônaient sur la table de la cuisine (seul point d'eau de toute la maison) et que les mères y baignaient leurs enfants (les lieux d'aisance se trouvaient à l'extérieur des maisons, leur siège était en bois et les excréments atterrissaient directement dans un conduit, juste sous le trottoir, relié aux égouts). A l'époque, le pécu n'était pas encore bleu, rose ou blanc, mais couleur caramel et n'avait pas le moelleux de ceux d'aujourd'hui.<br /> Cette pandémie n'a pas réveillé en moi le rappel du savon : il y a bien des années que j'ai abandonné un usage autre et que le savon de Marseille reste dans mes usages quotidiens (pardon, pluri-usages), tout comme j'utilise le savon d'Alep. Rien ne vaut en effet les produits de nos chères bonnes vieilles grands-mères...
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C
c'est drôle comme cette habitude qui hier était nôtre a fondu comme du savon dans l'eau, "se laver les mains" ! les lingettes toutes puissantes en ont sonné le glas mais pas à tout jamais puisque le fait  est de retour y compris chez les tous jeunes qui en ignoraient l'existence  !<br /> amitié .
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M
J'aime beaucoup ce poème de Francis Ponge (et ta réflexion sur son nom ah ! ah ! ah !)<br /> Je suis née en 1951 et donc tout ce que tu as écrit me ramène des années en arrière, le temps d'avant, le temps ou on avait, où on prenait le temps de faire les choses, de vivre tout simplement. Avec moins de confort, moins de choix (et donc de tentations) dans les produits du quotidien mais le peu que nous avions avait au moins l'avantage d'être sain, on ne nous empoisonnait pas encore comme on le fait aujourd'hui à grande échelle jusqu'à l'air qu'on respire !<br /> Quand je raconte à mes petits enfants des anecdotes de ma jeunesse j'ai l'impression d'être une extraterrestre, ils me regardent avec des grands yeux, ils rigolent se demandant bien comment on a pu survivre sans tout le confort, le superflu d'aujourd'hui (surtout sans téléphone collé à l'oreille !!!)<br /> Nostalgie quand tu nous tiens !!!
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P
Tes élogieux propos à la Gloire du Savon, le Vrai, font écho a mon gout avéré et prononcé pour cette matière .<br /> Mais attention, tout comme Toi, c'est la matière savon d'antan que je préfère: la bonne grosse savonnette, ou le gros cube Monsavon.<br /> Sensation et parfum incomparables et pourtant à jamais disparus.<br /> Et depuis tout petit . J 'ai toujours entendu avoir été "primé" pour une photo en tant que Bébé Cadum en 1957, mais , hélas ou heureusement ,  pas de trace ! Mais a priori, c'est vrai  ( témoignages divers à l'appui ), et pour compléter l'atavisme, Feu ma Mère était vendeuse au rayon Parfumerie d'un grand magasin , " Printania" à Châlons sur Marne , Marne.<br /> mais ce qui me frappe dans cette période un peu anxiogène et si particulièrement alarmante , est cette soudaine découverte du bienfait , que dis-je bienfait, de la Né-ces-si-té absolue, du lavage répété des mains.<br /> Du côté des soignants , qu'on applaudit chaque soir à 20 heures, (avant de leur gueuler dessus dans 1 an quand l'attente aux Urgences semblera trop longue ) cette découverte du grand public est loin d'en être une. Meme si les protocoles spécifiques Covid-19 les multiplient, cet acte de préambule à tout soin est un reflexe  acquis de longue date .....cet acte préalable doit etre automatique , on vous le martèle  tous les jours en école d'infirmier(e)s<br /> mais concernant les dérives marketing des savons et gel-douches dont tu parles , j'ai une question, encore sans réponse :<br /> à Tahiti, quand l'orage menace , sortent-ils leur flacons de Maubeuge Douche en se lavant sous la fine pluie naissante ?
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M
C'est du propre !
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