lire écrire
La veille, au cours d’une de leurs conversations, Pat lui avait fait remarquer que sa phrase était celle d’un titre de roman. Ce même jour, elle se mit d’emblée dans l’état inconfortable de qui ne trouve pas ce qu’il cherche, sa bibliothèque –mais comment utiliser ce mot qui évoque une idée de rangement !– étant un tel capharnaüm, avec annexes foutoiresques partout dans l’habitat. « Tu es trop dure avec toi, Olympe ! », se lâcha-elle, découvrant Mes nuits sont plus belles que vos jours à sa place, entre la Salade russe de Besson et Les enfants du bon dieu de Blondin. « C’est que je te connais, se répondit-elle ! C’est un hasard qu’il soit là, heureux, certes, mais hasard tout de même. » Elle s’ajouta : « Et tant que j’y pense, n’oublie pas de mettre un d minuscule à dieu, au besoin avec un sic derrière –mais elle ne le fit pas– puisque tu t’es promis de bannir le religieux de ton vocabulaire, alors quand tu ne le peux pas, au moins, rabaisse-les, ces connards, ces bouffeurs d’âme et de joie de vivre, ces fossoyeurs de l’inventivité et du libre-arbitre. Elle avait du mal à se calmer, elle sentait le rouge, le vert, le blanc de la colère lui monter aux joues.
Elle trembla.
Quand elle se coucha, moments de lecture, elle se demanda pourquoi ce livre des années quatre-vingts était si longtemps resté en pénitence … elle raya pénitence : en attente sur ses rayons. Sans doute avait-elle déjà ouvert l’ouvrage, et lui était-il tombé des mains … elle essaya de se souvenir … on en avait pas mal (aux deux sens du terme) parlé à l’époque, mais c’est peut-être celle qui l’avait écrit qui avait attiré son attention à la télé … ça suffit parfois.
Elle oublia.
Le livre avait une jaquette –intacte– qu’elle ôta d’autor : son apparence était, comment dire … désuète … oui, c’était exactement ça.
Elle ouvrit.
à suivre … (peut-être)
