Sentiments mélangés
Il y a de cela bien longtemps, en baie de Somme, IL s'était réveillé avec le soleil, abasourdi par la beauté que la Nature lui offrait, et m'avait alors réveillée. Moi, béotienne ensommeillée, j'avais grommelé, m'était retournée et m'était rendormie (il avait d'ailleurs fait alors de magnifiques photos). Ce moment m'est revenu en tête, réveillée par le lever de soleil sur le port. J'ai failli LE réveiller aussi, et l'ai laissé tranquille : il avait déjà connu ce sentiment. J'ai regardé le soleil se lever sur les bateaux silencieux avec un sentiment de reconnaissance.
J'avais connu un autre moment analogue -en sensation- il y a quelque temps de cela, éveillée en pleine nuit dans une région où le ciel noir était constellé d'une gerbe d'étoiles, tandis qu'une autre brillance éclatait d'un autre côté, et est restée bien après la nuée que j'avais vue. Moi qui ne m'intéresse guère à l'astronomie que pour ses moments exceptionnels, j'étais, fenêtre ouverte, nuit noire et silence absolu, habitée par une émotion sans mesure, statufiée, admirative.
- Qu'est-ce que c'était ?
- Tu as dû voir la voie lactée.
Nous revenons de Bretagne, et la météo avait prévu de la pluie sans discontinuer. Ce n'est pas la première fois qu'on nous ment sur ce sujet et nous ne devrions jamais nous enquérir du temps qu'il fait à l'avance. Une petite averse en arrivant à La Gacilly, une autre vague à Perros, et ce fut tout : grand soleil sur nos quelques jours de vacances entre expo géante de photos plein air et balade en ticheurte sur le sentier des douaniers (juste l'oubli stupide de mes lunettes de soleil ...)
Dès notre découverte du festival photo de la jolie ville de La Gacilly (patrie de la marque Yves Rocher ... ah, mes souvenirs datant de lustres des commandes par correspondance de produits que je recevais et appréciais !) l'année dernière, nous sommes tombés amoureux de cette vaste manifestation artistique financée certes par des sponsors, mais portée avec talent par de très nombreux bénévoles, passionnés.
On y reconnaît des artistes de renom mais aussi moult photographes inconnus (de nous), en des démarches artistiques sociales et esthétiques à la fois. Le thème de l'année était : Cent ans de photographie.
Je ne saurais vous présenter beaucoup d'images mais voici un échantillon de moments photo vécus très différents les uns des autres : vous me suivez ?
Grosse rétrospective Salgado au lieu dit "le Garage", endroit se prêtant particulièrement bien aux très grands formats offerts aux photos. L'une d'elles, prise en Amazonie, est connue, celle-ci :
En suivant le sentier vers l'expo suivante, on longe des expansions de cour d'école : la petite fille que j'y aie vue en passant là m'a précisément, par sa végétation, évoqué cette photo :
Centenaire de la photographie oblige, expo de photos de Nadar dont un bon nombre sont connues : peintres, écrivains, actrices (surtout Sarah Bernhardt) y étaient à l'honneur. Moi j'ai toujours bien aimé la gueule de Courbet :
(détail)
Il semble pleurer, et des larmes l'environner ... gouttes de pluie ... il y en eut peu, mais quelques-unes quand même.
Connues aussi, les photos de vedettes de la chanson faites par Jean-Marie Périer :
Le déjeuner avait un peu traîné, aussi joyeux qu'arrosé, et c'est toute affolée que mon assistante est venue nous chercher pour faire la photo. L'odeur du poisson commençait à envahir le studio. Jacques a apporté une distance, une ironie et un humour nouveau dont il avait le tact d'être la première victime. (1970)
Elle travaillait dur Sheilita [sic]. Et elle a tenu bon malgré les sales rumeurs et les coups bas en tout genre des journaux à scandale. Heureusement, elle était dotée d'un sens de l'humour qui l'a sauvée. Je pouvais lui proposer les idées les plus farfelues, elle était toujours d'accord, pourvu que l'on rigole. (1965)
- Comment i s'appelait, lui, déjà ?
- Attends ... ayè ... Monty !
Je ne saurais vous raconter ni montrer tout ce que je vis (peut-être reviendrai-je sur un sujet ou un autre) : des reportages sur le malheur dû au climat, les difficultés des jeunes agriculteurs, l'importance de la végétation. Il y a aussi ce merveilleux projet finalisé par plusieurs collèges chapeautés chacun par un pro et développant des idées intéressantes autour de la mémoire (gens, objets). Nous avons par ailleurs découvert il y a un moment (c'était à Arles) ce superbe Anonymus project (en anglais parce que l'instigateur est britannique) : un fonds accumulé à partir de photos de famille sans référence la plupart du temps, et qui d'une expo à l'autre, illustre un sujet : des images de famille où l'on pourrait, qui sait ? reconnaître des gens qu'on a connus -pourquoi pas ?- , puisqu'elles sont issues du passé de quidams comme vous et moi.
C'est touchant de se dire que ces photos (anciennes) font revivre des personnes qui sans doute ont été oubliées : une jolidée.
Cette année, j'ai eu un coup de cœur pour un photographe qui, prof de philo, ne faisait a priori rien pour être mis en lumière (raté !), amateur qu'il était dans son coin, Pierre Le Gall :
... et tant et tant d'autres images, de lui, d'autres, que peut-être j'utiliserai à l'avenir en parallèle de mes mots, si l'occasion s'en présente ...
... mais nous quittons cette ville, changeons de lumière et de paysage, et nous envolons, façon de parler, vers Perros-Guirec.
Autres lieux, autres sentiments ... Il y avait, déjà, eu SON anniversaire que nous avions failli passer aux urgences : au petit dèj IL avait sauté de sa chaise comme un diable sort de sa boîte, un doigt bien entamé à la place du croûton de pain, sang qui gicle et gicle encore ! -jamais vu un rouge aussi éclatant de couleur-, plus de peur que de mal, même si ça devait pulser sévère dans son majeur qu'on avait comprimé et emmitouflé en poupée géante ! Et puis moi, qui recommence à me sentir mal en voiture comme quand j'étais enfant ... et puis non, même à terre ... moi la gourmande, l'énergique, je me suis retrouvée patraque, nauséeuse, avec des coups de mou et même (ceci induisant cela ?) des larmes de blues et des questionnements : qu'est-ce qui ne passait pas d'alimentaire ou d'abstrait, quelle vague me traversait ? ... finirai-je complètement hypocondriaque (un mal inexpliqué et j'imagine le pire)? dépressive (plus je vieillis, plus je me sens angoissée) ? les deux ? ... bon, cela passait puis revenait pour, enfin !, partir tout à fait, grâce à SA présente présence et la beauté des lieux, le bon air qui nous entouraient.
... les nuages sont passés et mon ciel s'est éclairé ...
Pour qui aime la mer et les rochers la Bretagne semble idéale. Nous avons suivi le sentier des douaniers en ne pensant à rien d'autre qu'à la Nature et ses bontés (en plus de ses beautés). Parce qu'il y avait le soleil qui nous accompagnait, aussi, sans doute. Peut-être aussi grâce au calme, au silence, aux sourires bienveillants, à la lenteur. Au fait que les parenthèses allègent parfois un texte.
Peut-être aussi que le joli granit rose de la côte colore un peu les pensées en les adoucissant.
Comme d'hab, le retour dans la grande ville bruyante et impure a été un sas un peu difficile à traverser et il faut chaque fois passer le pont ... J'ai mille images dans la tête et mille moments gris, bleus, et roses dans le cœur. Un orange magiquistral, aussi, celui qui initie cette page, du soleil se levant sur le port ensommeillé de Perros-Guirec.