La chute des corps
Ayè ! L'eau en gouttes désordonnées choit à nouveau sur la ville. La neige a fondu et le bonhomme de neige de l'immeuble fait sans doute la moue (et baisse un peu la bajoue) à l'idée de sa mort à venir, affaissé à jamais sur le sol qui aura perdu toute blancheur.
Hier ! Hier cette joie de marcher dans la neige épaisse qui crisse sous les pas : son infime dans un silence ouaté ! Et l'étonnement heureux de voir des gamins jouer dehors ! Longtemps que je n'avais pas constaté la chose ... plus deux bonhommes en quelque cent mètres : du nanan pour mes souvenirs d'enfant !
Il pleut. Il fait noir. Lumières mouvantes des voitures en contrebas. Vie urbaine quotidienne hivernale banale.
Nous avons inventé les mots pour échapper à la loi de la pesanteur, pour retarder l'instant fatal de la chute. (Pontalis)