Sans titre

Publié le par Nikole

Trajectoires

 

Sans titre

 

Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou, écrivit Camus. "Vous avez quatre heures, aurait-on envie d'ajouter" ! Voire ...       

Un ami virtuel écrivait il y a peu : Ce début d'année nous prouve que les Hommes n'ont rien compris... Enfin quand je dis les Hommes... Ils n'ont rien d'humain... Je préfère profiter de la vie avant que la grande impulsion ne raye l'humanité de la carte du monde...

Profiter de la vie, oui. Rien que l'avoir -encore- certes est un privilège. Mais avec ce fond permanent de lendemains qui ne chanteront pas pour grand monde, si le monde existe encore (oui, R., nous sommes bien d'accord) les dysfonctionnements, les déceptions, les lassitudes quotidiens nous usent encore plus, nous rendent poreux, plus encore, à la tristesse. Et si on a dépassé un certain âge, j'vous raconte même pas la cata.

 

Chauds froids

 

Discussion dans le train avec une autre passagère sur les incivilités ordinaires dans les transports (je ne sais pas comment c'est dans les autres grandes villes, mais dans la capitale c'est parfois pénible parce que ça revient sans cesse). Un jeune Noir, comme tant d'autres personnes, parlait -fort- au téléphone comme s'il était seul, étalant sa vie privée. Elle levait les yeux au ciel. Curieusement, j'étais, moi, moins énervée que d'hab par ce manque de politesse, dans un de ces jours où l'on se foutrait un peu de tout, parce qu'on en a marre, qu'on est vidé, qu'on est à côté de nous-même (d'ailleurs maintenant quand je supporte pas, je change de rame...) Elle ponctua d'un "Je lui dirais bien, mais la réaction !" Je lui assurai qu'en l'occurrence si ça dégénérait je me mêlerais à la bataille ... Elle me raconta alors qu'elle était excédée par les conditions de ses quatre heures de transport quotidiennes, qu'elle réagissait souvent, toute seule, qu'elle avait assisté une fois à un déshabillage en règle d'un jeune, à même le quai de métro, par une bande, qu'elle était intervenue, s'était fait insulter (après un "de quoi j'me mêle"!!!!), que les passants passaient, qu'elle avait couru prévenir les flics, dégoûtée de la vie actuelle. Pendant notre conversation le récit d'à côté avait pris fin et le calme était revenu. Scène ordinaire de la vie ordinaire.

J'ai eu envie d'être égoïste alors, encore plus qu'avant, et de ne plus rien savoir de rien, de mettre ma tête encore plus profondément dans le sable (quelle image horrible, au propre comme au figuré) et de ne réagir que s'il se passe quelque chose, là, à côté de moi, pask'i faut pas déconner non plus, je ne suis pas un monstre et quoi qu'on pourrait croire, j'aime aider mon prochain et ma prochaine, quand ils sont dans la mouise.

 

Chauds froids

Quelques jours auparavant, j'avais, une fois de plus, élagué un peu chez moi, trié des vieux papiers, et ce ticket était tombée d'un vrac de vieilleries dans une boîte. J'ai souri, l'ai posé sur la table et revu cette journée-là qui reste dans mon cœur une succession d'heures -Tautou, restau de la rue, lumières de ville, quartier, tendresses, balade, douceur de silences et gaieté de regards, rires- ... délicates, une de ces pépites qui font la vraie vie aimée, celle que chacun(e) devrait connaître dans sa sérénité humaine. Plaisirs rares. Grâces. Moments qui tombent sur nous et nous régénèrent. Nous calment. De ceux qu'on aurait devant la beauté de l'océan, du ciel. Autrement.

 

Sans titre

 

Photos : L'œil du Krop ; illustration sonore : All the madmen, David Bowie (live du 26 avril 2016 à Los Angeles).

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
E
bon, on sait toujours pas ce qu'il en pense Mr Cam (à part qu'il n'a pas aimé mon intervention). Ce jour-là dans l'ascenseur, cette personne poussant ses merveilleux jumeaux a failli bousculé mon mari qui était presque aveugle... Mais, bon, c'est pas grave, c'est juste une incivilité parmi tant d'autres...<br /> Pour répondre à Michel, je dois reconnaître qu'on me propose parfois une place dans le bus, mais c'est comme pour les crèmes anti-rides, ça ne me flatte pas tellement, vu que je ne suis pas encore dans le 4ème âge. Mais c'est vrai, tout n'est pas perdu !... <br /> Pardon à Nikole pour ne pas toujours réprimer mes com politiquement incorrects... Si je com ici, c'est parce que je l'aime bien, et que je sais qu'on peut dire autre chose chez elle que "c'est merveilleux" ou "bonne journée Nicole".... sinon, passer sans rien dire, je sais faire aussi, pour peu que je me force un peu... 
Répondre
L
Oh que OUI... Les incivilités (ou mauvaise éducation) sont courantes dans les transports parisiens !... je piaffe devant bien des situations également. Néanmoins, il arrive encore qu'un jeune homme me propose sa place assise, parfois je refuse avec un remerciement car le trajet est court, d'autre fois j'accepte et je me dis que tout n'est pas perdu...<br /> Michel
Répondre
T
Camus si juste. Bon week-end, Nikole.
Répondre
I
Le père des enfants était peut-être en train d'agoniser dans le dit hôpital...
Répondre
E
...Je te raconte : une jeune femme (blanche) entre dans l'ascenseur de l'hôpital, en poussant devant elle une poussette de jumeaux qui dormaient ("qui dormaient" est un détail important car les bébés étaient en position allongée dans la poussette... et l'engin occupait donc la place de quatre personnes en longueur -y compris la mère-). Cette merdeuse n'a dit ni bonjour, ni au-revoir, ni pardon, et n'a même pas fait un sourire d'excuse... Tu penses : elle poussait devant elle "le saint sacrement" !... <br /> ça, ça me gonfle plus que les conversations bruyantes, parce que les conversations bruyantes arrivent au moins à me distraire...<br /> Oui, y'en a marre de ces gens qui ne tiennent pas compte des autres, et se prennent pour le nombril de l'univers...<br /> Camus, je l'adore, et je constate qu'il est toujours en plein dans l'actualité : ses paroles et ses écrits sont ceux d'un visionnaire. Il me manque beaucoup, beaucoup, beaucoup...
Répondre
S
ce récit du quotidien dans les transports parisiens...comme il est juste! parfois je préfère tout faire à pied, descendre de la rame et terminer à pied car j'ai la nausée
Répondre
L
Le quotidien dans les transports : vaste sujet pour chacun des usagers qui se plaignent de plus en plus des incivilités. Tant que les "vieux" que nous sommes n'en font pas autant... Au fond, il faut savoir s'isoler dans sa tête pour ne pas subir ces "agressions", ces incongruités répétées.
Répondre
C
faut-il désespérer à en être lâche ? Faut-il espérer des hommes jusqu'à en devenir fou ? <br /> ton histoire le dit bien qui d'une "anecdote" de vie nous engouffre avec toi dans cette rame du transport en commun, où nous devenons spectateurs, acteurs, de situations bien précises qui nous révèlent à nous mêmes ce que nous sommes ... lâches ou fous ?<br /> amitié .
Répondre
T
La citation de Camus va droit au but, comme la ligne dans le ciel. Le sens se découpe au coupe papier et on en fait quoi ? Ce que l'on voudra.
Répondre
M
Bonjour, essentielle Nikole.Il va de soi que je me suis identifié à la plaignante.Superbe article et jolies photos ! Bravo !
Répondre