Une journée inattendue

Publié le par Nikole

 

       Avant de partir, IL a mangé sur le pouce un bout de pain, de jambon, de fromage. IL s’en allait bien avant l’heure prévue. Un peu plus tôt, au matin, IL avait eu de mauvaises nouvelles de sa mère, vieille, abîmée -une survivante- sortie de l’ehpad et re-envoyée aux urgences avec une pneumopathie ajoutée à ses problèmes de cœur et d’oxygène. Plus tard, l’hosto a « conseillé » aux enfants de venir : on sait -en principe- ce que ça signifie, d’autant que je l’ai vécu les deux fois. Je LUI ai bêtement conseillé de ne pas se perdre trop dans ses pensées, étant bien sûr préoccupé et triste, en en oubliant la route.
 

    Sur le large trottoir du pont, je me suis fait traiter d’abrutie parce que je ne daignais pas me décaler d’un mètre sur la trajectoire d’un type à vélo. Je l’ai moi traité de connard en gueulant que la piste cyclable était de l’autre côté. Sa seigneurie considérait sans doute que son bon vouloir prévalait sur mon droit de piéton. Ce genre de trucs me fait enrager. Le petit individu était colère parce que je l’ai « forcé » à ralentir sans doute ; pauvre con ! C’est à croire qu’ils se reproduisent entre eux, tant il y en a du même acabit : les grilleurs de feu et les inciviques de tout poil. Et même, même, ils font exprès d’en rajouter. L’autre fois une voiture bloque la rue. Bien sûr personne au volant ; au bureau de tabac ? J’entre à la boulangerie : dehors, c’est un concert de klaxons, et un gamin gueule contre tout ce bruit dehors. Sa mère paie et ils sortent : c’est cette connasse qui est la conductrice. Elle entre dans sa bagnole, et avec beaucoup de lenteur, met ostensiblement au ralenti sa ceinture avant de démarrer tout-doux-je-vous-emmerde. Heureusement que je n’étais pas dans la voiture qui suivait, je crois que je lui défonçais sa gueule de conne : oui, je sais, je suis grossière quand je vois rouge. Et je ne vous raconte même pas la même histoire du mec qui nous a un jour bloqué la sortie d'un parking de particulier en ne se hâtant surtout pas de redémarrer, voire se baladant un tantinet autour de sa caisse, nous toisant si-je-peux-vous-faire-chier-c'est-ce-que-je-sais-et-aime-faire-dans-la-vie. C’est LUI qui m’a retenue d’aller à la castagne, m’assurant -et il avait raison- que ça se retournerait contre nous, en ajoutant qu’on aurait ptêt l'idée en plus de nous traiter de racistes : le type était noir. C’est comme ça tous les jours, pour tout. Et la colère ne fait du mal qu’à nous.
    Après, on s’étonne que je préfère rester chez moi plutôt que de croiser des entorchonnées, des impoli(e)s et des irresponsables qui sentent le cannabis (enfin, paraît, parce que moi mon odorat est faible). Que des gens sans éducation, des gens que je considère comme nocifs ou nuisibles au bon état d'une société digne de ce nom. On en finirait même par remercier les gens qui ont de l’éducation et qui disent bonjour, au revoir, merci, voire qui jettent bien leur mégot dans la poubelle, et pas à côté. Pour n'évoquer que des détails !

 

        Blottie chez moi avec la lumière du dehors comme une gangue, j'ai admiré par la fenêtre les verts et les ocres du lierre qui habite le rebord de ma terrasse. Je ne sais pas si c'est naturel, si cette tonalité pain brûlé, c'est mauvais signe, je n'y connais toujours pas grand-chose en végétaux mais j'ai trouvée belle cette bordure illuminée. Présente. Si calme.

    IL est arrivé à l'hosto pour apprendre que sa mère était repartie en gériatrie, ALLANT MIEUX ! Certaines personnes sont incroyables tant est immense leur résistance, leur force de vie ! Je suis admirative de ce que j'appelle des surhumain(e)s -ou presque- (à l'instar du frère d'une amie qui pense depuis des années monter le voir, de Nice à Châlons, pour la dernière fois, et dont on pourrait croire, même s'il est en mauvais état, qu'il est immortel) et qui continuent, même par à-coups, de se relever après chaque chute, et d'avoir une machine qui continue de tourner, même grippée dans ses rouages. Elle a mangé, parlé, regardé des photos, me dit-IL, étonné, la voix plus guillerette qu'à son départ ! J'entends son émotion, son sourire. Et je me réjouis que cette fin de journée soit plus douce et gaie que prévue ! 

Haut les cœurs !

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B
Ha, le civisme, faudrait des cours de rattrapage pour beaucoup, la règle actuelle étant "moi d'abord", c'est vrai qu'on aurait tendance à les remettre dans le droit chemin à coup de batte de baseball ! ... <br /> Merci pour ce billet, même un peu intime sur ma vie familiale.<br /> Merci à Patrick également.<br /> La "survivor" va, selon les jours plus ou moins bien, aujourd'hui dimanche ce n'est pas la grande forme (euphémisme) , mais elle est entre de bonnes mains, touchons du bois ...<br /> <br /> Bon dimanche grisaille.<br /> Bisous.
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N
Merci de ne pas m'en vouloir pour cette immersion dans ta vie personnelle mais je n'avais que ça en tête et il fallait que je l'écrive.<br /> Le principal pour elle est de ne pas souffrir, et d'être consciente ; pour vous les enfants, de "faire avec" le plus sereinement possible, sans s'empêcher de vivre votre propre vie.<br /> Oui, le ciel est gris, mais ici le vent violent a laissé sa place au calme.<br /> Baisers.
A
La mort : elle est venue me frôler par deux fois, quand j'étais dans la fleur de l'âge, et quand j'étais dans ma maturité florissante. Quand elle a vu ma tête, elle s'est enfuie en disant : celui-là j'en veux vraiment pas pour l'instant !<br /> Entre-temps j'ai vu des gens mourir, dont une personne dans mes bras, et finalement c’était très paisible.<br /> En fait, c'est parce qu'on ne veut plus côtoyer la mort, qu'elle ne nous est plus familière, alors on se méfie de plus en plus d'elle. C'est exactement pareil avec les étrangers ! Méfiance, méfiance ! Allez-vous faire pendre ailleurs !<br /> N'empêche il faudra bien se blottir dans ses bras un jour pour savoir s'il y a quelque chose ailleurs ou absolument rien !
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N
Tu parviens à faire de l'humour et à prendre de la distance, souvent : j'apprécie.<br /> Mon père est mort dans mes bras ; je regrette que ma mère ne m'ait pas attendue quelques heures pour que je puisse être là en ses derniers moments : c'est pour moi une sorte de culpabilité que j'éprouve encore aujourd'hui.<br /> J'aimerais tant qu'il y ait quelque chose ; j'aimerais tant ne pas en douter.<br /> Merci.
P
Même en retournant le problème dans tous les sens, dans toute son essence , la multiplication de ces incivilités , n'ont d'autres causes qu'une éducation & autorité parentale souvent lacunaires, et d'une autorité "de la République " devenue inexistante. Entre " oh c'est pas grave , on l'a tous fait", ou le célèbre " c'est rien, il y en a qui font bien pire ailleurs ", c'est un constat , une explication , vraie ou vaseuse , qui devient l'Excuse et l'absolution . Les vélos et les trottinettes (qu'est-ce qu'on ferait pas pour garder son âme d'enfant ? " agissent vis à vis des piétons tout comme ils estimaient être les victimes des voitures...l'Enfant maltraité ou battu qui bat ses gosses .N'empêche que leur péter les dents me traverse aussi l'esprit moi aussi. Mais je ne fait pas . Dolto n'avait pas encore sévi et essaimé son poison quand j'étais gamin.<br /> Bien content que la maman de JL soit rentrée , rassurée et rassurant son Monde ...
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N
Nous sommes d'accord sur la source de ces maux. Et sur leurs conséquences en cascade !<br /> J'aimerais ne pas m'énerver comme je le fais mais dans ces colères, j'ai bien trop de mal à me contrôler pour au moins, et je vous prie de m'en excuser, passant(e)s ! me laisser aller à dire des mots grossiers !<br /> Merci.
G
Hélas, nous sommes tous le con de quelqu’un à un moment donné, mais nous avons une tragique envie de faire disparaître le connard qui nous traite de con 😉 Quant aux surhumains, ils ne le restent qu’un temps, trop long parfois, peut-être…
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N
Certes ! ... ;-D<br /> Les surhumain(e)s le restent tant qu'ils supportent de vivre, peut-être : on peut le voir comme ça.
T
dans la mort on peut parfois voir une délivrance, surtout lorsqu'on devient dépendant !<br /> Mais là, une confirmation du : on ne connait ni le jour, ni l' heure !<br /> Et entre les lignes je trouve qu' une fois de plus on constate que la souffrance est pour ceux qui restent !<br /> Il fut un temps où existait le respect de soi et des autres, mais depuis pas mal d' années, la situation se dégrade, on ne respecte même plus les enseignants et les FDO !<br /> Remarque que même le président ne respecte pas les français !<br /> il faut se caparaçonner pour accepter la nouvelle réalité chaotique !<br /> Et il faut aussi, se ménager un espace acceptable, en se faisant plaisir !<br /> Passe une bonne soirée<br /> Amitié
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N
Heureusement qu'on ne connaît pas l'heure de notre mort !<br /> Oui, ceux qui sont en face de la maladie et la mort de leurs proches, on peut les plaindre. Même s'il faut bien revenir à sa propre vie et se réjouir qu'elle soit toujours là. Il faut du temps pour combattre la douleur de l'absence. Et nous voilà tous à parler de la mort, alors qu'une fois encore la vie a triomphé.<br /> Je n'en rajouterai pas sur le respect etc. <br /> Et ... oui, se faire plaisir ... dans son espace ... et dans sa tête.<br /> Bonne après-midi.<br /> Amitié.
M
Ce n'était sans doute pas son souhait à cette dame de partir....pour toujours.<br /> Je te rejoins en disant qu'il y en a assez de tous ces gens qui ne font que de nous enquiquiner la vie et pourtant, je repense à ma réaction pas plus tard que cette après-midi. Entrant dans un grand magasin, je tenais la porte à un couple d'ados pour ne pas la claquer sous leur nez et voici la jeune fille qui me dit "Merci Madame"!<br /> J'étais stupéfaite par ces gentils mots que j'ai failli lui dire qu'elle était bien polie...mais si, ça arrive encore ...des jeunes bien éduqués!<br /> Bises du soir<br /> Mireille du sablon
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N
Elle est d'une résistance inouïe, du haut de ses quarante kilos toute mouillée, ses plus de 90 ans, ses stents, plusieurs comas, et d'autres choses que je ne me rappelle même plus. Sans doute, oui, tient-elle à la vie !
B
Certains se laisse mourir ou appelle la mort, d'autres se battent même diminués pour voir le lendemain.J'ai vécu les deux situations avec des proches. Le débat sur la fin de vie s'alimente de ces exemples<br /> Bonne fin de semaine
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N
Merci pour ces remarques. Et pour la fidélité ici (pardon mais je ne sais ou ai oublié d'où viennent nos échanges).