Fiction
De ce film, "La marge", de Walerian Borowczyk, elle ne se rappelait qu'une séquence, et encore, de manière succincte, comme voilée. Un homme est parti en voyage et lui arrive une lettre, de chez lui, qu'il ouvre à peine, s'arrêtant à cette lecture du mot "mort". Il referme vite le message macabre et peut-être même arrache-t-il le papier, le jette-t-il, comme si ce qu'on ne pouvait pas lire n'existait pas, ou plus. Il oublie. Il s'enfonce dans le déni, et ne rentrera plus chez lui, refusant une réalité insupportable.
Ce sont ses souvenirs, peut-être pas la réalité du film. Le cerveau et le cœur sont des organes si étranges. Presque autant que la vie. Peut-être même reconstruit-elle l'intrigue à l'aune de ses propres sensations, des douleurs de cet être qu'elle aime et qui souffre, perdue, abandonnée à la tristesse et tournant indéfiniment comme un hamster dans sa cage sans trouver la sortie, ce qu'elle ne supporte pas. Peut-être, sans doute, se sent-elle coupable de cette souffrance-là, parce que même en raisonnant elle ne parvient pas, elle, à se libérer de cette machine infernale : la culpabilité, dans un pays habité par de nombreuses mères.
Elle pensait que l'amour suffisait à sauver les êtres. Elle s'aperçoit avec rage et désespoir que même ce sentiment immense ne parvient pas (pas toujours ? elle s'accroche à cette interrogation qui garde en soi une once d'espoir) à sauver, au moins à aider, nos enfants.