La reconnaissance
Grâces soient rendues au corps. Au foie. Je pense très souvent à cet organe. Bon, ok, il finit par lâcher trop tôt chez certain(e)s, et on se demande comment il peut tenir si longtemps chez d’autres (la gent droguée des premières heures, les surmédicamenté(e)s du sida et qui s’en sont sorti(e)s …) mais quand je pense à tout ce qu’on lui fait subir, si longtemps (Un toubib un jour : Vous avez le foie un peu gras, bah, comme tout le monde !) Même à petites (voire !) doses journalières, faut quand même qu’il encaisse, notre brave transporteur, stockeur, épurateur et j’en passe, tout ce qu’on lui fournit à faire comme boulot ! Surtout quand on a la chance d’atteindre un âge canonique ! Combien de boîtes d’anti-migraineux, de statines, de lévothyrox, de doliprane ai-je donc ingurgitées à ce jour ? Sans compter toutes les horreurs disparues de la circulation parce que découvertes mortifères (le gynergène caféiné) ? Et prises, peut-être, plus jeune, de façon un peu légère (les coupe-faim, les faux sucres cancérigènes, les perturbateurs endocriniens -sans le savoir- …) Quand j'avais trente ans (et quelques brouettées après), les médicaments me semblaient presque magiques. Certes, ils le sont aussi, et sauvent (sainte cortisone, saints antibiotiques -et autres- qui m'ont épargné tant de désagréments, je vous glorifie !) Aujourd’hui, j’en prends le moins possible sans pouvoir passer outre, je jongle, je louvoie, je résiste, je me soumets, alternativement et le plus raisonnablement possible. Tenter de les lister me donnerait presque le vertige ! Alors chapeau bas le foie ! Et le corps. Tout entier. Merci !
La vie est floue en vérité je vous le dis. Incertaine. Fluctuante. Porteuse de surprises obscures ou lumineuses. La vieillesse et son fardeau d’usure est parfois lourde et quelquefois enrageante, difficilement, par instants, supportable avec détachement, mais si légère et profonde -fermer la main sur ce doux sable doré et chaud qui régénère l'espoir, celui de l'instant- la découverte des petits et grands bonheurs, simples, encore susceptibles, capables de l’émailler. Même si c’est en phrases négatives. En creux. Ah, aujourd’hui je n’ai pas mal ! Et positives. Ah, il fait beau ! Comme j’aime ton sourire ! Quelle belle soirée nous avons vécue ensemble ! … Puisse-t-on tenir longtemps ainsi ! Allez, encore un peu, encore. Encore ! (chanson)