Relativiser
Une fois de plus, mon g'nou m'a réveillée en me gênant de façon un peu insistante. Je commence à avoir l'habitude mais là il était très très tôt : même pas cinq heures du mat' ! tu galèjes, rotule de mes deux ... euh nan, en fait ce n'est qu'à gauche que ça fait mal (c'est vrai qu'en général, en ce moment, la gôche -la pseudo- fait pas mal mal, pfff !!) Kantesse que les anti-inflammatoires vont réduire pour de bon la matutinée de ces réveils-là, tss ! tss !
La toubibe, au vu de mes résultats, a fait la grimace :
- Ce n'est pas tant la fissure du ménisque qui est inquiétante, mais l'état avancé de votre arthrose. Préparez-vous d'ici quelques années à une prothèse du genou !
Et allez donc, elle me dit ça tout à trac, ajoutant, histoire de bien pourrir l'ambiance, qu'on attendra le plus possible, parce que ladite prothèse durant de dix à vingt ans, il faudrait pouvoir la garder sans avoir besoin de la changer.
- Vous voulez dire jusqu'à ma mort ?
- C'est ça !
Curieusement, je me mets à rigoler, peut-être par un réflexe reptilien (c'est comme ça qu'on dit ?) de défense. Ça me fait bizarre de parler de ma mort prévisionnelle en termes si réels et comment dire, pratiques.
Bon ... je suis à l'âge où il faut admettre. J'admets.
Mais pour l'heure, je suis avec ma patte qui pulse un peu -faudra au bas mot une à deux heures pour que ça se calme naturellement, une fois que j'aurai vaqué, bougé- et je constate qu'à cette heure non avancée la vie s'exprime déjà - certes encore peu, mais quand même- sous ma fenêtre.
Les isolés du trottoir ou de la route aiguisent ma curiosité : une fois de plus, j'aimerais savoir ce que font, où vont et où courgent et dans quelles étagèrent ces personnes : cet homme lambda sur le trottoir qui avance dans le froid, ce travailleur invisible au volant d'une camionnette.
C'est quand même mal foutu ce truc : quand tu travailles, jeune encore, tu voudrais pouvoir faire la grasse mat', et quand enfin, retraitée, tu es libre de tes heures, il faut que ta carcasse dégénérescente te serve de réveille-matin. Certes, du coup, tu as beaucoup de temps -encore plus- devant toi, ce qui n'est pas pour te déplaire, mais t'as quand même envie de râler, même si tu sais que tu pourras toujours te faire une sieste post-prandiale, micro ou pas, devant un replay de "New York Unité spéciale", et que tout ça, en somme, n'est pas très grave, au fond ... certes, mais en surface, hmmm !