Diversion
L'idée : Au début des années 2000, je tombais souvent, dans le métro, sur le journal gratuit : "20 minutes". Y étaient inscrits, régulièrement, des faits divers ; je pris alors l'habitude, de temps en temps, d'écrire une courte fiction en rapport. Je viens de tomber sur un de ces textes. Que je vous livre. Les autres ? Perdus, ou égarés, comme tant de papiers ou de souvenirs de ma vie : j'espère les retrouver un jour.
L'article : "Un maton agressé par un détenu" : Hier, en fin d'après-midi, un détenu de la maison centrale de Poissy a assené plusieurs coups au visage et tenté d'étrangler un surveillant. Selon la CGT, le détenu était atteint de troubles psychiatriques : le syndicat déplore la présence de ce type de détenus dans la prison. (paru le 6 septembre 2000)
Ma dérivation extrapolée (sans titre):
Les seuls sons humains étaient de haine ou de douleur. Ils éclataient à intervalles réguliers, au milieu d'un monde rituel de bruits métalliques : clefs qu'on tourne, tirettes qu'on glisse, chariots qu'on traîne.
Au quartier des femmes peut-être, le bruit moelleux d'enfants en bas-âge, parfois, colle un peu de couleur sur les vies délavées. Ici, rien de la vie que l'organique et ses besoins, soulagés à peine.
Je ne veux pas devenir fou et jamais je ne sortirai poignarder une autre fois ton visage. Mon passage sur ta joue, long baiser tranchant et vif comme je t'aime, t'habite à jamais. Pourquoi ne me parles-tu pas, pourquoi toutes les nuits en rêve tu craches et tu pleures et tu caches ton rire derrière ta main bleue ? Tu me fais tant de mal. Ton front est si clair. Tes yeux si pâles. Mon âme, mon âme douce, corps léger on dirait un fantôme et mes poignets sont si rouges. Si flous. Si ... invisibles.