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AVEC LES TRIPES (2)

Publié le par Nikole

C    comme    C H A I R   I N F é R I E U R E

Il y a quelque temps, je suis allée voir un film, Les femmes du bus 678, qui se passe en Egypte, tristement en rapport avec l'actualité, j'allais dire de l'Inde, mais non, avec l'actualité de BIEN TROP DE PAYS.
J'habite en France et je n'ai plus l'âge ni le physique des nanas qu'on emmerde dans la rue ou ailleurs ; je me trimballe un vieux portable éculé, je ne montre aucun signe de richesse et pour cause, je vis sans cesse à découvert  : je n'ai pas peur pour moi dans le métro ni ailleurs, même si je reste méfiante. Bref, je ne risque pas grand-chose, a priori bien sûr, pour ma peau. Et même, même, je me sens ridicule d'évoquer ça, tant notre situation me semble enviable et le danger infinitésimal face à ceux d'ailleurs. Partout dans le monde, des femmes sont considérées, au mieux, comme des objets soumis au pouvoir et au "plaisir", au pire comme des cibles vivantes. On les viole, on les torture, on les excise, on les tue. Et je ne sais pas ce qu'on peut faire. A Cindad Juarez, une des villes les plus dangereuses du monde, à la frontière du Mexique, un nombre invraisemblable de petites filles, de femmes sont enlevées dans la rue et on ne les revoit jamais. Certaines se rebellent, fondent de pauvres minuscules associations de défense sans moyens. Et ce qui me scie, c'est que dans les familles, certaines femmes pardonnent, parce que, disent-elles, c'est moins douloureux de vivre avec l'idée du pardon que celle de la haine. J'ai une admiration énorme pour elles. J'ai une admiration énorme pour les femmes de bonne volonté. Pour les hommes aussi. Ils existent. Mais où sont-ils ?
Mais que peut-on faire, là, tout de suite, concrètement ? Le sentiment d'impuissance est si grand qu'il plombe. Moi, il me fige. Un  auteur célèbre écrivait dans un ancien best-seller : "Heureux les innocents, les simples d'esprit, car le royaume de Dieu leur appartient". Ne se rendre compte de rien, ne rien savoir ; d'ailleurs n'est-ce pas ce qu'on fait ? Je n'ai pas la radio, mais la télé parle surtout du futile, des problèmes mis en scène et des "célébrités" dont on n'a que foutre. Le rêve, il devrait être ailleurs, non ? Je vais faire ça, tiens, je vais zapper MÊME quand on me parlera de choses qui me touchent, et je resterai ignorante de tout, sans compassion, sans état d'âme, dans l'air du temps. Ce temps où trop de gens trouvent normal que l'argent soit plus important que l'être humain. Et où le pouvoir est synonyme de corruption.
Bien sûr, mon chagrin d'aujourd'hui ne sera que transitoire. On ne peut vivre la vie des autres, et s'occuper de la sienne est, j'allais dire, vital. Et à défaut de faire du bien, on peut tenter de ne pas faire de mal près de soi. Mais là tout de suite, quand même, je voudrais que le mot féminicide n'ait pas besoin d'être inventé.

 


A girl called Eddy, Girls can really tear you up

 

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Photos © L'oeil du Krop

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