AVEC LA PLUME (19)
Marquages
La première tâche, le lundi matin, consistait, comme le font tous les ouvriers, à préparer nos outils.
À peine touché le petit bouchon caoutchouté des encriers en faïence, nos ongles se liseraient de violet.
Militairement, de la rangée du certificat d’études à celles du cours moyen, le maître, blouse grise, distribuait, recueilli, le sureau, lèvre pendante et attentive, d’une bouteille sombre à bec verseur, dans les petits réceptacles blancs que les pupitres emboîtaient.
En lutte constante avec mon porte-plume, je perdais de longs moments et de piètres bagarres contre les fuites, les gouttes, les filures et les « pâtés » mauves éclaboussant mes mots, qui se dérobaient.
Mon acharnement n’y faisait rien ; immuablement, le maître jetait devant moi, méprisant, le cahier du jour à couverture bleue. Autour des cernes de mon écriture déteinte, tracées par le doigt divin du maître, s’étalaient de grandes auréoles rouges où éclatait, comme une malédiction définitive, le mot : SALE.
©ahier : Le Krop
