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AVEC LE TEMPS (27)

Publié le par Nikole

Souvenirs*

 

AVEC LE TEMPS (27)AVEC LE TEMPS (27)

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                            © L'oeil du Krop

*de quand j'étais plus jeune

 

Je suis ancrée dans le passé, dans mon passé ; je suis ainsi, c'est comme ça. Il m'habite, il me nourrit. Ce n'est pas de la nostalgie, c'est de la reconnaissance. Pour tout ce qui a été, qui m'a faite, et qui n'est plus. Pour tous les coeurs qui ont battu près de moi. Les têtes qui ont partagé avec moi. Les visages qui ont souri quand ils me parlaient. Et aussi, peut-être, pour ces moments, si présents, où je me demandais comment ce serait, après, plus tard. Des années plus tard. Ce double regard, avant, maintenant, m'a toujours causé une sensation étrange et importante. Comme si je me dédoublais sans folie. Que je comptais les écarts. Que je mesurais ma vie en somme. Et à travers cet outil dont on se sert aujourd'hui, cette Toile tentaculaire, opaque, ubique, nous offrant des petits bouts de chemins de vie des uns et des autres, je glane parfois des morceaux de mon passé. Ça me prend certains soirs, certaines nuits. Je tape les noms de tant de gens que j'ai cotoyés ... Je retrouve ici et là d'anciens visages d'enfants que je reconnais à travers leurs rides et leurs regards fatigués. Je suis attendrie, étonnée de les revoir. J'en cherche parfois d'autres en vain, il y en a qui passent à travers les mailles du filet. Il y en a qui veulent, qui savent rester invisibles. Enfin, certains, on n'est pas très sur que ce sont vraiment eux. Les infos sont minimes pour un nom qui n'est pas si rare ; la région a changé, alors comment savoir. Après d'autres, j'ai inscrit son nom, comme je l'avais déjà fait. Me disant que c'est mouvant. Glanures. Et puis je suis tombée sur ça. Là, il n'y avait plus de doute. D'autres lieux, d'autres noms étaient cités. Et tout se recoupait. J'ai eu un choc. J'ai revu un instant nos courtes discussions habituelles dans le train qui nous emmenait travailler dans la même ville. Comme c'est loin et comme ça fait longtemps. Je t'ai revu, lisant beaucoup, dans ce même train, avant qu'on parle de ce qui se lisait, de ce qui s'écrivait. Je t'avais retrouvé sur la Toile, et tu y étais épinglé dans un récent avis de décès.
Michel Drosne, que l'éternité te soit douce.

Publié dans Michel Drosne

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