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À l'œuvre

Publié le par Nikole

 

À l'œuvre

 

    Sous mes fenêtres. Quelques bonshommes orange de la planète bleue s'affairent sur l'autoroute vers l'Est en contrebas. La Ville, avec un grand V, mène, je cite, une étude urbaine, paysagère et de traitement acoustique sur icelui ... mouais ... voire, je ne sache pas avoir jamais vu des bords d'autoroute festifs et silencieux, après quelque essai que ce soit ... on verra ... puissent-ils, dans leur élan, regarder aussi les abords, au sol, emplis de détritus (et les faire ôter), un peu plus loin, à gauche, juste en-dessous de l'installation d'infortune, en hauteur, bâchée, habitée par quelques jeunes et leurs chiens. Les déchets sont balancés régulièrement, et les excréments, aussi, car ma vue est tombée, un jour, en surplomb, sur une paire de fesses en exercice de défécation.
    En fait ces petites fourmis du quotidien pourraient être une allégorie de la civilisation urbaine, insectes s'agitant dans un milieu hostile peuplé d'ordures, de graffitis, de maux, au sens large du terme, qui les recouvrent à nouveau au fur et à mesure qu'ils tentent de nettoyer. Un monde enfermé derrière bien des grilles : celles de la pensée malsaine, de l'absence d'actes utiles. Euh, comment en suis-je arrivée là, à ce triste constat, à partir de ces humains s'agitant d'une façon que je devrais trouver positive. Un effet de la pandémie ? de la cruauté humaine ? de l'âge ? À l'œuvre, moi, je n'y serai plus longtemps : on me jette dehors, pas de six mois supplémentaires, et la quille dans une semaine ; non que je m'en plaigne, il y a bien longtemps que, placardée, mon activité était légère, mais bon, partir à la retraite, c'est enfoncer encore le clou de l'âge ... et d'ailleurs, jamais travail ne me fut plus difficile, aride, anxiogène et profondément usant que la préparation à ne plus travailler, à cause de la paperasserie, et en ligne, que cela demande. De quoi mettre les nerfs à vif, d'autant plus que du coup, je m'y prends au dernier moment. Alors non, je ne me réjouis pas, je me réjouirai quand tout sera correctement enregistré et suivi, et que j'aurai touché ma première pension ... ach, ce mot, aussi, comme je ne l'aime pas ... je préfère dire mon salaire de retraitée. Alors, là, oui, peut-être, si j'ai survécu à la folie ambiante (parfois je me demande quand même si je ne développe pas un chit fond dépressif, non ? vous en pensez quoi ?) ce jour-là j'arborerai le visage triomphant d'une personne sereine, souriante, apaisée, rassurée et ... à jamais rentière !

 

À l'œuvre

 

    Sur mes fenêtres. Quelques plantes-fleurs. Reliefs. Récifs de  verdure un peu oubliés. Ralentissement de l'automne, de mes soins, de mon regard sur elles. Mais paradoxe, les re-découvrir avec plaisir chaque matin. Les rustiques. Les survivantes. Celles qui ne se sont pas desséchées sous les tempêtes ou mollement momifiées, humides, sous les pluies successives. Les feuilles ont pris des couleurs. Transmutation ou mort lente, je l'ignore. Peu importe peut-être, j'y puise le plaisir des chatoiements cuivrés, des glissements ocres sous les traits de la lumière qui, à intervalles répétés, les réchauffe comme le velours d'une précieuse pelisse.
    On change quand même, parfois. Je faisais fi des oiseaux, leur monde m'était trop éloigné, et ils me sont devenus importants. Non seulement je n'avais pas la main verte, en fait elle était noire, sous mes doigts les plantes mouraient, mais les plantes me semblaient un monde autre et bien trop lointain, elles me sont devenues proches, à la fois fragiles et indispensables. Un peu comme les humains. Certains humains. Ceux que j'aime. Ceux qui m'aiment.

 

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