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Cauchemar en cuisine

Publié le par Nikole

 

 

Cauchemar en cuisine

   

Chapitre 1  

    Cauchemar en cuisine, oui, car c'est là que se trouve mon lave-linge, coincé au millimètre près entre le lave-vaisselle et le coin évier. Machine à stress, épreuve épuisante pour les nerfs que ces bestiaux de machines à la mormoil ... 5 ans et demi elle a la machina garantie extension caduque il y a quelques mois, of course, et là, il y a quelques jours, ahhh c'est quoi la flotte qui passe en dessous, ahh, c'est quoi ce voyant ? Le filtre ? Hmmm ... allez et c'est r'parti comme en 14 ! et que je te déplace le lave-vaisselle, et que je tire sur le lave-linge à hue et à dia pour dégager le bout caché bien sûr ousqu'il est le filtre ... ben euh, pas si sale le filtre mais bon je retire le peu de merdouille, je vais le plus loin possible y'a rien qui gêne... le doute m'habite ... moi qui n'y connais rien, je regarde partout où je peux, je déscotche le tuyau ocazou que de ce côté-là aussi y'aurait un truc coincé ! Mais queutchi, que dalle ! Bon, à tout zazard, je remets en route ! Au secours ! Ce coup-ci, c'est le Niagara direct ! J'éponge ...

Entracte

... quelques jours passent ... quand je ne sais pas, il faut demander à l'Homme ... Lui, il est bricoleur, et soit il saura quoi faire soit ... il saura quoi faire ! :-)
J'attends que l'Homme soit de retour ...

 Chapitre 2

    L'Homme est de retour et il ouvre la bête ... il regarde, regarde la bête longuement sous toutes les coutures, trouve que ses viscères sont un peu rouillées mais ne remarque rien d'autre à l'œil nu ... on fait une machine à vide et comme deux statues de sel, on a les yeux fixés sur la bestiole ... le temps est tendu, infini et grinçant comme la courroie qui couine ... on n'a pas pris le programme le plus court et ça n'en finit pas ... Siii, le programme se termine enfin, clac, pas une goutte, c'est sec comme ... (ce que vous voulez ;-) ...) ... allez, programme court avec linge ... ça tourne, ça tourne, il ne se passe rien ... Un coup de fil pro interrompt l'attention  de l'Homme, qui s'exile dans la pièce à côté, près de l'ordi. C'est bien sûr le moment que choisit la machine pour fuir ... je cours lui faire des grands gestes, il revient tout en téléphonant -comme quoi, contrairement à une légende, un homme peut être multi-tâches concomitamment :-) ...- avec le regard rivé là où ça suinte, au milieu du roulement, un chiffon essuyeur à la main. Je le vois faire une grimace que je sens ne présager rien de bon ... Bons, on l'est pour que je sorte les biftons destinés à l'achat d'une machine neuve.
    Il faut vous dire que déjà au départ l'Homme déteste que les machines lui résistent, bien que ce problème-là lui paraisse grave, peut-être rhédibitoire. Il veut donc tenter une réparation. Des tutos Internet affirment et montrent que démonter les pièces du roulement c'est un jeu d'enfant (douter de tout sur le Net, ou multiplier les sources ... à l'instar des crèmes amincissantes sur mannequins maigres, les réparations sont peut-être des exercices sur appareils neufs !). Okayyy, l'Homme va tenter le coup, d'autant que la pièce en elle-même, c'est trois fois rien ... ce qui coûte la peau des fesses, c'est le déplacement d'un pro et la main d'œuvre ... ça atteindrait vite le prix d'une neuve ... et encore faudrait-il que ça re-fonctionne !
Du coup, on cherche une pièce sur le Net, qu'on trouve et commande, et alleluyah, elle arrivera le vendredi dans un point relay proche ... tant mieux, le magasin sera fermé le samedi et l'Homme doit repartir le dimanche.
    Allez, en attendant, on démonte ... euh ... allez, on démonte ... ben non, on démonte pas ... i' sont mignons  sur le Net, mais essaie de démonter une pièce grippée à donf ... l'Homme s'arc-boute, se plie, sue sang et eau, sans que rien ne bouge d'un nano-millimètre ... non, je n'ai pas de dégrippant ... au Casino d'à côté peut-être, allez ! ... l'heure avance, il fait nuit ... le couvre-feu est à 20h, autant dire là tout de suite ... on se hâte et on court au rayon bricolage, heureusement pourvu en toutes sortes de produits rares peut-être utiles mais que personne ne songerait à chercher là ... quant au dégrippant, pas plus présent sur les étals que de beurre en branche ! Arghhhh !  Nos nerfs souffrent. Notre désarroi se fait jour.
Couvre-feu imminent ... Soirée-pause mais inquiète. Nuit.
    Le lendemain, on fonce acheter du dégrippant à la station-service la plus proche. L'Homme arrose copieusement la pièce prisonnière ... qui ne bouge pas mais c'est normal ... fô attendre un peu que le produit agisse ... Un peu plus tard, l'Homme re-tente, mais ça ne bouge toujours pas ... et le tambour mouvant gêne la manœuvre ... alors pendant que l'Homme s'échine sur le bousin d'un côté, je m'échine sur le tambour ouvert de l'autre pour qu'il ne remue pas trop, les mains enchiffonnées, crispées, pesant de toute ma force ... j'en ai marre ... on perd patience ... on insiste ... ça dure ... et d'un coup un grand bruit ... pllonc ! AYÈ !!! la pièce est enfin déboîtée ... et moi je précipite ma main gauche sous l'eau froide pour calmer le pinçon que je viens d'y chopper ...

Cauchemar en cuisine

    Vous vous doutez bien que ce serait trop simple si ça s'arrêtait là ... Nous ne sommes qu'à mi-parcours ! Il faut encore attendre la pièce qui n'arrive pas ... et ouf, qui arrive ... et la monter, cette foutue pièce.

Cauchemar en cuisine

    Et c'est reparti dans l'autre sens : l'Homme monte les pièces neuves, essaie tout au moins ... car ça brinquebale, ça bouge, ça ne rentre pas bien, ça s'emboîte mal. L'Homme est attentif-mais-les-nerfs-en-pelote, concentré, il insiste, s'énerve, se calme, équilibre, bloque ... et après bien des efforts, la nouvelle pièce est installée ! Encore un petit ouf (dans la série des paliers ouf! ouf ! ouf ! ouf !) Essai ... comme deux statues de sel etc. etc. (voir plus haut) on attend et ... oh ... ça le fait moins, mais ... ça fuit !!!! Merde !
    L'Homme, décontenancé, ne pige pas, dans son regard je vois une seconde de désespoir et d'incompréhension totaux ! ... moi je deviens fataliste, en un blanc de pensée je lâche l'affaire, basta ! ... parce qu'en fait, ça ne fuit que très peu en début de rinçage, alors je rends les armes, décidée à la garder comme ça, en l'état ... L'Homme, lui, est silencieux, il réfléchit un instant, se re-jette sur la chose ... et re-démonte ! Ah ça mais ! ... Je m'éloigne et je le laisse faire,  les nerfs à vif et le cœur en berne, je suis malheureuse pour lui, en colère contre cette société de consommation de merde qui nous fourgue des tas de tôle, de plastoc plutôt d'ailleurs, dont des montagnes accumulées polluent la planète après seulement quelques années d'utilisation. Où sont-ils, les appareils électro-ménagers de nos parents qui tenaient toute une vie, toute une vie !
Je me morfonds dans mon coin. Je suis abattue, de façon disproportionnée ; c'est toujours ainsi quand je suis complètement dépassée par une situation, aussi peu importante puisse-t-elle paraître aux yeux d'autrui, en tout cas relativement à d'autres véritablement graves.
    L'Homme m'appelle ... il a remis la machine en route ... ça tourne ... ça tourne ... le cycle  se termine et le sol est sec comme ... un désert. Je lui demande ce qu'il a fait ... du jeu des vieilles pièces, il a récupéré un élément pas abîmé qui lui curieusement s'est mieux emboîté que le neuf ! Et c'est ce qui a fait la différence. Mon Homme est un génie !

 

Je chante : ... quel bonheur d'avoir un mari qui bricole ... d'avoir un mari bricoleur ... boîte à outils papoum papoum !

 

Épilogue

   Ça ne se voit pas, mais là, en fait, je vous l'ai fait court ! ... vous épargnant le long récit des doutes et des insultes à la société de consommation, des difficultés de remontage de la tôle protectrice mouvante, de la vérif, aussi, de l'étanchéité du lave-vaisselle traînant un tapis d'eau à son déplacement alors qu'il n'y en avait plus sous le lave-linge (et la crainte de la loi des séries), des contorsions douloureuses de nos corps vieillissants œuvrant toutes directions dans un espace réduit, de la chute de la lampe architecte perdant des morceaux ... non, tout ça, je ne fais qu'évoquer ... mais ... mais j'ai une pensée émue, compatissante, empathique pour toutes les personnes qui n'y connaissent rien et qui se retrouvent seules, sans aide mécanique ni psychologique -car oui, même pour du matériel, la psychologie est souvent prépondérante- et qui se retrouvent à acheter un nouvel appareil pollueur alors que l'ancien fonctionnerait encore avec une batterie de pièces de 15 euros !! Bon ... C'EST RÉPARÉ ... oh ! la machine lâchera ptêt de l'autre côté, ou ailleurs, avec ses joints-jouets et ses tuyaux pas très solides, mais l'ordre, l'ordre ! est pour l'instant revenu et le calme un temps, tellement, tellement appréciable et apprécié, réinstallé. La cuisine est propre, rangée, et tout en rendant grâces à l'Homme qui a permis cela, je me dis, une fois de plus, qu'on ne vit pas avec assez de ferveur, dans toutes les circonstances, les moments équilibrés et sereins de la vie, quand ça roule !

 

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