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Perd durer ...

Publié le par Nikole

    

    Éloignées les unes de l'autre à cause du principe de précaution, mes filles craignant, on ne peut leur en vouloir, pour leur mère vieille et en surpoids (ce ne sont pas elles, mais moi qui le précise) on a décidé de se voir dehors en cette fin de semaine, dans une promenade commune au Bois de Vincennes.
    Quand je me suis levée ce matin, le ciel gris pesait déjà comme un couvercle. Et à cette heure, la marmite fuit en eau sale, temps de sorcellerie. C'est foutu pour la balade. Demain ? Je me refuse à regarder la météo prévue, gardant un espoir sans doute fragile. Je n'aurai pas à marcher certes ... c'est déjà ça (feignasse !), mais je voudrais voir ma grande aussi ...

 

Perd durer ...


    C'est samedi, et si en contrebas il n'y a personne sur les trottoirs et moins de véhicules que dans la semaine, je me demande quand même, comme à mon habitude, où vont et que font ces gens sans cesse dans leurs voitures. Si j'avais un vœu secret relevant de la magie, ce serait celui d'être invisible* et téléportable ... de satisfaire ma curiosité de la vie des gens ... un fantasme de voyeurisme en somme ! ... L'œil, l'œil vous dis-je**
    Les traits en mouvements des automobiles défilent. Blanc, noir, gris ... je suis souvent étonnée du peu fréquent de couleurs arborées par les véhicules. Il y a bien un peu de rouge par-ci par-là (est-ce qu'on a tous à un moment de notre vie envie d'une voiture rouge ... j'en ai eu une) mais la majorité illustre un film en noir et blanc. La mienne, gris métallisé, est à mon image : elle date (fin des années quatre-vingt dix, quand même ...) et est encore solide. Je suis à moi toute seule une icône de la décroissance, avec ma vieille titine, mon vieux nokia, ma méfiance de la consommation, ma difficulté à jeter ... Il pleut, il goutte et les points mouvants ininterrompus dessinent un environnement optique étrange à ma gauche ... une moto file ... comment peut-on rouler ainsi, par ce temps, sans craindre la chute ! Suis-je trop craintive ? de ça ? de trop de choses ?

 

Perd durer ...

 

*  Hasard : dans mon autre maison, le commentaire de mon frère (ici) s'étonne à juste titre d'une chaise vide au milieu de la chaussée, et évoque l'homme invisible : je signale la chose, les concomitances m'amusant.

** Par allusion à Molière : Le poumon, le poumon vous dis-je !
 

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