Tirer des bords
Balade au hasard pas loin de la Marne
Comme je descendais des fleuves impassibles
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs ...
J'étais insoucieux de tous les équipages
Porteurs de blés flamands ou de cotons anglais ...
(Rimbaud)
Après tout, ce jour-là, j'étais en forme, c'était donc le moment où jamais, de se donner un coup de pied aux fesses et de sortir, au moins un peu. Sédentaire congénitale, il en faut pour m'extraire de ma tour d'y voir, et au moindre pic de l'ami Randole de courage, instinctif, ponctuel mais peu durable, je me presse de prendre mes cliques avant d'avoir envie de me donner des claques, et je sors. Je ne sais pas jusqu'où j'irai, mais je sais qu'il ne me faudra guère dépasser une durée d'une heure, sauf si j'accepte de tirer la patte de plus en plus douloureusement : mon oignon au pied gauche (malgré des semelles adaptées) et mon poids à l'i.m.c. trop élevé (même si mon aimable podologue affirme le contraire dans la résolution de la chose) font que marcher n'est pas très longtemps pour moi une partie de plaisir. Je quittai donc les cinq étages pour me retrouver au niveau de la mer rivière. Citadine, j'ai tout près, en bas de chez moi, la Marne, et pas mal de verdure environnante.
J'ai marché seule, et lentement, ne pouvant m'empêcher, dès l'orée de la promenade, de m'arrêter souvent, pour regarder, et pour photographier. Les images sont mes carnets de notes de vie, à présent, plus que les mots peut-être ... dommage ! ... mais c'est comme ça ... sans doute suis-je trop paresseuse pour écrire vraiment, continûment ... appuyer sur mon apparœil est si simple !
Il y a une semaine, si j'étais passée de ce côté, j'aurais pu prendre cette passerelle quand je suis allée là. Je prenais un chemin parallèle, jetant un œil lent sur l'eau et sur l'autre rive.
Le chemin s'éloigna un peu de la rivière, oh, pas bien loin, on entendait sourdre encore sa présence et son demi-silence, griffé des voix d'enfants qui jouaient ; c'était mercredi. Les gens sortent, peu sont reclus on dirait. Et si je ne m'étonnais pas des petits, des cyclistes et marcheurs manifestement à la retraite, que faisaient là ces jeunes que j'avais vus pique-niquant, faisant les cons, voire fumant (le petit coup d'œil vers moi qui ne trompe pas !) au bord de l'eau ...

Beaucoup de pédaleurs et de coureurs sur les chemins ... Qu'est-ce qu'ils ont à se hâter comme ça ? ! Je ne conçois pas moi que la vie puisse être celle de la vitesse. L'entour se mesure aux senteurs, à la lenteur, à l'écoute et à l'aile des oiseaux (plutôt qu'à l'alternative de musique dans les esgourdes ...)
Côté cour, dans une ville, il y a souvent des tags ... un peu éloignés de la rive, on n'y coupe pas ... alors j'ai pris le parti de chercher quelque chose qui pourrait me plaire, ou me parler, c'est plutôt ça ... un mot ... un texte ... et si je ne vois pas de quelle "bonbe" on parle (non, je ne pousserai pas mon coup de gueule orthographique aujourd'hui, mais si le sujet vous intéresse en images, parfois, là-bas, les mardis, ce jour-là, par exemple) en revanche je retiens le "poli" (si tu n'es pas joli), le cœur, le mathématico-floral "pi" style, et cette délicieuse envie de rallumer les étoiles (slogan que j'ai déjà lu ailleurs et qui m'a toujours plu).
Côté jardin, je récupérais l'image de la végétation, et ses tags branchus stylisés.
Le mal de pattes commençait à poindre. Allez, demi-tour ... vers les habitations, toutes proches.
J'avais, comme souvent, une chanson en tête, laquelle ballade n'avait rien à voir avec mes pas marchés, ... peu importe ... c'est avec elle que je vous propose de m'accompagner pour rentrer ...
Sur le chemin, je tombai sur une curieuse créature, qui m'évoqua gri-gri, masque africain, perruque. Contraste incongru de la couleur vivante et de la mort empaillée, apprêtée, illuminée ...
(Arthur, où t'as mis le corps non de d'là ?... ça a une certaine importance ..)
Bien vivant, mais endormi, ensiesté, je rencontrai aussi un homme allongé sur un banc. Je l'immortalisai dans mes images, au milieu de tant d'autres personnes qui chez moi se reposent, dans le métro ou ailleurs ...
Arthur me souffla encore à l'oreille des vers récurrents : C'est un trou de verdure où chante une rivière ...
C'était bon de sortir. C'était bon de rentrer. Le pont. D'autres gens. Mon immeuble. Mon canapé.
(Et si vous voulez vous balader de plus près avec moi, il suffit de cliquer sur elles, pour que s'ouvrent les images).
(En parallèle, chaque jour, une nouvelle image là-bas , et le portfolio des cinquante plus récentes en suivant ce lien ; merci à vous).



















