La partie ratée
Comme les autres mois, "Le Chasseur d'images" proposait, il y a quelque temps, de relever un défi photographique ; il s'agissait alors du thème féérie. Mais, précisaient-ils, comme chaque fois, au sens le plus larrrge possible du terme. Soit ! Du coup, ma sélection avait plus relevé de la démarche fantaisiste tous azimuts que d'une réelle recherche esthétique. Comme d'hab, je m'amusais.
Sauf que je laissai traîner le truc et me décidai à poster le dernier jour, un peu avant l'heure fatidique, minuit en l'occurrence. Le jour J, je vais sur le site, la gueule enfarinée, et la date est dépassée, autrement dit refus de postage, comme si l'heure-butoir avait été avancée. Z'ont merdé au "Chasseur" ! Ou peut-être moi ... mais pourquoi serait-ce toujours moi ? !
Bah ... du coup, j'ai remisé les images par devers moi, comme disait Thérèse, épi tant qu'à faire, autant vous en faire profiter ... comme ça, vous me direz, si ça vous chante, si y'en a une qui vous cause ... (euh, voire plusieurs !)
1 - Dans la maison des contes.
Pas de maison sur la photo ou devinée à peine. Un jardin, plutôt, celui de mes parents, jadis. De ces endroits qui comptent les souvenirs qu'on raconte. Le vieux banc à peinture verte écaillée collé contre le tronc du noyer, on venait chercher la fraîcheur. L'ombre presque froide de cet arbre-là est celle dont il faut s'abreuver dans les chaleurs caniculaires. On habite les jardins autant que les maisons.
2 - La passagère du tableau
J'ai donné un coup de pinceau au visage d'une passante en pensant à madame Hopper, à la pâleur de joues, l'errance d'un regard vide, revenant sans cesse sous la palette d'Edward. Elle me fut alors comme toutes ces femmes, sans parole, sans nom, inexistantes ou presque, identiques dans leur attente stérile de lendemains semblables. Et ses pas la menaient vers une rue absente.
Illustration sonore ici (Beth Orton, She cries your name)
3 - Le personnage
On était là, mais on ne sait plus rien d'autre du moment. Marionnette géante, chien enragé tournant autour de lui-même, mâchoire flasque de tissu. Et puis, ce dessin marinier nous évoque quelque chose d'un vêtement qu'on connaît ... alors ce personnage, ce serait moi ?
4 - Derrière elle
Elle a tourné la rue à gauche, s'est arrêtée net, aux aguets. Et entendu d'autres pas cesser en même temps. Dans le silence conjugué, son cœur se hâtait ; serrer son manteau un peu plus fort pour étouffer le bruit indécent des battements qui se cabrent.
5 - Le monstre de l'arbre
Dans les arbres se cachent les forêts. Les forêts des contes. Peuple de forces étranges, d'animaux mutants, de champignons dévorant l'arête du bois. L'image est floue comme le mystère et comme l'attente.
6 - Le destin des lutins
Lunaires. Clowns blancs. Colombines. La nuit est éclairée blafarde par un astre laiteux lune pleine. Farfadettes œuvrant dans le pâle désert des villes qui se meurent.
Illustration sonore ici (Crustation, Purple)
7 - Le grimoire
Parfois le titre seul dessine la chanson. À livre mystérieux, suranné et vieillot l'image incertaine, inconnue, incompréhensible. Rejeter l'ensemble comme un poison d'un autre âge ?
8 - Le sabbat
Messe noire. Messe rouge. Fleur de corps en souffrance. Exorcisme. Rituel. Chant macabre. Mélopées. Litanies. Psaumes silencieux. THRÈNE.
9 - Le fantôme
Elle se rappelait avoir il y avait quelque deux cents ans traversé cette pièce dont une désuète odeur d'encaustique se devinait encore. Présence froide, courant d'air, elle allait et un souffle à peine la guidait. Retrouver ce bracelet qu'elle avait alors perdu, offert par sa mère.
10 - Le tiroir aux philtres
Potions magiques, remèdes toxiques. Rangement alphabétique par plante, baie, crachat de vipère et poudre de merlin-pimpin. Ici pas de grimoire mais un vieux parchemin enroulé sur ses mystères et dont on n'imagine même pas les secrets qu'à celui qui les lit, il confère.
11 - Le chaudron magique
Un philtre expérimenté à la recette puisée dans le rouleau de l'image précédente ? Quelles brindilles fumées marinent dans cette confiture de fruits et de brûlis ? Souvenir encore ému des dernières fraises ramassées avant le départ, cuites en confit, durcies dans les bocaux, demeurées en attente pour qu'il reste encore quelque chose de là-bas, indigestes comme la douleur de l'abandon, pourtant inéluctable, de l'ancienne maison comme une peau qui mue.
Et l'autre souvenir encore, petite, des Lettres de mon moulin : Elles étaient atroces vos cerises, ma pauvre Mamette. Ce qui ne m'empêcha pas de les manger jusqu'au bout, sans sourciller.
12 - Derrière les apparences
Tout ce qu'on veut y lire, tout. Inventez des histoires. Entrez dans la danse, voyez comme on danse ... embrassez qui vous voulez ! Mais sans doute pas, à gauche, en bas, le roi-tube en lèvres à plateau qui me fout la trouille !
13 - La nuit diabolique
C'était un vendredi 13. Forcément. Et l'horreur habita la pellicule.
Illustration sonore ici (Gun, Race with the Devil)
Finalement, il vaut sans doute mieux que je n'aie rien envoyé ... il m'eût été difficile, et sans doute étrange, malgré le thème, de leur raconter tout ça !












