Chronik (10)
Dimanche 5 décembre
À quelque heure que ce soit, il y a toujours des fenêtres éclairées dans la nuit. Les rares fois où je me réveille, dans le noir, je me demande ce que sont ces lueurs de vie : des tourments insomniaques ? les reflets d'un travail aux heures décalées ? la veille à cause d'un enfant malade ? une lumière oubliée ?
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Dans le blanc de l'aube, je l'ai regardé dormir, il faisait des petites grimaces avec sa bouche, rêve désagréable ? Il ne se souvient jamais de ses rêves, ni qu'il rêve. Mais des cauchemars, si. Il avait un grand pli sur la joue droite, ça m'a fait penser aux livres qu'on corne. Cette trace de lecture de vie sur sa peau, c'était si attendrissant !
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Je suis celle qui écrit le matin, on dirait.
Lundi 6 décembre
C'est la saint-Nicolas, ma fête, même indirectement (lien). Alors, doucement, on chaloupe ?
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J'ai bien fait de me dandiner joyeusement car, après, ma danse fut plus apocalyptique (nerveux !). Qu'est-ce que ça aurait été s'IL ne m'avait pas souhaité une journée douce et lumineuse ?...
D'ailleurs, "en vrai", de lourds et opaques nuages gris stationnent dans le ciel de ma fenêtre. Je vous passe le désagrément succinct de la chasse d'eau qui fuit, un robinet ça se ferme facilement ... je vous passe à moitié la zapette déconnectée de la télé, et la privation de ladite pendant le ptit dèj, c'est pas indispensable et je comptais sur ma "coloc" pour m'aider (une aide qui malheureusement ne se fera pas, le déblocage, long, du bousin nécessitant une technicienne -patiente, souriante- au téléphone ...) Mais descendre chercher une commande de surgelés, prendre l'ascenseur pour, appuyer sur le zéro et entendre un grand boom avec arrêt soudain de la machine au milieu du vide ... ahhhh ! non !!! au s'cours ! Première fois de ma vie que je suis coincée dans un ascenseur (il est presque neuf et des personnes sont régulièrement bloquées mais ... "ça n'arrive qu'aux autres", pas vrai ?)
Respire, perds pas ton calme ... appuie sur la clochette-urgence (ça vous défriserait de spécifier par une affichette qu'il faut appuyer entre cinq et dix secondes pour que ça valide l'appel ? !!!) Nib ! Re-appui. Non, rien de rien ("non, je ne regrette rien !" Ben si ! Pour sûr que je regrette ! Pourquoi ai-je pris ce p..... d'ascenseur, que d'ailleurs je ne prends pas toujours, pour éviter "ça", précisément)? Je vous passe les appels successifs qui finissent par aboutir (merci mon vieux Nokia d'avoir gardé une ou deux barres "presque tout le temps" même si j'avais bien tapé aux murs de métal de ma prison et m'étais fait entendre !). C'est long, une heure, quand on est enfermée, même si on sait qu'un sauveteur est sur la route pour nous délivrer. Je me suis observée, me connaissant, je craignais une crise de panique, ou d'angoisse (c'est quoi la différence ?) ayant déjà eu quelques expériences de réelle claustrophobie ! Il faut croire qu'on a parfois plus de ressources en soi qu'on ne le croit, ou ne le craint : j'étais intranquille et impatiente, mais je me raisonnais (et j'étais soutenue vocalement, ce qui est important !) Prendre "sur soi", comme on dit ... drôle d'expression ... En tout cas, je crois bien que je me suis inventé ma première auto-expérience de méditation !
Ce mot, "méditation", me fait penser qu'est mort (hémorragie cérébrale, vivre très sainement ne protège manifestement pas forcément d'un destin fatal), celui dont j'ai d'ailleurs oublié le nom et que j'appelle l'homme (vieux, certes, et nous sommes mortels, ne l'oublions pas) aux colibris (vous savez, cette histoire dans laquelle le minuscule oiseau "revendique" ses quelques gouttes d'eau sur un brasier, faisant ainsi, "au moins", sa part). Au risque de paraître défaitiste, ou lâche, ou les deux, j'en suis souvent à me demander s'il suffit des colibris (mais combien sommes-nous ? les criquets mangeurs de grains ne sont funestes qu'en multitude ... une foule de colibris peut-elle être forte contre le mal et empêcher l'ivraie d'envahir le monde ?...) Difficile face aux chacals et aux hyènes dont la seule "valeur", le seul levier d'"action", est le fric ... j'aimerais tant y croire, à la force et à l'utilité des gouttes d'eau courageuses et citoyennes des colibris !
Mardi 7 décembre
Bien des opérations du quotidien doivent se faire par téléphone ou via Internet ... bon, passe encore, au téléphone, on finirait presque par, désabusés, s'y faire ... mais passer des quarts d'heure entiers (ce que je ne fais plus, je rappelle) à attendre que quelqu'un soit libre m'insupporte ; s'entendre dire de rappeler plus tard aussi, plus tard quand ? Bon, attendre qu'un service réponde en nous faisant mariner ? Qui donc leur téléphone autant dès le matin ? Service client Monop en plus ! Je ne comprends pas. Quant à cette chierie de troisième injection, déjà qu'elle ne m'amuse pas, s'il faut en plus poireauter pour avoir un rendez-vous ! ... certes je ne suis pas la seule, mais cette époque a des rouages considérablement lourds et grippés, ah ah c'est ptêt bien le cas de l'dire ! Et moi je m'en fous d'avoir à me déplacer, au moins on parle avec du vrai vivant ! Je dis ça mais tellement sont contents de tout faire virtuellement ... (bon, je reconnais que ça peut être pratique, mais pas tout le temps dans tous les cas, b..... !) Épi, qu'ils le fassent mais pas au détriment des gens.
Lors du lavage de ma voiture, pièce coincée bug bref je vais voir le type de l'accueil, il a pensé si fort que je l'ai entendu, alors qu'il était rivé à son portable "c'est quoi cette pétasse qui vient me déranger quand chuis peinard en train de regarder un truc ?" Au lieu d'être aimable, ou même simplement neutre, il m'a demandé avec agacement ce que "j'avais fait !" Ben rien de spécial mon con, ai-je pensé, pas aimablement du coup. Plusieurs questions et recommandations devant mon air étonné et silencieux ("fais l'âne si tu veux avoir du son !") avant qu'il ne daigne lever son cul de la chaise, me suivre et parvenir à décoincer ma pièce, en repartant illico presto avec des ondes négatives que je percevais clairement. Ils font chier les gens, sans dèc ! J'étais déjà tombée sur une nana à sa place, souriante et "normale". J'aime la gentillesse, même parfois, commerciale : c'est le jeu, et pourquoi la gentillesse, d'abord, ne serait-elle pas naturelle, bienvenue, et pas considérée comme de la faiblesse ? C'est comme quand les gens se vantent d'avoir "du caractère", ce qui signifie la plupart du temps qu'ils ont une grande gueule et la ramènent sans complaisance ; je préfère ceux qui ont du caractère, mais un autre, sensible, ouvert et pondéré. Des êtres humains plus humains quoi !
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Entendu hier dans "Scènes de ménage" : "Choisir, c'est renoncer". Après vérif, c'est de Gide, et c'est même un sujet de philo. Mouais, sans aller au fond des choses, c'est ce que je pense, ce type de phrase m'a toujours parlé, puisque choisir ses actes, ses activités, c'est ne pas se comporter d'une autre façon, ne pas faire d'autres activités ; c'est juste mathématique comme phrase en fait... oui, mathématique ... Et ... non, je ne me lancerai pas dans la question de savoir si on choisit vraiment ... c'est une autre histoire. Le libre-arbitre est une notion complexe, labyrinthique parfois.
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Au moment où, hier, en fin de journée, je passais près du bâtiment d'à côté en construction, je me suis amusée de l'ombre chinoise d'un ouvrier ôtant sa tenue de travail pour se remettre "en civil". La scène m'a fait rire : se rendait-il compte que tout le monde pouvait allègrement le zyeuter ? ... peut-être s'en fichait-il, après tout ... Cela dit, je ne suis pas loin d'agir d'une façon proche : ma "coloc" me demande régulièrement si ça ne me dérange pas d'être dans la lumière d'une chambre sans rideaux et dont je ne ferme jamais les volets, affirmant qu'on me voit de loin ... je ne crois pas, mais je me trompe peut-être ... exhib, moi ? pfff ...
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Se suivent les jours sans ressemblance. Aujourd'hui j'ai réussi à avoir sans prob les interlocuteurs (interlocutrices en l'occurrence, et professionnelles et aimables en plus, ach, que c'est agréable !) que j'avais sollicitées sans résultat hier. Journée un peu plus faste dans l'air, chic ! Faisons comme si une lueur bienfaisante allait s'installer ; faites des lumières.
Photos : L'Oeil du Krop ; elles sont petites ? Suffit de cliquer dessus pour les voir en grand.
Quant au portfolio des cinquante dernières photos publiées ailleurs, c'est LÀ-BAS.



