La dame en vert*
Certes, on voit de vieilles gens dans le métro, mais pas en majorité. Et quand j'utilise cet adjectif, "vieux", j'y associe quelques symboles, que d'ailleurs je ne saurais trop définir, ou peut-être, oui, le gris des cheveux, la flétrissure des mains, une certaine lenteur, un certain vague dans les yeux.
La vieille dame était assise en face de moi, ou plutôt en quinconce, et je m'étonnais de cette vêture qu'on voit si peu. Je trouvais ça décalé mais élégant, désuet mais d'un charme et d'une douceur fous.
Je ne pouvais m'empêcher de la regarder avec insistance. Je la regardais, avec discrétion, certes, mais de la tête aux pieds, curieuse ; je remarquais l'autre jour que pratiquement tout le monde, dans le métro, tous âges confondus, portait des baskets. La vieille dame portait des chaussures qui allaient avec le reste. Je compatis un instant car un oignon se devinait sous la bride de son soulier droit et je sais comme ce peut être, au moins par instants, douloureux, a fortiori avec les petons entravés.
De temps à autre, elle regardait le nom des stations, et j'aurais souri si elle était descendue à "Chemin vert" mais elle m'abandonna à la station d'avant, en de jolis et mesurés mouvements.
Je la suivis des yeux jusqu'à ce que la rame la quitte ...
* Je n'ai pu me décider à changer ce titre qui, tout arbitraire qu'il soit, s'est imposé à moi ... peut-être parce que j'ai repensé, en même temps, à un vieux film, avec ma manie d'associer les mots ("Ces dames au chapeau vert") même si la dame ne portait point de chapeau, et même si ce dont elle était vêtue naviguait entre le bleu, le turquoise et un vert léger dans les dessins du tissu.


