Se faire des films !
Moteur !
Chaque fois que je passe devant ce bâtiment rue des Épinettes, dans la ville séparée de la mienne par une avenue qu'il suffit de traverser, je me dis que si j'étais très très riche, j'achèterais cet ancien cinéma abandonné et en instance d'on ne sait quel avenir sans cesse remisé aux oubliettes. Sans doute est-il tout délabré à l'intérieur, je ne veux rien voir ni savoir, je préfère imaginer, fantasmer, vivre ça par rêve chimérique interposé.
Cinéma comme décor de cinéma intérieur, à la Mallet-Stevens ou ce que j'en imagine. Vastes salles et recoins.
L'imagination n'est pas, comme le suggère l'étymologie, la faculté de former des images de la réalité ; elle est la faculté de former des images qui dépassent la réalité, qui chantent la réalité.
Imaginer, c'est hausser le réel d'un ton. (Bachelard)
De loin, sous un ciel d'orage, il pourrait cacher des psychoses hitchcockiennes ou attendre la peur d'oiseaux en instance d'attaque. Receler des corps, peut-être.
De près, les ors cuivrés du soleil qui l'atteignent sont mystérieux aussi et beaux comme une rouille qui endimancherait un paradis perdu, mais peut-être plus doux, sans terreur. Avec, seulement, un sentiment un peu amer, chiffonné, devant les abandons qui s'éternisent.
Cut !

